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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:01

  P1000348-1

 

Quand j’étais enfant, au bout d’un jardin ]

Je trouvais un jour un bouton de rose ]

La fragile fleur était presque éclose ]

Je le recueillis d’une pieuse main. ]

 

Depuis ce jour-là, comme une relique ]

Par des soins jaloux je l’ai conservé- ]

Sur mon cœur naïf  je l’ai reposé,

- Mon cœur de quinze ans- comme un viatique. 

 

Sous les purs rayons des premiers beaux jours ]

Le petit bouton grandit à merveille

Il est devenu une fleur vermeille-

-Une fleur vermeille au teint de velours.

 

  P1000349

 

 

 

Quand je suis entré sur la mer du monde ]

J’ai cru que le vent l’aurait [emporté] agité ] 

L’aurait même un jour peut-être emporté ]

Le vent qui gémit- l’océan qui gronde. ]

 

Mais bien près de moi, plus d’un a péri ] 

Mes bras ont tremblé sous  les flots  en rage ]

Ma petite fleur a bravé l’orage

Son teint délicat ne s’est pas flétri

 

    

Elle est toujours là, là sur ma poitrine

Frêle talisman d’amour et de paix

Fraîche comme au jour où je la trouvais

Au bord du jardin, près de la colline

 

Lorsque le fardeau me semble trop lourd

Que mon cœur brisé d’une angoisse amère

Ne voit près de lui que doute et misère

Lorsque je suis las- en mes mauvais jours-

 

Je penche mon front sur sa pâle (fraîche ?) rose

Mon regard se grise à son coloris

Son parfum discret m’embaume l’esprit

Je me sens bientôt l’âme moins morose

 

Et d’un pas plus fort je suis le chemin.

Ô petite fleur, charmante et légère

Fleur de poésie, éclose naguère

Quand j’étais enfant, au bord d’un jardin

 

                                                M. Torris

 

Dans le carnet de poésie de ma grand-mère, non datée, mais située entre des textes des années 1915 et 1917,  se trouve cette suite de neuf quatrains en décasyllabes de rimes suivies. Je la restitue avec sa ponctuation d’origine et son « repentir » dans le quatrième quatrain. J’ai eu du mal à déchiffrer l’adjectif du premier vers de l’avant-dernier quatrain (« fraîche » ou « pâle » ?).

Ce poème a été recopié d’une petite écriture ronde, dont la plume noire bave un peu, par le beau-frère de ma grand-mère, Maurice Torris, le mari de sa sœur Ghislaine. Quand nous allions goûter chez cette jolie tante aux grands yeux noirs, elle nous servait des tartes à la rhubarbe, dont le souvenir violâtre et sirupeux est encore présent dans ma mémoire. Son mari et elle habitaient tous deux dans une belle maison de la petite ville de Gravelines, célèbre pour ses remparts édifiés par Vauban.

Le poète utilise ici le thème classique de la rose, renouvelé pourtant, dans la mesure où l'auteur conserve la fleur comme une "relique" et un  "viatique". Quant à ma grand-mère, elle a, elle aussi, conservé entre les feuillets de son carnet de poésie une petite branche de mimosa, souvenir sans doute d'un instant heureux.

Si ce texte, qui file la métaphore, devenue un cliché, de l’océan du monde,  peut apparaître désuet par bien des aspects, il m’émeut pourtant par la personnalité de son auteur. En effet, cet oncle, que je n’ai guère connu mais dont je me souviens très bien, n’avait pu réaliser son rêve secret : être officier de marine. On m’a raconté qu’il passait des heures avec des jumelles à scruter les allées et venues des bateaux sur la Mer du Nord. L’image de l’océan, sous sa plume, me semble révélatrice de cette aspiration inaboutie.

Ce poème me touche enfin parce qu’au plus fort de la guerre, un beau-frère attentif et affectueux offre à sa belle-sœur, dont le mari est au front, un poème plein d’espérance, un bel hommage à la poésie, seule capable de redonner le goût de vivre.

 

                                                                                                  P1000384      

                                                                            Branche de mimosa séchée entre les feuillets

                                                                            du carnet de poésie de ma grand-mère

 

Jeudi 1er avril 2010

 

Pour le Jeudi en Poésie de Brunô

 

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commentaires

Torris 11/03/2012 22:24

Vous pouvez me contacter sur le mail :
citoyen@aol.com
Je serai ravi de faire votre connaissance et d'évoquer ces souvenirs de Gravelines.
JP

Catheau 13/03/2012 14:30



Merci de votre réponse. A bientôt.



Torris 10/03/2012 08:55

Le poète était mon grand père et votre témoignage m'émeut beaucoup. Contactez moi. JP Torris

Catheau 10/03/2012 14:09



Je suis heureuse de rencontrer un parent éloigné grâce à mon blog. Par quel biais vous contacter ? Linked In ? Facebook ?



Catheau 02/04/2010 17:25


Altealty, merci de votre commentaire. J'aime à retrouver ces textes d'autrefois, qui rappellent des instants heureux ou douloureux, et que l'on savait exprimer par la poésie.


amtealty bougnen 01/04/2010 21:26


tu partages avec nous des textes qui te sont intimes merci de ce doux partage
je pense que tu as raison il faut partager les belles choses comme celle là
bravo aux poètes
bisous de la grandmère des côtes d'armor


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