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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 18:10

 

 trinite_roublev.jpg

L'icône de la Trinité, Andreï Roublev 

(1m x 1,5m, Galerie Tretiakov, Moscou)

 

Hier, dimanche 27 mai, c’était la Fête des Mères et, pour la liturgie chrétienne, le dimanche de la Sainte Trinité. L’occasion pour moi d’évoquer l’icône de la Sainte-Trinité, point d’orgue de l’iconographie russe, l’icône  par excellence.

C’est après un jeûne de quarante jours que le moine Andreï Roublev (1360 ?-1430 ?) la peignit pour l’iconostase du monastère de Zagorsk, fondé à la fin du XIVe siècle par Serge de Radonèje. Réalisée entre 1422 et 1427, elle est actuellement exposée à la galerie Tretiakov à Moscou.

Son thème est celui de l’hospitalité d’Abraham, évoqué dans l’Ancien Testament en Genèse 18,1). Au mitan du jour, Abraham est assis à l’entrée de sa tente. Il découvre alors trois visiteurs qu’il accueille en leur offrant de l’eau pour faire leurs ablutions et du pain pour se nourrir. A travers ces trois personnages (des anges), Abraham reconnaît la présence divine qui annonce à Sara, sa femme qu’elle enfantera un fils dans sa vieillesse. Et de leur descendance naîtra le Christ.

La particularité de ce texte tient au fait que la parole de Dieu se révèle ici à travers une ou trois personnes, le texte employant et le singulier et le pluriel. Saint Augustin pourra ainsi écrire : « Il vit trois personnes, il adora un seul Dieu. » Avec cette icône célébrissime, Andreï Roublev propose une vision sereine et harmonieuse du mystère de la sainte Trinité, mystère central de la foi et de la vie chrétiennes.

A partir de l’hospitalité d’Abraham, c’est bien le colloque divin entre le Père, le Fils et l’Esprit que le peintre met en scène. Les anges sont toujours le symbole de la manifestation de la splendeur de Dieu.  Nimbés d’une auréole, portant un bâton de pèlerin, reconnaissables à leurs ailes déployées, ils sont assis à une table sur laquelle repose une coupe. Le décor est réduit à sa plus simple expression : à gauche, la silhouette d’une maison qui représente la tente d’Abraham et l’Eglise ; derrière l’ange du milieu, un arbre symbolisant le chêne de Mambré, mais aussi l’arbre de vie et celui de la Croix ; à droite, un rocher symbolisant la montagne au bas de laquelle se passe la scène, celui d’où jaillit l’eau, celui du tombeau d’où ressuscite le Christ.

La majeure partie de l’espace est occupé par les trois anges qui représentent la Trinité, c’est-à-dire Dieu en trois personnes, qui sont de même nature et consubstantielles l’une à l’autre. Une commune couleur bleue relie les personnages à la divinité. Au milieu, le Père, sous son grand manteau bleu, porte la pourpre impériale, bordée par la bande jaune du claviculum. Le Fils, situé à droite pour le spectateur, est revêtu d’une tunique bleue, couleur de la sagesse,  sous un manteau vert : il est de ce fait la Sagesse incarnée. Enfin, l’ange de gauche est revêtu de différentes couleurs. C’est l’Esprit, et soufflant où il veut, il n’a pas d’attribution définie sur le plan des couleurs.

Ce qui est remarquable dans cette icône, c’est sa composition. Les trois anges sont inscrits dans un cercle et toute une circulation s’opère de l’un à l’autre. Le Père, au centre de la scène (sous l’arbre de vie, l’arbre de la création), a le corps tourné vers le Fils et sa main droite est dirigée vers lui, tandis que son visage regarde l’Esprit. Le Fils (situé sous le rocher du Tombeau), est assis la tête inclinée, dans une position d’abandon et d’acceptation. Il penche la tête vers la coupe du sacrifice et son regard s’y mire. Quant à l’Esprit, à gauche de l’icône (sous la maison qui symbolise l’Eglise), dans une attitude ferme et droite, il assiste le Fils par son regard.

Les lignes de fuite de l’icône sont marquées par le corps des deux anges latéraux, l’orientation des deux marchepieds et la disposition des pieds des anges de devant. Au lieu de se diriger vers l’arrière de l’œuvre, elles forment un mouvement en forme de V, qui englobe la coupe située sur la table. C’est ainsi cette dernière qui est l’objet de la conversation divine, tout en laissant un espace libre à la table pour le spectateur, afin qu’il participe au festin. Le rectangle, qui forme le soubassement de la table, représente le cosmos, la création, celle-ci étant en lien avec le Salut apporté aux hommes par le Christ, par son sacrifice. Toute une circularité s’opère, de la gauche vers la droite, manifestée par l’orientation de l’arbre au milieu, le pan coupé de la maison, l’inclinaison de la tête des anges, le modelé des épaules. Ce mouvement tournant, tourbillonnant, symbolise le vent puissant du Paraclet.

Les trois anges se ressemblent, ce qui souligne encore la communion entre eux. Sans âge, sans sexe, ils ont quasiment le même visage qui reflète la même douceur, exprimant ainsi le mystère d’un Dieu en trois personnes, sans qu’aucune ait la primauté sur l’une ou l’autre. Les traits du visage leur sont communs : le nez fin, la bouche étroite, le menton petit, les sourcils arqués. Leur chevelure est semblable, recouverte d’une bandelette nouée derrière la tête. Les anges de droite et de gauche sont chaussés de sandales, et on a déjà vu qu’ils portent tous les trois le bâton de pèlerin, signe qu’ils viennent vers les hommes en tant que messagers de Dieu.

L’ensemble, empreint d’équilibre et de gravité,  est cependant d’une remarquable douceur. La finesse du trait, la beauté des couleurs, l’harmonie de la composition confèrent à cette icône quasiment immatérielle une remarquable spiritualité. En méditant devant ce chef d’œuvre, on pense à la phrase de saint Grégoire de Naziance : « Je n’ai pas commencé de penser l’Unité que la Trinité me baigne dans sa splendeur. Je n’ai pas commencé de penser la Trinité que l’Unité me ressaisit. »

 

Sources :

wikipedia.org

www.pagesorthodoxes.net

 

 

 

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Published by Catheau - dans Peinture
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commentaires

valdy 03/06/2013 23:15

Théologie, Histoire du christianisme et de l'Art, tout est là pour me ravir les yeux ... et le coeur,
Rue Daru, à Paris, pas très loin du parc monceau, il y a l'église Alexandre Nevsky... avec l'encens et tous les Russes que compte la capitale, le Noël orthodoxe doit être enchanté ...

Catheau 09/06/2013 19:05



Un article qui m'a été inspiré par l'homélie d'un prêtre qui a expliqué remarquablement cette icône...



flipperine 27/05/2013 23:45

c'est une très belle icône et pas évident de croire qu'une seule personne peut en faire 3

Catheau 31/05/2013 08:59



Beauté de la foi dans le Mystère. A bientôt.



Mansfield 27/05/2013 19:54

Une analyse passionnante, vous lire et observer l'oeuvre est un moment enchanteur, merci Catheau.

Catheau 31/05/2013 08:58



Merci, Mansfield, de me lire avec constance et pénétration. Amitiés.



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