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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 15:06

 

Colombe anny duperey et sa fille 2 reference

  Anny Duperey (Madame Alexandra) et Sara Giraudeau (Colombe),

dans Colombe à La Comédie des Champs-Elysées

Crédit photos, gala.fr

 

Samedi 15 mai 2010, France 2 retransmettait la centième de Colombe de Jean Anouilh, mise en scène par Michel Fagadau, à La Comédie des Champs-Elysées. L'auteur aurait eu cent ans cette année.

Cette pièce (1951) en quatre actes appartient aux quatre pièces dites « brillantes » du dramaturge. Elle y tient une place particulière puisqu'elle porte le prénom d'une de ses filles. De plus, celui qui fut à vingt-deux ans le secrétaire de Louis Jouvet, de 1925 à 1930, y emploie un de ses procédés favoris, le théâtre dans le théâtre. Il y manifeste sa passion pour le monde de la scène, passion née au lycée Chaptal et favorisée par ses rencontres avec Cocteau et Jean Giraudoux. Par ailleurs, elle aurait pu tout autant être qualifiée de « grinçante » car on y retrouve les thèmes chers au dramaturge, le désir d’absolu, le refus d’un monde fondé sur l’hypocrisie et le mensonge, l’impossibilité de l’amour, la prééminence accordée au jeu théâtral.

 

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Affiche de Colombe en 1951, Décor d'André Barsacq,

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

Michel Fagadau, directeur de La Comédie des Champs-Elysées en propose ici une seconde mise en scène, après celle de 1996 avec Geneviève Page, Laure Marsac et Jean-Paul Roussillon. La pièce avait été créée en 1951 au Théâtre de l’Atelier, avec Danièle Delorme et Yves Robert dans les rôles-titres, dans une mise en scène d’André Barsacq, reprise en 1954. En 1974, Anouilh lui-même, assisté de Roland Piétri, l’avait montée avec Danièle Lebrun dans le rôle de Colombe et Lucette Garcia-Ville dans celui de Madame Alexandra.

 

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Costume pour Armand, dans la mise en scène d'André Barsacq (1951),

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

Si la pièce a intéressé Michel Fagadau, c’est parce qu’elle est pour lui, dans le cadre spectaculaire du théâtre, une sorte de « comédie humaine à la Balzac », drôle et acide, qui présente toute « une panoplie de comportements humains ». Il dit avoir tenté de se faire l’avocat de chacun des personnages, permettant ainsi au spectateur de prendre parti. Selon lui, Anouilh possède au plus haut point « le génie de la construction », combinant avec art des pastiches de Marivaux, la « petite musique de Musset », le drame bourgeois, la comédie de mœurs ou de caractère. A l’étroit dans la division traditionnelle des genres (tragédie, comédie, drame), il préfère donc classer ses pièces selon des indications de tonalité (noire, grinçante, rose, brillante) qui ne l’enferment pas dans un genre fixe.

 

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Le salut de la troupe, Mise en scène de Michel Fagadau (2010),

Crédit photos Cat.S/Theota.com

 

La pièce permet sans doute de redécouvrir un dramaturge injustement qualifié de « bourgeois », grâce à une distribution exceptionnelle. Madame Alexandra, la comédienne rivale de Marie Dorval, est interprétée par Anny Duperey qui joue ici avec un abattage remarquable, déployant ainsi tout l’éventail de son talent comique. Colombe, sa belle-fille, à la fois ingénue et rouée, qui découvre les pouvoirs de sa féminité, lui donne la réplique en la personne de sa propre fille, Sara Giraudeau (déjà récompensée par le Molière de la Révélation féminine théâtrale en 2007, pour La Valse des pingouins de Patrich Haudeceoeur). Rufus, le secrétaire de la diva, joue un La Surette humble et trivial, et provoque le rire, comme naturellement. Les autres comédiens sont au diapason, chacun jouant sa partition sans faire de l'ombre aux autres. Jean-Paul Bordes, alias Poète-Chéri, s’en donne à cœur joie avec les outrances poétiques d’Emile Robinet, et Fabienne Chaudat (Madame Georges), en habilleuse, est une fine mouche du coche. De la rivalité entre les deux frères, Julien et Armand (Benjamin Bellecour en dandy épicurien et vain), on retiendra peut-être le rôle difficile du premier. Fils mal-aimé de Madame Alexandra, mari trompé de Colombe, c’est une sorte d’Alceste idéaliste que Grégori Baquet rend crédible avec rage et émotion.

 

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Danièle Delorme (Colombe) et Yves Robert (Julien),

dans la mise en scène d'André Barsacq (1951)

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpresse.com 

 

Car, derrière les ors du théâtre, sous le chatoiement des costumes (inventifs et délirants de Pascale Bordet), dans les coursives de la coulisse (un décor fluide de Mathieu Dupuy qui allie la scène et les loges), c’est une famille qui se délite sous la plume d’Anouilh. Madame Alexandra, la comédienne tyrannique, a tout sacrifié à son art et a eu sept époux. Si elle chouchoute son fils Armand, qui lui ressemble par son goût de la vie et des plaisirs, elle refuse son amour à Julien, « emmerdant » comme son père. Colombe, quant à elle, que l’on croyait naïve et pure, va vite être fascinée par les vanités et les illusions que distille le théâtre. Son éducation sentimentale, sous l’égide de sa belle-mère, est orchestrée par les vieux beaux qui frétillent autour d’elle. Elle succombera sans remords aux charmes délétères de son beau-frère. Quelle jolie scène, par exemple, que celle où Armand le séducteur lui fait répéter son texte et où ni l’un ni l’autre (ni le spectateur) ne sait plus s’il s’agit de la vie ou de la comédie.

 

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La loge de Colombe, dans la mise en scène d'André Barsacq (1951)

Photos Les Amis de Jean Anouilh wordpress.com

 

La pièce analyse sans concession un monde où l’idéalisme et les beaux sentiments ne sont pas de mise. Dans le lieu du faux-semblant par excellence qu’est le théâtre, on ne sait ce qu’il faut préférer, de l’égoïsme pragmatique et forcené de Madame Alexandra ou de la rigide aspiration à l’Amour de Julien. Et pourquoi Colombe, devenue mère trop jeune, n’aurait-elle pas le droit de goûter à l’indépendance et à la liberté, elle qui n’a vécu jusque là qu’à travers les désirs de son mari ? La question paraît d’une brûlante actualité.

Dans cette pièce où l’idéalisme et la pureté ne résistent pas au réalisme et à la compromission, on reconnaît la lucidité cynique d’un Jean Anouilh moraliste qui écrivait : « Le mal et le bien, aux origines, cela a dû être ce qui faisait plaisir ou non. »

 

Sources :

Dictionnaire des Littératures de langue française, « Jean Anouilh », J. -P. de Beaumarchais, Daniel Couty, Alain Rey, Bordas, 1987.

http://www.canalacademie.com/ida5673-Colombe-Anouilh-entre-realisme-et.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Colombe_

 

 

Mardi 18 mai 2010

 

 

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Published by Catheau - dans Théâtre
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commentaires

catiechris 18/05/2010 21:39


je reviendrai quand le calme règnera ici
mais la réponse est là http://catiechris.over-blog.com/article-chouette-la-reponses-50665278.html


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