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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 22:08

Champaigne vanité ou allégorie du temps

Vanité ou allégorie du Temps, Philippe de Chamapigne,

première moitié du XVIIe siècle, Musée de Tessé, Le Mans

 

Dans le Carnet de poésie de ma grand-mère, sur le même feuillet plié, de couleur bleutée, qui comporte « La légende du Rhône », on peut lire cette curieuse suite de cinq quatrains aux rimes croisées, un poème à la tonalité désespérée. Je le restitue avec sa ponctuation et son accentuation particulières.

 

Le cœur de l’homme

 

Le cœur de l’homme est comme un pieux mausolée

Où les cadavres sont les tueurs du bonheur !

Où chaque pierre évoque une joie envolée !

Où chaque nom redit une grande douleur !

 

Et chaque souvenir, qui tresse une couronne

A celles dont un jour ce cœur avait rêvé !

Leur donne dans le loin, des profils de madones

Vers lesquels vont encor de douloureux avé !

 

Lorsqu’en un cœur meurtri ne reste qu’une image,

Comme sur une tombe où n’est gravé qu’un nom,

Le souvenir est plus amer, et davantage

On comprend que la vie est un immense Non !

 

Car le souvenir dont on garde la relique

Date du seul moment qui n’ait pas fait souffrir !

Le reste, c’est la vie insolente et cynique

Qui n’engendre souvent que l’espoir d’en mourir !

 

Et comme on se complait à nourrir sa chimère,

A placer une croix devant chaque tombeau,

Le cœur vieilli n’est plus qu’un vaste cimetière

Que peuple encor le temps- notre eternel bourreau !

 

M. Gay

 

La présence de ce poème particulièrement noir suscite mon étonnement. Je ne sais à quelle époque de la vie de ma grand-mère il fut placé entre les pages de son Carnet de poésie. A en juger par les photos que je connais d’elle, mon aïeule ne souriait guère. Sur certains clichés, elle semble même triste. Pourtant, d’après ce que je sais de sa vie, elle eut une existence calme auprès de mon grand-père dont elle était très amoureuse. Mais elle avait un caractère inquiet et manifesta envers ses deux fils une sollicitude parfois excessive.

Ce poème, qu’elle a conservé, révèle qu’elle avait aussi sans doute un sentiment très aigu du Temps qui passe- le dernier vers du poème a des accents baudelairiens-  et que sa vision du monde l’inclinait à un pessimisme foncier.

 

 

Le coeur de l'homme 1

 

Le coeur de l'homme 2

 

Samedi 26 juin 2010

 

 

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commentaires

Catheau 22/07/2010 19:30


Merci de votre commentaire encourageant. Amicalement.


Michel Julien 05/07/2010 22:48


Un joli blog que je recommanderais. Courage pour les actualisations.


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