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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 16:02

  jouve par henri le fauconnier

  Pierre Jean Jouve par Henri Le Fauconnier

 

L’œuvre romanesque de Pierre Jean Jouve (1887-1976), connu surtout en tant que poète de l’ « inconscient, [de la] spiritualité [et de la] catastrophe », traducteur de Shakespeare et de Hölderlin, et admirable exégète musical, est singulière à plus d’un titre. D’abord, elle s’étend de 1925 à 1935, date à partir de laquelle il se consacra entièrement à la poésie et ne revint jamais au roman, « toute recherche de sujet [s’étant] terminée par un refus intérieur. » C’est la fulgurance et la densité de cette décennie romanesque qui constituent une des composantes du mystère de l’œuvre.

Par ailleurs, cette dernière fut inaugurée par un premier roman, La Rencontre dans le Carrefour, paru à Paris en 1911, et que Jouve retrancha volontairement de sa production. Il précise dans la partie II de son journal : « Les premiers essais romanesques furent antérieurs à la crise de 1922-1925. » En 1924, il avait aussi rédigé un récit, Le Démon naïf, dont il détruisit le manuscrit « par insatisfaction ou scrupule ». Cette volonté délibérée de rompre avec un passé renié est l’autre aspect de la création jouvienne.

Ce que Jouve a appelé sa « Vita Nuova » trouve une de ses manifestations les plus puissantes avec le premier roman que l’auteur reconnaisse, Paulina 1880, « né de toutes ses mémoires d’Italie et publié en octobre 1925. Paulina est une héroïne de l’amour et de la rupture. Il est suivi de Le Monde désert, qui « reflétait plusieurs drames à partir d’un tableau de Genève que [Jouve] avait connu pendant la guerre ». Cette « autre œuvre de rupture », selon Daniel Leuwers, paraît en janvier 1927. Par la suite, Hécate en 1928 et Vagadu en 1931 constitueront L’Aventure de Catherine Crachat, dont le personnage de belle actrice « avait commencé de poursuivre [l’auteur] de ses désirs dans certains quartiers des bords de Seine ». Catherine Crachat est par ailleurs le premier personnage romanesque du roman moderne à être soumis à la psychanalyse.

Le « massif romanesque » prendra de l’ampleur avec Histoires sanglantes en 1932, de courts récits « ouverts dans le tuf de nos rêves » et qui procèdent directement du fonds personnel. Elles seront intégrées à La Scène capitale (1935) qui mettra le point d’orgue à l’écriture romanesque. Composée de La Victime et de Dans les Années profondes, cette œuvre est « ce qui reste de plus lourd à la « pensée de l’auteur », notamment à cause du personnage d’Hélène, « lié aux parties les plus secrètes de [la] vie de [Jouve] ». Hélène de Sannis ordonnera autour d’elle poèmes, réminiscences et obsessions de l’écrivain.

Jouve lui-même s’est interrogé sur le tarissement de sa veine romanesque qu’il s’efforce d’expliquer dans son journal : « Toute considération sur l’art du roman aboutit à des conclusions négatives. Je pensais d’une part que je n’irais pas plus loin dans l’expression, telle que je devais la concevoir. D’autre part, l’invention s’est trouvée invinciblement ramenée vers l’expérience concrète, ce qui me semblait insatisfaisant. »

Il reconnaît cependant que le drame personnel qui servit à l’élaboration du dernier roman est sans doute la raison majeure qui lui fit abandonner ce type d’écriture. La culpabilité engendrée par cette œuvre fut telle qu’elle lui interdit désormais toute continuation romanesque. Il se demande enfin si le dessein secret qui existe peut-être de Paulina à Hélène, et qui sut créer des personnages féminins aussi envoûtants, n’est pas une des autres raisons qui font que l’apparition d’autres figures l’aurait fatalement « dispersé ou brouillé ».

Marquée par la brièveté, la densité, l’étrangeté et le mystère, telle apparaît l’œuvre romanesque « poétique » et non « réaliste » de Pierre Jean Jouve, un romancier à redécouvrir.

 

 

Pierre jean jouve

 

Les citations sont extraites de En Miroir (1954), le journal de Pierre Jean Jouve.

 

Jeudi 29 avril 2010

 

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Published by Catheau - dans Lectures
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