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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 07:00

  La Sphinge 1906 Gustav-Adolph Mossa

                  La Sphinge (1906), Gustav-Adolph Mossa 

 

Notre pensée intime est  un vaste royaume

Dont le drame profond se déroule tout bas.

Toute chair emprisonne un ignoré fantôme,

Toute âme est un secret qui ne se livre pas.

 

Et c’est en vain, ô front ! que tu cherches l’épaule,

Refuge en qui pleurer, aimer ou confesser ;

L’être vers l’être va comme l’aimant au pôle,

Mais l’obstacle aussitôt vient entre eux se dresser.

 

Car au fond de nous tous, ennemie et maîtresse,

La sphinge s’accroupit sur son dur piédestal,

Et tout épanchement de cœur, toute caresse,

Soudain se pétrifie à son aspect fatal.

 

Sa présence toujours aux nôtres se mélange,

Sa croupe désunit les corps à corps humains ;

Au fond de tous les yeux vit son regard étrange,

Ses griffes sont parmi les serrements de mains.

 

Et lorsque nous voulons regarder en nous-même

Pour nous y consoler et nous y reposer,

La sphinge est là, tranquille en sa froideur suprême,

L’énigme aux dents prête à nous la proposer. 

 

                                                               Occident 

 

 

L’énigme du Sphinx n’a cessé de fasciner les philosophes, les poètes et les peintres. Expression du mystère que représente l’Homme pour lui-même et pour autrui, le Sphinx demeure cet être fabuleux qui gît en nous.

Epouse du savant orientaliste J.-C. Mardrus, traducteur des Mille et une nuits, Lucie Delarue-Mardrus (1880-1945) est l’auteur de plus d’une cinquantaine d’œuvres romanesques et poétiques. Personnage passionné, souffrant, sulfureux, elle demeure d’ailleurs une poétesse assez mystérieuse.

Ce poème est extrait d’Occident, une de ses premières œuvres. Dans cette suite de cinq quatrains de forme très classique, elle tente d’approcher la réalité de notre condition. Las ! Miroir de nous-mêmes, la sphinge, être monstrueux, demeure à jamais impénétrable.

 

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots,

Thème : le mystère,

proposé par M'annette 

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commentaires

Dan 03/10/2011 09:21


Ce matin , je crois que tout fonctionne bien . Mon identifiant est Diaoulekgavotenn qui signifie en Breton gavotte diabolique. Bises Dan


Catheau 03/10/2011 11:30



Effectivement, vous êtes inscrit ! Bonne journée au diable breton !



Dan 02/10/2011 18:53


Problèmes avec OB, suis je toujours inscrit à votre newsletter? Bonne soirée Dan


Catheau 03/10/2011 09:13



Apparemment, Dan, votre nom n'apparaît plus sur la liste. En ce qui me concerne, de nombreux problèmes persistent encore sur OB. Amitiés.



Nounedeb 22/04/2011 15:14


Lucie Delarue-Mardrus, un nom associé à un poème appris à l'école. La sphynge. Ce féminin me plonge dans une perplexité...spongieuse!


Catheau 29/04/2011 17:53



Un féminin aussi fascinant que le masculin. Amitiés.



Anne Le Sonneur 22/04/2011 08:05


Chez Adamante Mardrus, chez vous son épouse. Je vais de découverte en découverte, ce matin. Ou, plutôt d'énigme en énigme ? La fascination du sphinx, de l'insondable, de ce puits mystérieux que
nous sommes. Très belle journée, Catheau. Bien amicalement


Catheau 22/04/2011 22:49



Oui, j'ai vu qu'Adamante évoquait aussi Mardrus et ses beaux textes sur la Voix. Merci de votre intérêt. Amitiés.



Alice 21/04/2011 23:06


C'est un poème qui illustre le temps des écrivains d'aujourd'hui, la quête de l'intime, et les ravages ou bonheur provoqués. Ce soir à la Grande Librairie, il y en avait quelques exemples. Un poème
à garder et relire.Amitiés


Catheau 22/04/2011 22:47



Effectivement, une émission passionnante sur l'autobiographie, dont j'ai aimé rendre compte. A bientôt, Alice.



Jeanne Fadosi 21/04/2011 22:34


un bien beau poème sur l'un des plus grands mystères de la mythologie
beau choix !


Catheau 22/04/2011 22:46



Un mythe fascinant. Amicalement.



Elo 21/04/2011 20:08


Un très beau choix pour ce jeudi... Tu me permets de découvrir tant de choses! MERCI. bises


Catheau 21/04/2011 22:27



Je les découvre aussi grâce aux deux tomes de ces Anthologies des Poètes Français Contemporains (Le Parnasse et les écoles postérieures au Parnasse, 1866-1929), deux petits
recueils, tout piquetés d'humidité. Amitiés.



Lilie-Norlane 21/04/2011 16:15


Le mystère de nous-même... Je ne connaissais pas non plus cette dame poète.


Catheau 21/04/2011 22:23



C'est toute la Belle Epoque et ses belles poétesses. Amitiés.



au rythme des maux 21/04/2011 15:58


Bel écrit, merci pour ce partage!!
Amitié
Pierre


Catheau 21/04/2011 22:22



Un écrit classique mais qui nous interroge sur nous-mêmes. Merci, Pierre, de votre visite.



jill-bill.over-blog.com 21/04/2011 13:48


Bonjour Catheau, idem pour moi je découvre un très bel écrit d'un auteure méconnue à mes yeux. Merci pour le partage... J'y penserai Jill


Catheau 21/04/2011 22:20



Une poétesse à la sensibilité exacerbée, dans la lignée des Renée Vivien et Anna de Noailles.  Amicalement.



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