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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 18:45

 

Apollinaire-et-annie-Playden.jpg

Annie Playden et Guillaume Apollinaire

 

La tzigane

 

La tzigane savait d’avance

Nos deux vies barrées par les nuits

Nous lui dîmes adieu et puis

De ce puits sortit l’Espérance

 

L’amour lourd comme un ours privé

Dansa debout quand nous voulûmes

Et l’oiseau bleu perdit ses plumes

Et les mendiants leurs Ave

 

On sait très bien que l’on se damne

Mais l’espoir d’aimer en chemin

Nous fait penser main dans la main

A ce qu’a prédit la tzigane

 

Cette suite de trois quatrains d’octosyllabes aux rimes embrassées appartient au cycle rhénan du recueil Alcools d’Apollinaire. Le poète, alors précepteur de la fille de la vicomtesse de Milhau en Rhénanie, y chante son amour malheureux pour la gouvernante de la maison, Annie Playden. Commencé à l’automne 1901 et après maints atermoiements, leur amour verra sa fin en mai 1904, quand Annie émigrera aux Etats-Unis.

Dans ce poème,  j’aime l’association de l’image surprenante de l’amour comparé à « un ours privé » (on remarquera l’absence de complément de l’adjectif) à celle plus classique de « l’oiseau bleu ». Le lexique péjoratif et privatif, les nombreuses assonances en [i] contribuent à créer une sorte de plainte dolente qui demeure sans écho. Le personnage de la tzigane, qui ouvre et clôt le poème, connote le thème du destin mais aussi celui de l’errance amoureuse.

Suspendu entre folle espérance et sentiment d’échec, ce poème est bien l’ « expression à la fois moderne et sans âge » du destin d’un poète qui demeure à jamais le Mal-Aimé.


Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de mots :

Thème : hasard ou destin

 

 

 


 

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Published by Catheau - dans Jeudi en Poésie
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commentaires

Martine 26/01/2014 07:17

Quel merveilleux poète! je ne lasse pas de le lire
Merci Catheau

Jeanne Fadosi 25/01/2014 12:56

un très beau poème. Apollinaire reste romantique et condamné aux amours malheureuses à 20 ans mais désenchanté et plus réaliste dix ans plus tard. Etrange contraste entre Alcools et le bestiaire

Catheau 29/01/2014 22:57



J'aime aussi beaucoup les Poèmes à Lou, dits par Ttrintignant : c'est déchirant quand on sait qu'il les a dits avec sa fille Marie.



Nounedeb 24/01/2014 18:28

Merci.

Catheau 29/01/2014 22:55



En toute connivence. Amitiés.



flipperine 24/01/2014 13:32

les poèmes me semblent-ils sont indémodables la seule chose on les aime ou on ne les apprécie pas

Catheau 29/01/2014 22:53



La langue poétique peut s'apprivoiser pourtant.



M'amzelle Jeanne 24/01/2014 10:57

Je ne connaissais pas..heureuse des explications données
Oui on ressens très bien la tristesse devant le destin prédit
Merci pour ce partage!
Avec amitiés je te souhaite une belle journée

Catheau 29/01/2014 22:53



Merci, Jeanne. Dans la grande tradition lyrique, apollinaire est en même temps étonnamment moderne.



Carole 24/01/2014 00:08

Un si beau poème. Et chaque fois qu'on le relit, on y découvre une nouvelle raison de s'émerveiller. Merci, Catheau, de le présenter aussi bien.

Catheau 29/01/2014 22:51



Un poème où le choix des images est surprenant. Pauvre poète "à la tête étoilée" !



mansfield 23/01/2014 21:14

Ce poème curieux et original fait bien ressentir cette dérive amoureuse et Apollinaire sait si bien écrire l'amour, je pense à "Rosemonde" par exemple. Merci Catheau!

Catheau 29/01/2014 22:49



Alcools est un de mes recueils préférés ; je l'ai beaucoup étudié avec mes élèves.



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