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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 22:54


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A la quatrième page de gauche du carnet de poésie de ma grand-mère, en date du 29 juin (peut-être 1904, mais l’année n’est pas indiquée), une de ses amies sans doute, Manon ou Nanou, a recopié « Ici-bas », un poème de Sully Pruhomme, extrait de Stances et Poèmes. Ce recueil fut publié en 1865 et il est composé de quatre parties : « La Vie intérieure », « Femmes », « Mélanges », « Poème ». Les trois strophes appartiennent à la première partie.

Ce poème, particulièrement harmonieux, a été mis en musique par Gabriel Fauré dans une partition pour piano et chant pour ténor ou soprano. La mélodie en fa dièse est dédiée à Madame G. Lecoq. Elle fut créée à Paris le 12 décembre 1874. Cesar Cui Respighi, Pauline Viardot, J. Duprato suivirent aussi l’exemple de Fauré. Plus récemment, l’ensemble vocal Chanterelle a adapté ce texte sur une musique d’Olivier Rossel. C’est le cas aussi du groupe Corde brève, composé de Jon Smith et de la chanteuse Charlotte Jubert, preuve s’il en était besoin que le poème n’a cessé de séduire par sa musicalité.

 

Sully Prudhomme jeune
Sully Prudhomme jeune.

Ici-bas tous les lilas meurent

Tous les chants des oiseaux sont courts

Je rêve aux étés qui demeurent

Toujours.

 

Ici-bas les lèvres effleurent

Sans rien laisser de leur velours

Je rêve aux baisers qui demeurent

Toujours.

 

Ici-bas tous les hommes pleurent

Leurs amitiés ou leurs amours

Je rêve aux bonheurs qui demeurent

Toujours.

 

Je ne saurai jamais qui était cette Manon ou cette Nanou, quelle relation elle entretenait avec ma grand-mère, et pourquoi elle a choisi d’écrire ce poème tristement tendre. Ma grand-mère était dans les débuts de son mariage et elle était heureuse avec mon grand-père. Son amie s’était-elle confiée à elle ? Son amant l’avait-il quittée ? Venait-elle de perdre un être cher ? Toujours est-il que le rythme des trois octosyllabes, brisé à la fin de chaque quatrain par l’anaphore de l’adverbe « toujours », la disposition particulière des deux rimes semblables et de la rime en écho confèrent au poème une mélancolie tendre, que j’imagine assombrir le regard de cette jeune femme inconnue.


Adepte du Parnasse et de l’Art pour l’Art, premier écrivain à recevoir le Prix Nobel de Littérature, le 10 décembre 1901, Sully Prudhomme est ce doux poète qui sut « dire l’amertume des amitiés qui se délient, la fadeur des souvenirs qui se fanent, la mélancolie de l’amour finissant qui ressemble à ces murmures d’automne où chante la plainte de la vie qui s’en va. » « Le déchirement lent et la meurtrissure invisible » confèrent ainsi à ce poème, que se disent à voix basse deux très jeunes femmes à l’aube du XX°siècle, l’accent d’une plainte inachevée.


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                                                                            Un coucher de soleil en Poitou, S. C. D.


Pour le Jeudi en Poésie de Brunô.
Mercredi 10 février 2010




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commentaires

Catheau 11/02/2010 23:22


Merci, Bruno. Au fil des jours, je tournerai pour vous les feuillets du carnet de cuir.


Bruno 11/02/2010 19:50


Merci pour ta participation et cette découverte.
Bises


harmonie37 11/02/2010 16:10


Il est des secrets bien cachés et celà laisse tout le charme de ce poème.


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