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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 10:20

  Pays de neige Tunnel

  « Au sortir du long tunnel de la frontière, on se trouvait au pays de neige. Le fond de la nuit avait blanchi. Le train s’arrêta au poste d’aiguillage. » Tel est l’incipit de Pays de Neige, un des plus célèbres de la littérature japonaise.

 

 

La lecture de Yukiguni (Pays de Neige), 1935-1948, de Yasunari Kawabata (Prix Nobel de Littérature 1968), fut pour moi un éblouissement. Le roman raconte l’histoire de Shimamura, un esthète originaire de Tokyô, qui se rend par trois fois dans les régions reculées du Pays de neige, à Kazuira, dans l’ancienne province d’Echigo. Il y noue une relation avec une geisha, Komako, qui l’aime éperdument. Cependant, il est obsédé par le souvenir du regard d’une autre jeune femme, Yokô, observé dans la vitre d’un train. Il oscille entre ces deux amours. A l’occasion d’un incendie qui enflamme un entrepôt de vers à soie, les deux femmes se confondent dans son souvenir, tandis qu’il sent la Voie Lactée l’envahir tout entier : "Et, à l'instant qu'il se penchait en arrière, la Voie lactée, dans une sorte de rugissement formidable, se coula en lui."

En quelques éclats de haïkus, voici l'évocation des deux héroïnes de ce roman, véritable estampe japonaise, aux couleurs de blanc et de rouge.

 

Reflet dans la vitre

Eclat d’un regard unique

Un monde flottant

 

Kimono défait                                                                                    

Rouge soierie sur le drap

Du sang dans la neige

 

Son du shamisen

Echo neigeux musicien

Amante perdue

 

Soleil sur la peau

Des vers à soie tisserands

Beauté translucide

 

Cosses envolées

La femme  à genoux qui bat

Des haricots rouges

 

  Pays de neige Lac enneigé

 

Au cœur du miroir

Les gels sans fond de la glace

Le carmin des lèvres

 

Geishas au jardin

Sur le blanc des joues poudrées

Des pruniers en fleur

 

Baiser dans le cou

De la femme sous la lune

Etoile nacrée

 

Luisant des cheveux

Soie courte et drue des sourcils

Corbeaux sur la neige

 

La chute des feuilles                                                                   

Erables défunts et rouges

Femme délaissée

 

  Pays de neige Erables

 

Vers à soie séchés

Aux carpes de l’étang vert                                            

Geisha sacrifiée

 

Lune bleu d’acier

Posée sur la peau pâlie

Comme une arme blanche

 

Femmes dans les flammes

Mort et métamorphose

Sous la Voie lactée

 

 

Pour Le Défi de la Semaine n°50,

Proposé par Lily,

Thème : Femmes en haïkus

 

Photos : cartes postales japonaises du Pays de neige

Kawabata, Romans et Nouvelles, La Pochothèque, Albin Michel, 1999.

 

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commentaires

Brunô 07/03/2011 16:02


Un véritable enchantement, à la lecture des haïku, je me suis senti me fondre dans ce pays et dans ces personnages.
Superbe, un régal.


Catheau 07/03/2011 23:01



Les photos sont bien celles de ce Pays de neige, paysage en blanc et rouge. Elle me viennent d'un de mes cousins, dont la belle-fille est japonaise et originaire de cette région. Merci, Brunô, de
vous y être promené.



m'annette 07/03/2011 15:02


c'est un retour aux sources, en quelque siorte, puisque le haïku vient de là;
très belles images de ce déchirement!


Catheau 07/03/2011 22:58



Un déchirement qui fut consubstantiel à Kawabata, placé dès l'enfance sous le signe de la mort. Amicalement.



Suzâme 07/03/2011 14:51


Bonjour,
L'émotion monte dans mes yeux à chacun de tes haïkus. Un sensibilité à fleur de vers, quand le descriptif est une esquisse de l'essentiel avec deux composantes qui reviennent douceur et violence,
vie et mortels paysages. J'ai retenu ce haïku-caresse : "Baiser dans le cou

De la femme sous la lune

Etoile nacrée" . J'espère que tu édites.Tes haïkus sont fous de beauté.Merci. Suzâme


Catheau 07/03/2011 22:48



Pour moi, ces haïkus sont un hommage à Kawabata. Je suis heureuse qu'ils soient créateurs d'émotion. Merci, Suzâme.



Anne Le Sonneur 07/03/2011 11:51


Un pur moment d'émerveillement. Merci pour ces "éclats"-là !


Catheau 07/03/2011 15:01



Lire Kawabata et découvrir la merveille de sa "tristesse chuchotante". Merci, Anne, de votre gentil commentaire. 



Alice 07/03/2011 11:09


Une très belle histoire japonaise se déroule à travers ces haïkus où la délicatesse du monde de Kawabata se dessine. Amitiés


Catheau 07/03/2011 14:58



De bons souvenirs, Alice, que cette année où nous avions  lu et discuté ensemble des Prix Nobel de Littérature.



Nounedeb 07/03/2011 11:04


L'âme du Japon...


Catheau 07/03/2011 14:55



Comment exprimer celle que Kawabata évoque, dans son discours de réception au Nobel, exprimée par un titre difficile à traduire : "Utsukushii Nihon no watakushi", Moi, d'un beau Japon"
ou "Le beau Japon en moi". Merci, de votre commentaire.



Elo 07/03/2011 10:28


J'aime celui de la femme délaissée. Bonne journée


Catheau 07/03/2011 14:49



Komako se croit délaissée pour Yokô. Une relation amoureuse complexe, traitée avec toute la subtilité de l'âme japonaise. Amicalement.



Marc Lefrançois 07/03/2011 08:52


Kawabata, un de mes auteurs préférés (côté Japon, j'aime aussi beaucoup Shusaku Endo, Tanizaki et Nosaka Akiyuki... En tout cas, très beaux haiku...


Catheau 07/03/2011 15:03



Merci, Marc, de votre commentaire, qui permet à une Angevine d'adoption de découvrir votre blog et vos oeuvres.



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