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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 17:09

 

 le passé béjo entre les 2

Maria (Bérénice Bejo) entre Samir (Tahar Rahim) et Ahmad (Ali Mosaffa)

Jeudi 30 mai 2013, j’ai vu Le Passé du réalisateur iranien, Ashgar Farad. Le film, en lice à Cannes, y a reçu le prix du Jury œcuménique. Le prix d’Interprétation féminine a récompensé Bérénice Bejo pour son interprétation du personnage de Maria.

Avec ce film, le réalisateur iranien traite de nouveau d’un thème qui lui est cher, celui de la séparation, des déchirements familiaux. Dans le film précédent du même nom, il montrait la désagrégation d’une famille en amont de la séparation. L’intrigue du Passé prend place alors que la séparation a eu lieu et qu’ Ahmad (Ali Mosaffa) revient à Sevran chez sa femme Maria (Bérénice Bejo) pour conclure la procédure de divorce. Maria vit à Sevran, dans une petite maison de banlieue avec ses deux filles, Lucie (Pauline Burlet) et Léa (Jeanne Jestin). Y habitent aussi Samir (Tahar Rahim), avec qui elle souhaite se remarier, et le fils de ce dernier, Fouad (Elyes Aguis). Ahmad arrive dans une atmosphère tendue. La femme de Samir est dans le coma et Lucie pense que c’est à cause de sa mère qu’elle a voulu se suicider. Entre la mère et la fille, la relation ne cesse de s’envenimer.

Le coma de la femme de Samir est la métaphore d’un film où tout est mouvant et où la vérité ne se dévoile qu’au prix de nombreux rebondissements. C’est ce qu’explique le metteur en scène : « Le film tout entier se construit sur cette notion de doute, sur cette notion d’entre-deux. Les personnages sont constamment face à un dilemme, ils sont à la croisée de deux chemins. »

Les personnage sont en effet sans cesse tiraillés entre le passé et leur souhait d’aller de l’avant. Ahmad est un personnage très ambigu.  On comprend qu’il a quitté Maria parce qu’il ne peut vivre en France, mais il lui porte toujours un grand intérêt. Au moment de regagner l’Iran, il veut lui expliquer pourquoi il a agi ainsi. Samir, dont la femme est dans le coma, aime Maria mais il ne peut se détacher complètement de son épouse à qui il rend visite régulièrement à l’hôpital. Quant à Maria, qui veut recommencer quelque chose avec lui, pourquoi accueille-t-elle Ahmad dans sa maison, au lieu de lui réserver une chambre d’hôtel comme il le lui a demandé ? Certes, il y a entre eux une glace invisible, comme celle qui les sépare au moment de leurs retrouvailles à l’aéroport, mais ces deux-là ne s’aiment-ils pas encore ?

le passé les enfants

Ahmad dans le jardin de Sevran avec Fouad (Elyes Aguis) et Léa (Jeanne Jestin)

C’est tout l’art subtil d’Ashgar Faradi de se tenir sur cette ligne de crête ténue, sur ce fil tendu entre les désirs contradictoires des adultes, dont les enfants sont bien trop souvent les victimes. Ainsi, j’ai beaucoup aimé la manière attentive et sensible dont le réalisateur donne la parole aux enfants. Il leur accorde une grande importance : « Leur présence, dit-il, ouvre l’atmosphère du film aux émotions et aux affects. Ils y insufflent de la sincérité. Dans tous mes films, en effet, les enfants ne mentent pas, si ce n’est sous la pression des adultes. » Leurs colères, leurs caprices, leur violence ne sont que la conséquence d’un désarroi intime qu’ils ne peuvent exprimer lorsqu’ils voient le monde s’écrouler autour d’eux. On n’oubliera pas la scène émouvante entre Samir et Fouad : sur un quai de métro, au milieu des gens qui passent, le petit garçon laisse entendre à son père que, pour lui, sa mère dans le coma est déjà morte et qu’il veut retourner auprès de Maria qui est la vie.

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Lucie (Pauline Burlet)

Quant au personnage de Lucie, il est un des moteurs du film ; c’est par elle qu’une partie de la vérité sur le suicide de la femme de Samir se fait jour peu à peu. J’ai été émue par la présence intense de Pauline Burlet, par son regard noyé qui exprime si bien le déchirement et les scrupules idéalistes de l’adolescence. La scène en plongée, où sa mère et elle sont allongées sur le lit l’une à côté de l’autre, et où elle lui prend la main, en manière de réconciliation, est une des plus belles du film. Tout autant que Bérénice Bejo, cette jeune comédienne aurait mérité le prix d’interprétation féminine.

Avec tous ces personnages venus d’horizons différents, Faradi  propose un film dont la portée est universelle. Ahmad est iranien, Samir, patron d’une teinturerie, Fouad et Naïma son employée (Sabrina Ouazani vue dans Des hommes et des dieux) sont originaires d’Afrique du Nord, les filles de Maria sont françaises mais leur père vit à Bruxelles. Quant à Maria, interprétée par Bérénice Bejo, actrice argentine, on se dit qu’elle vient sans doute d’ailleurs. Pour Faradi, les émotions, les  sentiments sont les mêmes dans les différentes cultures du monde ; ce qui varie, ce sont essentiellement leurs moyens d’expression. Il explique ainsi qu’il n’aurait bien sûr pas filmé de la même manière en Iran où le mutisme est de mise. Peut-être est-ce pour cela qu’Ahmad, hors de son pays, est dans le film le personnage qui parle le plus et qui fait parler les autres, bien qu’il le fasse parfois avec maladresse et à contretemps.

Il me semble que la réussite du film tient aussi à la manière dont le réalisateur a fait travailler ses comédiens. Fort d’une longue expérience théâtrale, il leur impose des répétitions pendant deux mois, à raison de quatre fois par semaine, avec une heure de préparation physique. Il leur fait faire beaucoup d’exercices, les incitant à imaginer l’histoire de leur personnage. Tahar Rahim parle à ce propos de « s’enraciner dans une autre vie ». Bérénice Bejo a subi des essais angoissants, elle dont le visage devait absolument exprimer le doute. Quant à Ali Mossaffa, qui ne parle pas bien le français, il a été contraint d’approfondir son jeu et l’intensité de son regard en dit long sur le travail d’intériorisation qu’il a dû entreprendre.

le passé béjo

Maria (Bérénice Bejo)

On l’aura compris, Le Passé est un film qui m’a extrêmement touchée et que j’ai beaucoup aimé. Même si j’ai trouvé les multiples rebondissements psychologiques parfois un peu répétitifs, j’ai été sensible au regard de ce metteur en scène iranien sur les femmes. « On sent dans son cinéma qu’Ashgar croit plus en la femme qu’en l’homme, qu’il trouve les femmes plus fortes, plus expressives », affirme Bérénice Bejo. Quant à la très belle fin, elle ouvre tous les possibles et apporte son point d’orgue parfumé à une analyse psychologique complexe et remarquable.

 

Sources :

Allo-Ciné

Vidéo Allo-Ciné : interview de Bérénice Béjo et Asghar Faradi

 

 

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Cinéma
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commentaires

Mansfield 03/06/2013 10:35

Coïncidence, j'ai vu ce film la semaine dernière et j'aime beaucoup votre analyse d'autant que ce champs de tous les possibles, à la fin, m'a un peu déroutée. Votre regard, et celui du metteur en
scène bien sûr, sur les enfants est particulièrement touchant. Quant au quartier de Paris dans lequel a été tourné ce film, c'est mon ancien quartier, la pharmacie à côté de chez moi, la
blanchisserie en face et le restaurant "wok" tout près ce qui m'a amusée, je dois dire.

Catheau 03/06/2013 13:23



Il est vrai que j'ai pensé à la pharmacienne que vous êtes en voyant ce film. Curieuse impression que de retrouver dans un film son ancien quartier. L'occasion peut-être d'un texte original !
Amicalement.



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