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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 19:01

 

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Le 10 décembre 2009, François Busnel recevait Lorànt Deutsch pour Métronome, une histoire de Paris à travers ses stations de métro ; Simone Bertière pour Dumas et les mousquetaires,  Histoire d’un chef-d’œuvre ; Jacques Duquesne pour Le Diable ou les représentations du Malin à travers les siècles et Michelle Perrot pour Histoires de chambres.

Si le jeune comédien de trente ans a su rendre sa passion pour l’Histoire communicative, si Simone Bertière nous a fait partager sa connaissance intime de Dumas et de son nègre, Auguste Maquet, si Jacques Duquesne est apparu tel qu’en lui-même, un homme de foi qui cherche, je voudrais m’arrêter sur le livre de Michelle Perrot. Cette historienne militante a été de tous les combats féministes. Spécialiste du XVIII°siècle, elle a travaillé aussi sur George Sand et sa réflexion a balayé le très vaste champ de l’histoire des mentalités, de la condition féminine à celle des ouvriers en passant par l’histoire des prisons.

Elle explique qu’elle en est venue à travailler pendant trois ans sur le thème de la chambre parce qu’elle l’a croisé depuis toujours dans ses multiples recherches. Les ouvriers n’avaient-ils pas de difficultés à se loger ? Les réformateurs des prisons ne pensaient-ils pas aux cellules des moines ? Chaque fois qu’elle abordait un sujet, « une chambre s’allumait quelque part ». C’est ainsi qu’elle en est venue à prendre ce thème pour objet de recherche. La chambre, selon elle, est le belvédère d’où l’on observe le monde, le creuset des civilisations. Il n’y a jamais rien eu de plus important pour l’être humain que d’avoir « une chambre à soi » comme l’écrivait Virginia Woolf. De la camara grecque à la chambre d’enfants en passant par la ruelle des Précieuses, son ouvrage embrasse de multiples lieux.

Dans cet ouvrage, surtout consacré à l’histoire de la chambre dans la culture occidentale, la chambre commence avec la camara grecque. C’est d’abord la pièce où les hommes dorment ensemble, (de là le terme « camarade »), d’une certaine façon, c’est la chambrée. Cet espace commencera à se constituer vraiment au Moyen Age autour de la chambre du Roi, lieu public où la royauté se donne à voir dans la « chambre de parade », puis plus tard au XVIII°siècle autour de la chambre conjugale du couple aristocratique. C’est essentiellement aux XVIII° et au XIX° siècles qu’elle deviendra un espace privé.

La chambre est bien évidemment le lieu de l’amour et, selon Michelle Perrot, le lit précède la chambre. Celle-ci est une boîte qui se construit autour de la couche et l’historienne, tout en  appréciant la reproduction de la chambre de Van Gogh en première de couverture de son livre, aurait de loin souhaité la représentation d’une boîte. Cependant, elle précise que, si elle donne beaucoup de place à l’objet-lit , elle explique que l’objet-chambre est un ensemble bien plus vaste et plus complexe.

Cette cellule du monde est donc une sorte de structure élémentaire investie par les écrivains. Proust, à l’encontre de Sartre par exemple, on le sait, était un homme de chambre (« Longtemps je me suis couché de bonne heure… »).Très nombreuses dans La Recherche, les chambres dessinent une histoire de Paris, les sensations, les lumières. Proust, même s’il était aussi un mondain, travaillait dans sa chambre. Quand il avait fini, il sonnait sa fidèle Céleste, à qui il confiait le soin de recopier ses nombreuses « paperolles ». Et on connaît l’histoire qui raconte que, à Céleste, un matin qui lui demandait s’il allait bien, il répondit : « Oui, Céleste, je viens d’écrire le mot « Fin ». 

Si la chambre peut être le reflet de l’âme, elle est surtout celui du corps. De nombreux écrivains s’y sont suicidé et Louis XIV y mourut abandonné de tous, y compris de Madame de Maintenon, sauf de ses fidèles valets.

Michelle Perrot fait par ailleurs remarquer que, lors du mouvement étudiant du 22 mars 1968, une des revendications des étudiant était de pouvoir pénétrer dans le dortoir des filles à Nanterre. Elle note que c’était une revendication masculine et pense que depuis les choses ont changé !

Au cours de ce passionnant travail de recherche, elle reconnaît que la chambre qui a suscité en elle le plus d’émotion est celle du poète Joë Bousquet. On sait que, paralysé à vie par un éclat d’obus, il fit de sa chambre de Carcassonne un lieu incomparable de sociabilité et d’écriture, jusqu’à sa mort en 1950.

Elle conclut son intervention en se montrant en accord plénier avec Pascal, pour qui « le grand malheur des hommes réside dans le fait qu’ils ne savent pas rester en repos dans leur chambre. » Elle termine en lançant une invitation aux écrivains : « Il reste une histoire de la nuit à écrire ! »


Samedi 12 décembre 2009

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Published by Catheau - dans Lectures
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