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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 14:47

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Samedi  11 octobre 2014, c’était la réouverture de la saison du Metropolitan Opera  avec Macbeth, de Giuseppe Verdi. Grâce à la retransmission cinématographique mondiale en HD Live, au cinéma Le Palace à Saumur, l’occasion nous était ainsi donnée de voir ce grand opéra tragique sur les méfaits de l’ambition et du pouvoir.

Cet opéra en quatre actes, d’après Shakespeare, sur un livret de Francesco Maria Piave, est avec Simon Boccanegra, l’autre grande œuvre du musicien sur ce thème. Elle fut créée au Teatro della Pergola de Florence, le 14 mars 1847, puis connut une seconde fortune au Théâtre Lyrique de Paris, le 19 avril 1865, dans une traduction de Nuitter et Beaumont. A cette occasion, Verdi remania son œuvre et c’est cette version parisienne, retraduite en italien, qui fait désormais autorité.

Macbethtémoigne de la première rencontre de Verdi avec le dramaturge anglais ; il la poursuivra avec Otello et Falstaff tout en rêvant à un Roi Lear qu’il ne réalisera pas. Avec cet opéra, Verdi a créé un opéra dont les quatre actes ont une intensité égale  et dans lesquels sa musique audacieuse et puissante est au service d’une réflexion sur la violence et l’ambition. Le magnifique prélude en fa mineur, lourd de menaces, est bien révélateur à cet égard. 

C’est Adrian Noble, directeur artistique de la Royal Shakespeare Company de 1990 à 2003, qui signe ici la mise en scène. Selon lui, « l’opéra de Verdi est une sorte de pont entre Shakespeare et notre époque » et c’est pourquoi il a choisi pour décor de son adaptation les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale. Macbeth (le baryton, Zeljko Lucic) y apparaît sous les traits d’un chef de guerre qui s’empare du pouvoir et devient un tyran. Les chanteurs, habillés comme des partisans, les armes, les jeeps, tout concourt à créer des scènes qui font bien souvent penser à des images d’archives, relatant les nombreux conflits de l’après-guerre.

Le décor, quant à lui, me semble être particulièrement au service de cette thématique du pouvoir. Dans l’acte I, Macbeth et lady Macbeth fomentent leurs projets criminels devant une sorte de haute tour noire, striée de barreaux, qui peuvent symboliser l’échelle du pouvoir. Ce décor peut aussi représenter le puits obscur de leur chute à venir. Dans l’acte II, de hauts fûts noirs créent une atmosphère sombre, tout en préfigurant, peut-être, les troncs en marche de la forêt de Birnam. Quant à la lampe qui, dans certaines scènes, va et vient au-dessus de lady Macbeth et de son époux, elle m'a paru représenter cette conscience de plus en plus vacillante qui n'éclairera bientôt plus le duo criminel.

macbeth lady

Anna Netrebko (lady Macbeth), la « reine » actuelle du Met, domine la distribution. Elle y déploie toute la gamme de la soprano colorature, notamment dans le premier acte, riche en morceaux audacieux et risqués pour une cantatrice. C’est peu de dire qu’elle excelle dans ce rôle qu’elle investit de toute son énergie, sa puissance et son charme fatal. L’opéra ne devrait-il pas s’intituler Lady Macbeth, tant il est vrai que, dès le premier acte, Macbeth apparaît victime de son emprise mortifère ?

Vêtue d’un séduisant déshabillé de soie gris, toute en détermination et en séduction, elle fait de son époux un jouet entre ses mains. Le duo du mari assassin et de la femme instigatrice (« Fatal mia donna ! ») est somptueux, quand Macbeth revient, les mains ensanglantées après le meurtre du roi Duncan perpétré sous leur propre toit. Dans l’acte II, sanglée dans un smoking noir éclairé par sa longue chevelure blonde, elle poursuit son entreprise de mort en incitant Macbeth à tuer Banquo. On songe à ces héroïnes de films noirs américains, comme Veronika Lake par exemple. Il faut l'entendre exulter (« La luce langue ») après le départ de Macbeth vers son deuxième crime puis, plus tard, s’efforcer de calmer les angoisses de son époux, en proie aux fantômes lors du banquet. Dans sa robe rouge, couleur de sang, sa couronne de rubis sur la tête, elle illumine le bal d’une couleur sanglante. Lors de la scène de somnambulisme, déambulant sur des chaises représentant les remparts, la diva y est aussi très impressionnante. Sa puissance lyrique fait ici merveille.

Macbethaprès le emurtre

Zeljko Lucic compose avec elle un couple très crédible de tyrans sanguinaires (j’ai pensé au couple Ceaucescu) et j’ai aimé la façon dont le chanteur montre la montée en lui des remords et des hallucinations (« Sangue a me »). La scène de l’acte III, où il voit apparaître la descendance royale de Banquo, en est aussi l’expression (« Fuggi, regal, fantasima »). Dépassé par ses crimes, il sait que le pouvoir injuste ne mène qu’à la solitude et à la mort. Même la mort de sa femme, au dernier acte, le laissera indifférent. Tout le monde a en tête la phrase qu’il prononce alors : « L'histoire humaine, c'est un récit raconté par un idiot plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Les deux autres personnages masculins de l’opéra, Macduff (le ténor Joseph Calleja) et Banquo (René Pape, « la plus belle basse verdienne et wagnérienne ») n’ont cependant rien à lui envier. J’ai notamment beaucoup aimé le très beau timbre du premier quand il chante sa douleur («  O figli, o figli miei » et « Ah ! La paterna mano ») après la mort de ses fils tués par Macbeth, au début de l’acte IV. Au moment des saluts, les applaudissements nourris des spectateurs témoignent de la force et de la qualité de leur prestation.

Si j’ai été un peu surprise par le chœur des sorcières jouant sur le décalage et le burlesque (elles sont représentées sous la forme de petites dames avec chapeau et sac à main), j’ai aimé l’ample scène du bal où se déploie la grande nappe blanche de la table où lady Macbeth porte les toasts.

macbeth patria oppressa

Mais c’est surtout le chœur des exilés chantant « Patria oppressa » au début de l’acte IV qui m’a a particulièrement émue. Dans une lumière aux couleurs grises de la nostalgie, entre Ecosse et Angleterre, aux lisières de la forêt de Birnam, femmes, enfants, vieillards, soldats bivouaquent et pleurent leur patrie opprimée. Une image née sans doute au cœur des luttes du Risorgimento italien, mais qui prend toute sa force aujourd’hui : ne nous rappelle-t-elle pas ces nombreux peuples chassés de leur terre par la guerre et aspirant désespérément au retour dans la terre natale ? Dans l’opéra, la défaite de Macbeth permet à Malcolm de monter sur le trône tandis que résonne un hymne victorieux et l’on espère que ce n’est pas l’avènement d’un nouveau tyran.

Et c’est une des qualités de la mise en scène d’Adrian Noble, me semble-t-il, que de nous inviter, grâce à la puissance vocale et au jeu habité de ses interprètes, à une réflexion moderne sur les perversions du pouvoir.

macbeth-act-iv-


 

 

Sources :

Classicae - Verdi - Macbeth

 

 

 


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Published by Catheau - dans Opéras
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commentaires

Martine 15/10/2014 05:13

Un spectacle qui a l'air d'une très haute qualité. Les photos sont superbes. Quelle fougue de la cantatrice!
Merci Catheau
;)

Catheau 01/11/2014 17:04



Je suis bien aise que ces retransmissions recommencent à Saumur ; c'est un beau moyen de parfaire sa culture opératique.



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