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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 18:25

 

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Vendredi 18 décembre 2009, la série Empreintes de La 5 proposait un film de Dominique Rabourdin, intitulé Michel Bouquet, Ma vocation d’acteur, réalisé pendant la tournée en France du Malade imaginaire. Dans ce documentaire, entrecoupé d’extraits de films et de pièces, le grand comédien de 82 ans s’y livrait sans fard avec sa simplicité coutumière.

L’homme est sauvé, a-t-il dit, quand il a une vocation pour quelque chose et il a mis du temps à trouver la sienne. Ayant en poche le Certificat d’Etudes Primaires, il vit d’abord de petits boulots : il travaille au Crédit du Nord, il est mécanicien puis pâtissier. Il dit son grand bonheur d’avoir pu faire un métier qu’il aime.

Quand il joue, il arrive au théâtre vers 17h- 17h30. Il revêt de suite son costume de scène et passe deux heures trente à relire la pièce. Il se regarde dans le miroir, afin de trouver un chemin oublié vers son rôle, un élément qu’il aurait abandonné et qui pourrait revivifier le personnage. Quand sonne l’heure de la représentation, il s’est débarrassé des idées sur la pièce, sur le rôle et il a fait le vide. Ce qu’il souhaite à chaque fois, c’est être surpris par la première réplique et par le rôle.

Puis Michel Bouquet évoque son enfance. Entre sept et quatorze ans, il fut pensionnaire en Seine-et-Oise et dormait dans un dortoir de 150 élèves, qui lui donna d’emblée une vue concentrationnaire du monde. Peu aventureux, il cherchait refuge dans la douceur et ne se sentait guère adapté à la vie. C’est sans doute cette « non-vie » en lui qui a fait naître sa vocation de comédien et laissé la place aux personnages qu’il a ensuite joués.

Quand la guerre survient, il doit travailler et devient apprenti-pâtissier à La Gerbe d’or à Lyon. Puis sa mère et lui s’installent à Paris, place du Havre. Avec elle, il prend l’habitude d’aller à L’Opéra-Comique ou à La Comédie-Française. Ils faisaient la queue pour la séance du soir afin de voir « les messieurs et les dames s’agiter sur scène ». Les spectacles lui procuraient un soulagement prodigieux.

A 17 ans, il décide de prendre sa vie en mains. Un jour en se rendant à Saint-Augustin, il s’arrête au 190, rue de Rivoli, chez Maurice Escande, qu’il avait vu jouer le rôle de Louis XV avec beaucoup de bonhomie. Le comédien le reçoit avec amabilité, lui demande de lui dire un extrait d’une pièce. Michel Bouquet se lance dans la tirade des nez de Cyrano. Son hôte lui reconnaît une bonne voix, une bonne articulation et, soulignant sa jeunesse, le prie de lui dire un texte plus approprié à son âge. Le jeune homme lui dit les premières strophes de La Nuit de Décembre de Musset.

Plein de sollicitude, Maurice Escande l’emmène à son cours. Alors que les 200 élèves du cours bavardent, Escande perçoit que, si Michel Bouquet doute, il ne reviendra jamais. Il lance alors à l’auditoire inattentif : « Vous feriez mieux de prendre une leçon ! » C’est ainsi que le comédien reconnu le met au monde en tant qu’acteur. Michel Bouquet joue alors aux Mathurins et rentre au Conservatoire dans les années 1941-1943.

Son père, qui vient de revenir de captivité et qui « avait eu son compte », ne parlait quasiment plus. S’il vient cependant voir son fils jouer dans L’Invitation au Château, il ne trouve rien à lui dire.

Ensuite, ce sera la chance de  rencontrer Camus, Anouilh et d’autres célébrités qui lui permettront de faire son chemin et de se consacrer à ce qui l’intéressait.

Pourtant, Michel Bouquer reconnaît que l’apprentissage de la lecture des textes fut compliqué pour lui. Que ce soit Saint-Simon, Gogol ou Tourgueniev, il lui fallait les dire dix fois pour les comprendre et ce fut un long travail. Ses habitudes le lecture, aujourd’hui encore, sont demeurées les mêmes et il se pose toujours la question : « Pourquoi cet auteur a-t-il écrit cela ? »

Il voue un amour fou aux grands auteurs en la compagnie desquels il aime se trouver. Strindberg, Molière, Beckett, Thomas Bernhardt représentent pour lui une forme de perfection humaine, qui l’envahit d’admiration. Pour lui, rien de plus extraordinaire que de prononcer les mots de Molière. Commencer une pièce avec les répliques du Malade imaginaire, quoi de mieux ?

Evoquant les relations entre le metteur en scène et le comédien, Michel Bouquet affirme que le travail du premier ne le regarde pas. Chacun est à sa place et pour lui l’essentiel est de défendre avec une grande force son travail pour avoir le courage d’entrer en scène. Il défend alors quelque chose qui lui appartient en propre. Cette attitude peut paraître orgueilleuse, mais si elle n’était pas telle, pourquoi accepter de se présenter sur scène devant 800 personnes ? Entrer en scène, c’est marcher sur un fil, risquer de ne plus savoir, attendre la surprise et surtout ne pas donner le sentiment d’une leçon apprise.

En effet, quand on joue Pauvre Bitos ou L’Invitation au Château 600 fois, L’Alouette plus de 800 fois, il est très difficile de faire vivre continûment le rôle. Il est nécessaire d’approfondir celui-ci en permanence, car c’est lui qui dicte les gestes. Si le rôle s’arrête de « parler », c’est comme un désert et le comédien s’assèche. Il faut alors lui demander secours pour être aidé.

Bien que Michel Bouquet ait reçu deux Molières du Meilleur Comédien, l’un en 1998 pour Les Côtelettes, écrit et mis en scène par Bertrand Blier, l’autre en 2005 pour son interprétation de Béranger dans Le Roi se meurt, bien qu’il ait été consacre Meilleur Acteur aux Césars 2002 pour le rôle du père dans Comment j’ai tué mon père d’Anne Fontaine, il dit se remettre en question tous les soirs.

Evoquant sa collaboration avec Ionesco pour Le Roi se meurt, il déclare qu’il alors essayé « d’être avec lui », et de partager ce travail quotidien. A cette époque, Ionesco était déjà très malade et Michel Bouquet le rencontrait chez lui, boulevard Montparnasse. Il rassurait le dramaturge qui lui demandait, inquiet : « Vous le trouvez bien ce théâtre ? » en lui répondant : « C’est magnifique, c’est une œuvre considérable ! »

Quelques extraits ont ensuite montré Bouquet dans sa classe de théâtre au Conservatoire où il enseigna dix ans. Le maître est pourtant persuadé qu’il est impossible d’apprendre à jouer la comédie ! « Je ne leur apprend pas ! » dit-il. On l’entend s’adresser à un jeune comédien : « Si tu rentres dans Oreste, tant pis pour toi… Tu l’as voulu ! Une action étant suivie d’une autre, comment marques-tu les changements et mets-tu en scène le travail ? »

Michel Bouquet reconnaît qu’il a eu de l’admiration pour des acteurs qui étaient doués, mais que cela ne les a pas empêchés de se tromper ou de ne pas travailler. Il rapporte cette anecdote en forme de boutade concernant Alfred Hitchcock et un de ses acteurs. A ce dernier qui lui dit : « Monsieur Hitchcock, je ne comprends pas cette partie du rôle », le réalisateur répond : « Je vous paie assez cher pour que vous sachiez ce qu’il y a dans le rôle ! »

En ce qui concerne le cinéma, Michel Bouquet confesse qu’il n’a pas fait que des chefs-d’œuvre. Sur les 85 films auxquels il a participé, ceux qu’il retient tiendrait sur les doigts d’une main, comme Pattes blanches, écrit par Jean Anouilh et réalisé par Jean Grémillon en 1948, par exemple. Sans doute aussi Juste avant la nuit et La Femme infidèle de Chabrol, Toto le héros et Comment j’ai tué mon père.

Il considère que Claude Chabrol l’a projeté dans le cinéma d’une manière étonnante. Alors qu’il était "happé" par le théâtre, c’est Chabrol qui lui a montré que le cinéma était un art complexe et intéressant. En réalisant La Femme infidèle, le but de Chabrol était de faire un « état des lieux » de 1968. Selon lui, Michel Bouquet était le seul acteur capable d’incarner le bourgeois satisfait de ces années-là. Celui qui chante : « J’ai du bon tabac dans ma tabatière/ J’ai du bon tabac, tu n’en auras pas ! » Selon Chabrol, Michel Bouquet est ce comédien rare qui a une extraordinaire capacité de « minéralisation », dont il capable avec un art subtil de montrer l’effritement. Il était donc l’acteur idéal pour La Femme infidèle. Et quand on dit au comédien qu’il est l’archétype de Monsieur-Tout-Le-Monde, il n’en est pas vexé parce qu’il sait au fond qu’il ne l’est pas !

Puis il égrène d’autres beaux souvenirs, Juste avant la nuit avec François Périer ou Danse de mort de Strindberg, mise en scène au théâtre toujours par Chabrol, et dont il garde un souvenir magnifique du travail réalisé ensemble. Le metteur en scène est là, il regarde, il n’intervient que très peu, il laisse l’acteur se pénétrer du personnage. De toute manière, si l’acteur est têtu et méchant, il fera ce qu’il voudra !

N’étant pas un « homme de cinéma », Michel Bouquet concède qu’il n’est pas facile à employer. Il reconnaît cependant que, dans Le Promeneur du Champ-de-Mars, où il interprète Mitterrand, il a travaillé sur le personnage comme si c’était un rôle de théâtre. Ayant eu l’occasion de rencontrer le Président alors qu’il était malade, il avait été impressionné par la blancheur de plâtre de son visage et il a abordé l’interprétation comme il l’aurait fait pour un personnage romanesque.

Quand il ne joue pas, Michel Bouquet lit beaucoup, fait ses courses, la sieste, regarde la télévision et sort très peu. Quand il joue, il ne s’endort jamais avant 3h du matin.

Il ne trouve pas les tournées fatigantes car il aime à se promener en France avec sa femme Juliette Carré, comédienne comme lui. Ils mènent alors la même vie qu’à Montmartre où ils habitent, et sont heureux de jouer dans d’autres théâtres. Il avoue aimer les théâtres, qu’ils soient petits ou grands, sales ou beaux ; ce sont des lieux divers qui influencent le jeu.

Marié depuis 42 ans avec Juliette Carré, il joue souvent avec elle. Il la considère comme une grande actrice qui, selon lui, n’est pas suffisamment reconnue. Un extrait les montre jouant la fameuse scène du poumon dans Le Malade imaginaire, et leur connivence est éclatante. Tous deux se complètent : elle, parce qu’elle a une intelligence de la réalité et une lucidité exceptionnelle, lui, parce qu’il a une intelligence volatile, toute faite d’intuitions et de contradictions.

Et quand on demande enfin à Michel Bouquet s’il envisage d’arrêter de faire l’acteur, il répond simplement qu’il a deux enfants, trois petits-enfants, qu’ils ont besoin d’argent et qu’ils sont la raison pour laquelle il continue à vivre. « Ce qui les attend sera dur ! » conclut-il.

Un mari qui admire sa femme après plus de quarante ans de vie commune, un père qui se soucie de l'avenir de ses enfants, un comédien exceptionnel à l'oeil rieur, Monsieur Bouquet, vous êtes un type "bien" ! 

Mercredi 23 décembre 2009

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Published by Catheau - dans Télévision
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commentaires

les Bombes Akomik 04/10/2011 14:49


Deux heures 30 de préparation avant de jouer, pour une pièce jouée 600 fois...
On ne voit plus beaucoup ça de nos jours, on arrive 30mn avant, on règle quelques détails, 10mn de concentration tout au plus et hop !
Mais toutes les formes de théâtre exigent-elles le même investissement ?
Ici on peut véritablement parler de sacerdoce.


Catheau 04/10/2011 16:14



Merci de votre commentaire qui me permet de découvrir des comédiens de Lille, ville où je fus étudiante. Michel Bouquet : un grand maître du comique !



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