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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 13:26

  odeur-de-la-papaye-verte-

 

 

Lundi 04 octobre 2010, France O diffusait le film du cinéaste Tran Anh Hung, L’odeur de la papaye verte, Caméra d’or à Cannes (1993), César de la Meilleure œuvre (1993) et nomination à l’Oscar du Film étranger à Hollywood. Une reconnaissance méritée pour un premier long-métrage qui conjugue une grande émotion et une maîtrise technique remarquable.

Ce jeune réalisateur, issu de l’Ecole Louis Lumière, a quitté le Viêt-nam à l’âge de douze ans. Il avoue la nécessité psychologique qui présida à sa volonté de faire ce film : « J’avais besoin de regarder derrière moi, besoin d’un passé cinématographique national que je n’avais pas. » Il parvient cependant à restituer avec fidélité l’atmosphère d’une famille vietnamienne de commerçants en tissus, à travers le regard serein et émerveillé d’une petite domestique de dix ans, prénommée Mùi (Lu Man San). Nous sommes dans le Viêt-Nam des années 1950, quand la sirène du couvre-feu dit la menace de la guerre. Le spectateur découvre cette maison typiquement vietnamienne, organisée autour de sa cour à la végétation luxuriante, où les grillons voisinent avec les grenouilles, où les chants des oiseaux font écho aux notes d’un instrument de musique traditionnelle. « Je voulais que cette histoire se passe dans un petit quartier calme, typiquement vietnamien », explique le metteur en scène.

A travers cette petite domestique et les autres personnages féminins, c’est la condition de la femme qui est un des enjeux du film. Le cinéaste le dit lui-même : « Je voulais parler du problème de la servitude, qui est au cœur de la condition de la femme vietnamienne. Cette servitude étant très liée à la tradition et à l’éducation, elle se perpétue par un recommencement continuel. » La mère (Truong Thi Loc) subit passivement les frasques de son mari (Tran Ngoc Trung), qui disparaît régulièrement et dilapide la fortune familiale. La belle-mère (Vo Thi Hai), qui vit dans le souvenir de son époux mort, reproche à sa belle-fille de n’avoir pas su rendre son fils heureux. Les deux domestiques, la jeune et la vieille Ti (Nguyen Anh Hoa), accomplissent les gestes du quotidien sans jamais se plaindre. Tran Anh Hung reconnaît par ailleurs que son oeuvre est « le souvenir d’enfance des gestes maternels ».

C’est ainsi que la multiplication des gros plans, parfaitement maîtrisés, nous donne à voir au plus près la réalité vietnamienne. Les vint-cinq kilos de riz qui glissent dans une jarre vernissée, les petites assiettes et les bols des repas disposés avec minutie, l’épluchage au plus près de la papaye, légume quand elle est verte, fruit lorsqu’elle est mûre. La papaye, dont les grains, semblables à de petites perles, sont caressés par le regard émerveillé de Mùi.

 

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La fascination du film tient sans doute à la qualité du regard de cette fillette vietnamienne que rien n’étonne, qui porte attention à la moindre chose, au plus petit être vivant. C’est un gecko qui se glisse dans les feuilles du philodendron, ce sont les grenouilles et leur chant omniprésent, c’est le grillon porte-bonheur que Mùi emportera dans la maison du pianiste alors qu’elle a vingt ans. Impassibilité sereine, qui est celle du cinéaste filmant le doigt de Tin (Neth Gérard) écrasant une fourmi, aussi bien que les éclats d’une potiche de porcelaine cassée. Si la violence et la douleur affleurent, elle sont toujours contenues et suggérées : plan superbe de la mère et du fils Lam (Do Nhat), assis dans la même attitude et unis dans la souffrance après l’humiliation de la mère ; gros plan sur les humbles sandales de Mùi, symbole de sa servitude, regard de Tin, le petit maître, toisant sa domestique, photo de la petite sœur disparue sur l’autel des ancêtres.

Si la douleur est sous-jacente, la douceur est aussi présente. On retiendra la scène émouvante où la maîtresse offre à sa petite domestique, un ao-daï et des bijoux en or, ceux qu’elle réservait à sa fille morte : « Tu m’as tellement aidée, lui dit-elle, pendant ces dix ans. » C’est encore le sourire mystérieux avec lequel Mùi, servant à table, découvre Khuyên (Vuong Hoa Hai), le musicien au service duquel elle entrera dix ans plus tard. C’est enfin la merveilleuse scène de cache-cache, toute en fluidité, où Mùi retarde son abandon à l’amour du jeune pianiste, qui lui apprendra à lire

Dans ce film, transparaît une philosophie de l’existence dont le chef décorateur Alain Nègre et  le chef opérateur Benoît Delhomme se sont fait admirablement les porte-paroles. Il faut en effet savoir que cette maison vietnamienne a été complètement reconstituée à Bry-sur-Marne dans les studios de la SFP. N’ayant pu tourner sur place à cause de la hausse des coûte et de la saison des pluies, Tran Anh Hung, pourtant très attaché à la dimension asiatique de son projet, et C. Rossignon, le producteur, se sont résolus à tourner en France.

Le décorateur a donc accordé une attention toute particulière à l’atmosphère typiquement vietnamienne, qu’il a rendue notamment avec la présence des claustras ouvragés, permettant une grande profondeur de champ et de longs travellings. Il a souhaité aussi faire apparaître le contraste entre l’espace privé et public : « Une fenêtre doit donner l’impression de vie derrière », dit-il. Il a fait venir du Viêt-Nam quelques containers d’objets, dont les volets qui entourent la maison ou les nattes qui habillent les murs. Pour la cour végétale, lieu emblématique, Benoît Delhomme, le chef opérateur, a choisi une lumière « zénithale » qui contraste avec celle des intérieurs, moins focalisée et plus tamisée, comme celle qui se glisse à travers les moustiquaires de la chambre des servantes ; plus dorée aussi, telle celle qui auréole la séance d'acupuncture, destinée à soigner le père prodigue. Selon le producteur, Benoît Delhomme a véritablement « sculpté » la lumière. C’est donc un véritable tour de force d’avoir su transposer un petit Viêt-Nam à Bry-sur-Marne, d’en avoir donné « l’illusion tangible », uniquement à partir d’une maison de bois et de verdure.

Ainsi, dans ce long métrage quasi-muet, dans lequel les comédiens sont tous des amateurs (sauf Mùi à vingt ans, jouée par Tran Nu Yên Kê), où résonnent les notes d’un instrument traditionnel et celles des Préludes de Chopin, les êtres vivants et les choses exhalent leur beauté cachée, le quotidien est marqué par un rituel immuable, la retenue et la pudeur sont de mise et tout y « bouge harmonieusement », ainsi que le dit Mùi à la fin du film. Et l’on ne peut que remercier ce jeune cinéaste vietnamien de nous apprendre à contempler le monde à travers le regard d’une petite fille, qui est peut-être le regard du Bouddha.

 

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Tran Anh Hung et Tran Nu Yên Kê

 

 

 

 

Sources :

Arte, L’odeur de la papaye verte :

Note du réalisateur,

Le film vu par Alain Nègre,

Le regard de Christophe Rossignon.

 

 

Mercredi 07 octobre 2010

 

 

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Published by Catheau - dans Cinéma
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commentaires

Catheau 06/10/2010 22:28


Un film que l'on regarde comme l'on contemplerait un tableau ! Merci de votre visite.


Nounedeb 06/10/2010 17:22


Salut Catheau. Je partage cet avis. Que de délicatesse.


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