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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 16:02

 Mignon-Forbes.JPG

Mignon, Elizabeth Stanhope-Forbes, 1890, Art Gallery of NSW, Sydney

(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 11 février 2013)

 

Dans une des salles de l’Art Gallery of NSW de Sydney, consacrée au Western Art, en février 2013, nous avons vu ce tableau d’Elizabeth-Adela Stanhope Forbes, un peintre canadien (1859-1912). Amie de Whistler, dont elle subit l’influence, elle vécut à Londres avec son mari, le peintre Alexander Stanhope Forbes, fut la voisine de Dante Gabriel Rossetti qu’elle ne rencontra jamais, et connut les peintres de Pont-Aven en 1882.

Cette huile sur toile est très représentative de ce peintre, dont un des thèmes de prédilection est les enfants. Ici, il s’agit bien sûr d’une enfant particulière, puisque le tableau représente Mignon, un des personnages les plus emblématiques du roman de Goethe, Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister (1796). J’ai été surprise de voir, sous le pinceau d’Elizabeth Forbes, Mignon habillée en fille. Le peintre en fait une petite fille sage en robe blanche, dénaturant ainsi, ce me semble, l'originalité troublante de cette figure féminine. En effet, si la jeune héroïne apparaît dans un costume d’ange à la fin du roman, elle est le plus souvent vêtue en garçon. Un des charmes de ce personnage romanesque d’origine italienne, au nom ambigu, est d’ailleurs son aspect androgyne. Goethe utilise ainsi indifféremment le masculin ou le féminin pour parler de la petite danseuse « des œufs ».

Une lettre de Goethe au chancelier von Müller laisse entendre qu’il aurait écrit son célèbre roman d’apprentissage uniquement pour elle. Présente dans les cinq premiers livres, elle en serait la réelle inspiratrice. Agée de douze à treize ans, Mignon est cette adolescente mutique et maladive que Wilhelm Meister, fils de négociants, rencontre dans la troupe de comédiens ambulants, où il découvre Shakespeare et Hamlet. Compagne d’un vieux harpiste (qui se révélera être son père), dévouée corps et âme au jeune homme, elle en tombe éperdument amoureuse ; il la délaissera pour Natalie et elle en mourra.

Goethe fait de cette enfant à la peau mate et aux longs cheveux le symbole de la tentation de l’Absolu et de la nostalgie du Midi. S’accompagnant à la cithare, celle qui sait à peine lire et écrire connaît l’art de chanter des lieder d’une manière bouleversante. Personnage  inoubliable, elle aura une grande influence sur nombre d’auteurs européens, de Schiller à Brentano, en passant par Novalis, Hugo Wolf et Kleist avec sa petite Catherine de Heilbronn. Elle inspirera aussi les musiciens : Beethoven, Schumann, Schubert, et bien sûr Ambroise Thomas, qui en fera un opéra (1866).

Devant ce tableau, me sont revenus les premiers vers de ce poème que tous les germanisants ont appris pendant leur scolarité. Mais pour moi, ce jour-là, le pays « wo di Zitronen blühn », c’était l’Australie !


Kennst du das Land, wo die Zitronen blühn,
Im dunkeln Laub die Gold-Orangen glühn,
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht,
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht?
Kennst du es wohl?
                                     Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Geliebter, ziehn.
 
Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder stehn und sehn mich an:
Was hat man dir, du armes Kind, getan?
Kennst du es wohl?
                                     Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, ziehn.
 
Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg
In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürzt der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl?
                                     Dahin! Dahin
Geht unser Weg! o Vater, laß uns ziehn!


‎"Connais-tu le pays où fleurit l'oranger?
Le pays des fruits d'or et des roses vermeilles,
Où la brise est plus douce et l'oiseau plus léger,
Où dans toute saison butinent les abeilles,
Où rayonne et sourit, comme un bienfait de Dieu,
...Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu !
Hélas! Que ne puis-je te suivre
Vers ce rivage heureux d'où le sort m'exila!
C'est là! c'est là que je voudrais vivre,
Aimer, aimer et mourir!

Connais-tu la maison où l'on m'attend là-bas?
La salle aux lambris d'or, où des hommes de marbre
M'appellent dans la nuit en me tendant les bras?
Et la cour où l'on danse à l'ombre d'un grand arbre?
Et le lac transparent où glissent sur les eaux
Mille bateaux légers pareils à des oiseaux!


Citronnier.JPG

Citronnier dans une rue de Bondi Beach, NSW

(Photo ex-libris.over-blog.com, décembre 2012)

 

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Mignon chanté par Magdalena Kozena

 

 

 




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commentaires

flipperine 28/02/2013 23:08

un joli tableau

Catheau 03/03/2013 19:46



Joli mais sans doute un peu mièvre. Amicalement.



Mansfield 28/02/2013 17:57

Je ne suis pas germaniste, je préfère l'Espagne et Garcia Lorca ou Miguel Hernandez mais j'ai lu Goethe et le personnage de Mignon est marquant effectivement. Je comprends qu'il ait inspiré
l'artiste.Et je suis étonnée qu'on ait pu traduire ce poème et lui conserver sa fraîcheur et des rimes, comme s'il avait été pensé en français.

Catheau 03/03/2013 19:44



Il est vrai que, même si le citronnier devient oranger, cette traduction est assez réussie malgré le dicton : "Traditore, tradutore" !



Nounedeb 28/02/2013 17:07

Les premiers vers me sont restés, porteurs d'une évocation mélancolique. L'Australie semble un paradis!

Catheau 03/03/2013 19:42



Difficile de se déprendre du charme de ca pays de soleil, tellement lointain, si méconnu.



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