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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 18:01

 

Eugénie de Guérin

Portrait d'Eugénie de Guérin 

 

Dans Le Carnet de Poésie de ma grand-mère, on peut lire un court texte de Lucie Félix-Faure Goyau. Au-dessous, la date du 30 novembre 1923 est indiquée, suivie du prénom Madeleine,  celui de l’une de ses sœurs, qui ne se maria jamais. Sans doute est-ce elle qui a recopié ces quelques lignes pour sa sœur aînée :

 

« Orienter sa vie, tout est là. Le joli mot qu’orienter ! Il exprime la direction vers la lumière. En ses syllabes il flotte de l’Amour. Orientons nos vies, orientons nos âmes. Que la lumière pénètre en nous ! »

 

 

P1000364

 

Lucie Faure-Goyau (1866-1913) est la fille de Félix Faure et de Berthe Belluot. Elle épousa l’écrivain Georges Goyau, un historien et essayiste, spécialiste de l’histoire religieuse, dont elle n’eut pas d’enfant. Femme de lettres elle-même, elle publiera un certain nombre d’ouvrages et notamment une biographie d’Eugénie de Guérin (1805-1848), un personnage singulier qui mérite qu’on s’attarde sur elle.

Telle Jacqueline Pascal ou Lucile de Chateaubriand, Eugénie de Guérin s’associa au destin de son frère, Maurice de Guérin (1810-1838), le poète romantique, « ce cœur inquiet et troublé » (Jacques Banville), auteur du poème en prose Le Centaure et de La Bacchante. Ils vécurent ensemble à Andillac dans le Tarn, au château du Cayla.

 

Maurice de Guérin

  Portrait de Maurice de Guérin

 

Son Journal, destiné à son frère, parut quatorze ans après sa mort en 1862, et les huit premières éditions en furent épuisées en seize mois. François Mauriac semble avoir compris cet attachement si particulier de la sœur pour le frère : « Une sœur qui ne se marie pas, c’est souvent une femme qui, ayant renoncé à sa propre histoire, à son drame particulier, s’efforce de se maintenir au centre de la vie du frère qu’elle chérit, cet inconnu dans lequel, avec une passion tenace, elle tente de ressusciter l’enfant qu’elle a bercé sur ses genoux. »

 

Château du Cayla 2

  Le château du Cayla à Andillac (Tarn)

 

En novembre 1838, elle assiste à Paris au mariage de son frère Maurice avec Caroline de Gervain. Elle ne revient au Cayla  que le 8 juillet 1839 pour la mort de son frère « ce jeune malade à pas lents », disait Charles Maurras, onze jours plus tard. Ce sera l’événement majeur de sa vie. Même après sa mort, il demeure le destinataire de son journal intime :

 

Cahier XI

 

ENCORE A LUI .

A MAURICE MORT. A MAURICE AU CIEL.
IL ETAIT LA GLOIRE ET LA JOIE DE MON CŒUR.
OH ! QUE C’EST UN DOUX NOM ET PLEIN DE DILECTION

QUE LE NOM DE FRERE !

 

Vendredi 19 juillet, à 11 heures ½, date éternelle !

 

21 juillet [1839].- Non, mon ami, la mort ne nous séparera pas, ne t’ôtera pas de ma pensée : la mort ne sépare que le corps ; l’âme, au lieu d’être là, est au ciel et ce changement de demeure n’ôte rien à ses affections. Bien loin de là, j’espère ; on aime mieux au ciel où tout se divinise. O mon ami ! Maurice, Maurice, es-tu loin de moi, m’entends-tu ?

 

Et le 30 septembre 1839, elle écrit dans son Journal :

 

Je voudrais que le ciel fût tout tendu de noir,

Et qu’un bois de cyprès vînt à couvrir la terre ;

Que le jour ne fût plus qu’un soir.

 

Après la mort de son frère, désemparée, elle cherchera en Barbey d’Aurevilly un frère de substitution. Il avait dit d’elle : « Cette Marthe de l’Evangile était poète, et l’on peut répondre qu’elle l’était toujours. » Mais ce « frère de Paris » se fait très vite silencieux et le Journal d’Eugénie de Guérin s’achève brutalement le 3 octobre 1841.

Rainer Maria Rilke a manifesté son admiration pour cet être « capable d’écrire ainsi pour lui dans le silence. » Et il ajoute que  « probablement n’existe-t-il plus de telles femmes, de cœurs capables d’une restriction aussi grandiose, qui en chaque lieu s’éprouvent dans le tout… » (Correspondance avec Marie de la Tour et Taxis).

Celle qui avait fait de son frère puîné son Orient ne se remettra jamais de ce deuil. Cette « pieuse sœur, maternelle et charmante » mourra neuf ans plus tard, inconsolée, à quarante-trois ans…

 

 

Journal d'Eugénie de Guérin

 

Sources :

« La poétique du journal d’Eugénie de Guérin", Françoise Simonet-Tenant, Université Paris-XIII

http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_Faure

http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C%A9nie_de_Gu%C3%A9rin

http://www.biblisem.nat/etudes/mougueri.htm

 

Pour le Jeudi en Poésie des Croqueurs de Mots

 

Jeudi 01 juillet 2010

 

 

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commentaires

Nounedeb 15/07/2010 18:16


Venir lire sur ton blog, Catheau, est toujours un plaisir enrichissant, découverte de beaux personnages peu connus. C'est comme jeter un regard indiscret à travers une porte que tu nous entr'ouvres
pour conjurer l'oubli. Merci à toi.


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