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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 07:00

 

Cordoue avril 2012 242

    Jardins de la Casa de Pilatos,Séville, jeudi 19 avril 2012  

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

Je n'aime pas dormir quand ta figure habite,

La nuit, contre mon cou ;

Car je pense à la mort laquelle vient trop vite,

Nous endormir beaucoup.

 

Je mourrai, tu vivras et c'est ce qui m'éveille !

Est-il une autre peur ?

Un jour ne plus entendre auprès de mon oreille

Ton haleine et ton coeur.

 

Quoi, ce timide oiseau replié par le songe

Déserterait son nid !

Son nid d'où notre corps à deux têtes s'allonge

Par quatre pieds fini.

 

Puisse durer toujours une si grande joie

Qui cesse le matin,

Et dont l'ange chargé de construire ma voie

Allège mon destin.

 

Léger, je suis léger sous cette tête lourde

Qui semble de mon bloc,

Et reste en mon abri, muette, aveugle, sourde,

Malgré le chant du coq.

 

Cette tête coupée, allée en d'autres mondes,

Où règne une autre loi,

Plongeant dans le soleil des racines profondes,

Loin de moi, près de moi.

 

Ah ! Je voudrais, gardant ton profil sur ma gorge,

Par ta bouche qui dort

Entendre de tes seins la délicate forge

Souffler jusqu'à ma mort.

 

Extraits de Plain-Chant, 1923,

Jean Cocteau

 

J'aime beaucoup ce long poème de Cocteau, que mon père avait recopié de sa petite écriture ronde, régulière et fine et qu'il gardait dans son portefeuille. On sait que le Prince des Poètes l'écrivit sous l'influence de Raymond Radiguet, qui devait mourir le 12 décembre 1923

Ces quatrains, qui alternent alexandrins et hexamètres, marquent un tournant esthétique dans l'oeuvre du poète. Délaissant la virtuosité dont il était coutumier, Cocteau revient ici à une régularité métrique sobre, particulièrement émouvante.

Reprenant l'image classique du sommeil assimilé à la mort, il en renouvelle le thème par le biais d'un dialogue inquiet avec l'être aimé. On notera la fonction expressive des vers, qui use du point d'exclamation et du point d'interrogation. Présente aussi une certaine forme de familiarité avec l'adverbe interrogatif "Quoi" ou l'exclamation "Ah !".  

En dépit de l'étreinte amoureuse qui fait reposer les corps côte à côte, possède-t-on jamais vraiment celui qu'on aime ? C'est cette question sans réponse qui fait la beauté angoissée de ce poème.

 

 

 

Blog en sommeil

 

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Published by Catheau - dans Textes libres
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commentaires

Marie-Rose 05/07/2012 11:03

Bonjour,

Le prix littéraire Confidentielles existe depuis 5 ans maintenant.
Le jury est composé de 10 membres du site pour le prix du thriller français et de 10 bloggeuses pour le prix du roman français.
Ces prix récompensent des livres parus entre mai 2011 et mai 2012.
Si vous souhaitez faire partie de ce jury, nous vous communiquerons dans les semaines à venir la sélection.
Les livres vous seront ensuite envoyés par courrier et nous vous demanderons de nous donner votre classement fin septembre.

Marie-Rose

Catheau 11/07/2012 19:00



Merci, Marie-Rose, de cette proposition que j'accepte bien volontiers. J'attends votre sélection.


Amicalement. Catheau



Nounedeb 29/06/2012 17:51

Encore une fois, un merci pour cet émouvant poème qui parle si bien d'amour et d'angoisse, et pour votre commentaire qui l'éclaire sans l'épuiser.

Catheau 11/07/2012 19:28



Commenter sans déflorer, un exercice sur le fil du rasoir. Merci à vous, Noune.



Suzâme 28/06/2012 20:24

Cocteau a si souvent été rejeté en raison de sa créativité immodérée, ingénieuse. Son oeuvre exprime pourtant tellement choses intéressantes pour au moins trois générations. Notre fille avait aimé
l'une de ses pièces de théâtre, je crois me souvenir "La machine infernale" tandis que j'étais fascinée par "La belle et la bête". Je connais moins son oeuvre poétique mais suite à une récente
présentation dans le cadre de mes rdv de lecture, j'ai lu un tomme du "Passé défini" journal qui nous révèle un homme de l'homme très sensible, toujours aux aguets mais seul, auteur loin de tout
dilettantisme. Ce poème que vous avez profondément choisi m'émeut sans que je puisse m'en défendre. Bonne pause Catheau! Suzâme

Catheau 11/07/2012 19:26



J'ai étudié La Machine infernale avec mes élèves et j'ai aimé cette réécriture du mythe. Comme vous, je revois toujours avec passion La Belle et la Bête (Ah ! Ces inquiétantes
mains candélabres sur les murs !) et je ne peux voir un miroir sans penser à Orphée. Merci, Suzâme, pour vos commentaires, toujours passionnés.



mansfield 28/06/2012 18:37

Merci catheau, comme toujours de superbes commentaires de textes. repose-toi bien!

Catheau 11/07/2012 19:20



Contrairement à vous, me semble-t-il, ma vie est désormais un long repos !



Martine 28/06/2012 18:00

"Possède-t-on jamais vraiment celui qu'on aime". Voilà une question que je me suis déjà posée. Je ne crois pas car nous gardons toujours une part de mystère en nous. J'aime beaucoup Cocteau. ce
poème est émouvant.

Bonne pause Catheau
A bientôt ;)

Martine

Catheau 11/07/2012 19:19



Merci, Martine. La possession est un leurre, en effet. L'amour vrai n'existe que dans le respect et la liberté mais c'est parfois bien difficile !



Carole 28/06/2012 16:57

Merci pour ce poème du sommeil qui accompagne avec tant d'élégance le sommeil de ton blog. Mais... reviens-nous bientôt, Catheau !

Catheau 11/07/2012 19:15



Cela faisait longtemps que je souhaitais donner à lire ce merveilleux texte et j'ai choisi cette occasion. Me voilà de nouveau présente après une pause sans ordinateur. Mais comment faisait-on
avant ?



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Des blancs ruisseaux de Chanaan

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La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

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