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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 22:13

 

 Antjie Krog et Lory

Antjie Krog et Georges-Marie Lory disant des poèmes extraits de Une syllabe de sang

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

Pour sa première action, Lettres sur Loire et d’Ailleurs a invité à l’automne 2013 l’écrivain sud-africain Antjie Krog pour un itinéraire de rencontre en Pays de la Loire. C’est ainsi qu’elle a été accueillie par La Maison des Littératures, mercredi 16 octobre à 20h, à la salle Beaurepaire à Saumur.

Georges-Marie Lory, le traducteur des œuvres de l’écrivain, a d’abord présenté Antjie Krog, selon lui la voix la plus forte de sa génération. Il a insisté sur sa participation capitale à la commission Vérité et Réconciliation, sur l’importance de ses ouvrages sur la société sud-africaine. Il a fait remarquer qu’elle a traduit en afrikaans nombre de poèmes majeurs et notamment des textes de la littérature hottentote. Il a souligné que l’écrivain est entré très jeune en rébellion contre l’apartheid en publiant à seize ans un poème contre la ségrégation entre Noirs et Blancs. Depuis, la poésie est demeurée son arme de combat.

Puis Georges-Marie Lory a évoqué la langue afrikaans (qui signifie « africain »). Il s’agit d’une sorte de créole issu du néerlandais que parlaient les premiers colons néerlandais, les « boers » (« paysans/ agriculteurs »). Ensuite les esclaves, les malgaches, s’approprièrent ce langage simple dans sa grammaire, d’une grande richesse de vocabulaire, et devenu une langue à part entière.

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Antjie Krog et Georges-Marie Lory

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

Devant un auditoire d’une cinquantaine de personnes, debout à jardin, Antjie Krog a dit en afrikaans certains de ses poèmes extraits de son recueil Une syllabe de sang (Le temps qu’il fait, septembre 2013). Les textes étaient traduits vers par vers ou a posteriori par son traducteur Georges-Marie Lory. Ce recueil rassemble la plupart des poèmes publiés en Afrique du Sud sous le titre Verweerskrift (Ecrits de résistance, Umuzi 2006). On y trouve des poèmes anciens (1970, 1980) et des poèmes inédits composés en 2010.)

Antjie Krog a commencé avec le poème « Cela gronde doucement », qui dit comment l’attente de la pluie dans le veld pèse sur la nature et sur les êtres. « Depuis » évoque le passage du temps sur la faune et la flore qui mène vers le néant. « Chant marital » souligne avec lucidité le « survivre ensemble » de deux époux de trente années. « Le taureau de bronze à Lavigny  », « ce taureau en dé-rut » apparaît comme la métaphore du corps vieillissant en déroute. « Dépression » est la déchirante exhortation d’une mère à son fils en proie à la dépression : « c’est terrible. c’est terrible de voir. / de te voir ainsi. » Dans la tranquillité du matin, « Thé matinal », qui clôt le recueil, propose une tonalité plus sereine et plus apaisée. « Serré dénoué » décrit avec lucidité les ravages de la vieillesse sur le corps féminin ménopausé. Antjie Krog a conclu la première partie de cette rencontre avec le deuxième poème du recueil, « C’est vrai ». Un texte noir, sans concession, qui dit l’indifférence de la nature devant celle qui reconnaît qu'elle est « au bord de l’abîme ».

Ce choix de poèmes nous a ainsi présenté la variété de la voix d’un écrivain physiquement et sensuellement attaché à ses racines. Il nous a révélé l’amour d’une femme pour ses proches, la même qui en même temps n’hésite pas à dire les vicissitudes de la vieillesse sur son corps. Georges-Marie Lory, avec qui j’ai parlé un peu après, m’a dit que Antjie Krog est le seul poète qu’il connaisse à parler du corps féminin de cette manière.

Je voudrais ajouter qu’entendre ces poèmes dits en afrikaans a été une expérience très forte émotionnellement. La gutturalité de cette langue, ses [g], ses [r], le rythme des vers, la manière profonde et envoûtante dont l’auteur a dit ses textes, m’ont beaucoup impressionnée. Loin de m’éloigner de cette poésie, cette langue étrangère me l’a inexplicablement rendue proche. Certes, la traduction de Lory nous en a donné le sens, mais, à la limite, j’oserais dire que cela n’était pas nécessaire, tant il est vrai que la poésie est peut-être avant sonorité et musique. Et puis, j’avais eu la chance avec quelques-uns d’avoir lu, la semaine précédente, certains de ses poèmes à voix haute en français, et de m'être ainsi déjà familiarisée avec eux.

Pour conclure ce temps, l’écrivain  a dit en souriant, avec humilité, qu’il est bien difficile de lire de la poésie étrangère. Georges-Marie Lory dira plus tard, au cours de l’entretien, qu’il est impossible de traduire un poème ; parfois on privilégie les sonorités, parfois le rythme ; on est obligé de composer tout le temps.

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Lydiane Stater-West, Cathie Barreau, Georges-Marie Lory, Antjie Krog et son interprète Jérôme Woodford

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

Après ce beau moment, Antjie Krog et Georges-Marie Lory ont rejoint à cour Cathie Barreau (directrice de la Maison Julien Gracq), Lydiane Stater-West (coordinatrice de La Maison des Littératures) et un interprète, Jérôme Woodford ; l’entretien a porté sur la participation de Antjie Krog à la commission Vérité et Réconciliation. En journaliste et en poète, elle relate cette expérience dans un ouvrage publié en 2004 chez Actes-Sud, La Douleur des mots.

Elle a d’abord dit le statut particulier de cette commission au cours de laquelle 22000 victimes sont venues témoigner. Sur les 8000 tortionnaires, 1123 ont été amnistiés tandis que les autres n’étaient pas poursuivis pénalement. Ceci ne leur a pas, bien sûr, évité de graves problème psychologiques par la suite. Quant aux victimes, elles ont eu droit à des compensations très faibles, au grand dam de Mgr Desmond Tutu, archevêque du Cap et président de la commission.

Antjie Krog a participé à celle-ci en tant que journaliste pour la Radio Nationale d’Afrique du Sud. Les premiers temps ont été extrêmement difficiles à vivre, marqués par des « images de dévastation […], un vaste paysage aride, inconsolé ». Affrontée au choc des témoignages, contrainte de se remettre à fumer, marquée par l’épuisement physique, en proie aux mêmes symptômes que les victimes, elle a même envisagé de renoncer à sa participation. « Les artères de notre passé saignent à leur  rythme » dit-elle.

Lydiane Stater-West, après avoir évoqué le titre original de l’ouvrage, Country of my skull, traduit par La Douleur des mots (le titre anglais vient d’un poème de l’écrivain et c’est l’éditeur qui a trouvé le titre français), lui a demandé si elle concevait l’écriture comme une lutte. Elle a répondu que, pour la mauvaise mère qu’elle est, écrire est la seule chose qu’elle sache et puisse faire. L'écriture fait partie de l’effort pour décrire les mensonges.

Cathie Barreau a ensuite évoqué la toute jeune fille qui avait pris position contre l’apartheid. Que s’était-il passé ? Antjie Krog a insisté sur le fait qu'alors tout le monde était conscient de l’horreur de la situation mais qu’il était plus facile de ne pas le reconnaître. Pour elle, elle n’a dit à l'époque que ce qui était évident ! Ses professeurs étaient inquiets et elle-même  se sentait très seule. Elle se demandait si elle était vraiment poète et, tous les poètes afrikaners ayant commencé en France, souhaitait venir à Paris. C’est sa mère qui lui a dit qu’il valait mieux écrire sur la vie ordinaire, sur ce qui est autour de soi, et c’est ainsi qu’elle est restée en Afrique du Sud.

Dans la salle, on lui a alors demandé comment, dans la période transitoire actuelle, elle voyait la structure sociale entre les Blancs et les Noirs. Existe-t-il une harmonie à trouver dans le temps ? Elle a répondu que le pays ne peut pas continuer comme aujourd’hui. Il faudra qu’il change bien que les Blancs refusent de perdre l’initiative. Même au Zimbabwe, où il y a eu beaucoup de choses terribles, cela change. Pourtant, la hiérarchie de l’argent demeure, la pauvreté est très importante, l’immigration est massive (2 millions de Zimbabwéens).

Antjié Krog le reconnaît : « Nous sommes un pays riche avec des pauvres ». Le pays possède une bonne constitution mais les jeunes s’impatientent. Selon elle, la sécurité n’est pas un problème majeur. Si elle se félicite que le pays ait évité une grave guerre civile, elle reconnaît qu’il est victime d’un passé où la moralité a été brisée. Les Noirs ont été humiliés, ils se sentent inférieurs aux Blancs mais les uns comme les autres ont été blessés par ce passé où les colons ont gardé la paix certes, mais au prix de moyens violents.

D’une certaine manière, la commission a creusé un autre ravin entre Blancs et Noirs. Les Blancs, s’ils ont été surpris d’obtenir le pardon des Noirs, se sont satisfaits de cet état de choses. Antjie Krog rapporte en exemple une phrase de sa mère (dont elle avoue qu’elle est raciste) : « Les Noirs sont trop paresseux pour détester. S’ils m’avaient fait ce qu’on leur a fait, je les détesterais, comme les Russes savent détester ! »

Antjie Krog conçoit ce pardon d’une tout autre manière qu’elle exprime ainsi  : « Vous avez tué mon enfant parce que vous avez perdu votre humanité. Cette perte même a touché ma propre  humanité. Au lieu de vous tuer, je vous pardonne pour que vous puissiez commencer à changer. C’est à travers votre retour à l’humanité que je peux retrouver la mienne. » Cependant, après 20 ans de démocratie, les Noirs voient que les Blancs ne retrouvent pas leur humanité et l’impatience et la colère se font jour. Les Blancs, ce sont ceux qui sont incapables de partager.

Georges Lory intervient alors pour préciser que cette violence est l’héritage d’un lourd passé colonial, bien difficile à digérer. Il rappelle qu’au cours de la guerre entre les Boers et les Anglais (1880-1881, 1899-1902), le bilan humain fut terrible. Elle occasionna 26000 morts, dont 24000 serviteurs noirs et fut à l’origine des premiers camps de concentration. La violence se perpétue : ceux qui ont été abusés abusent désormais. Le même dessin se répète : les Noirs deviennent racistes.

Le poète Philippe Longchamp a alors demandé à l’écrivain comment, dans une vie percutée par les malheurs de la population africaine, ces événements tragiques avaient modifié son écriture poétique. La forme poétique vient-elle de cette expérience ?

L’auteur avoue qu’elle n’a pas de réponse claire à cette question capitale. Elle explique que son travail est très oral, les gens auxquels elle s’adresse ne sachant pas lire. Eux, ils racontent, ils jouent. Mais comment écrit-on la politique ? Nelson Mandela et Desmond Tutu, pour leur part, sont ceux qui apportent le vocabulaire de la bonté. Ils cherchent à « maintenir en vie l’idée d’un humanisme commun ». Quant à elle, elle écrit des poèmes sur la colère et la culpabilité.

Nelson Mandela et Desmond Tutu sont comme le Roi et son Prophète dans l’Ancien Testament. Et il faut un bon roi et un bon prophète pour que ça aille bien ! Leur philosophie est fondée sur une humanité mutuelle. A Nantes, devant le Mémorial de l’Abolition de l’Esclavage, Antjie Krog a pensé que si les esclaves ne sont pas libres, leurs propriétaires ne le sont pas non plus. On n’est jamais seul, on est toujours lié.

Elle rappelle qu’au moment où les politiques ne savaient pas s’il y aurait une négociation, les militaires ont dit à Mandela : « On peut guerroyer pendant vingt ans. » Il leur a répondu : « Et dans vingt ans ? Pourquoi ne venez-vous pas avec moi dans un nouveau pays en paix ? » Les militaires en fait ne se sentent pas liés à Mandela qui, lui, se sent lié aux Blancs. Et à Obama se félicitant d’avoir tué Ben Laden, on pourrait rétorquer : « Qu’avez-vous appris de Mandela ? » Selon elle, c’est une honte que le pays soit gangrené par la corruption et que personne n’ait suivi les traces de Mandela. Quant à Robert Mugabe, président dictatorial du Zimbabwe, elle considère qu’il n’a pas eu la chance de rencontrer son prophète, ce dernier étant celui qui apporte les vérités les plus simples.

Cathie Barreau remarque que si l’art déstabilise et pose question, il peut aussi unifier et mettre de l’ordre. Elle souligne que lorsqu’elle entend Antjie Krog dire ses poèmes, cela crée du lien. A cela l’écrivain répond qu’elle n’en est pas vraiment persuadée. Dans le tiers-monde, la poésie est élitiste et puis sa langue n’est-elle pas celle de l’oppresseur ? La division du pays est telle qu’elle ne voit pas comment l’art pourrait y être efficace. Il faudrait écrire en zoulou et dans les 11 langues du pays.

Dans la salle, un auditeur précise que la poésie existe pour être écoutée. Il y a une manière de dire avec les mots et entre les mots. Que se produit-il actuellement dans la poésie en Afrique du Sud ? Quelles en sont les grandes tendances ? Antjie Krog lui répond que le plus grand défaut actuel du pays concerne l’éducation. C’est en effet seulement à présent qu’est éduquée la première génération ne parlant pas l’anglais. Pourtant les Noirs, avec seulement une cinquantaine de mots pour exprimer leur vie, ont beaucoup de choses à dire. L’écrivain lit ainsi de la non-fiction et elle y découvre des choses sur son pays qu’elle ne pouvait imaginer. A ce titre, il existe une littérature sud-africaine intéressante, composée de poètes qui n’ont jamais entendu que des hymnes, qui ne sont pas de langue afrikaans ou anglaise, et qui parlent dans leur tradition orale. Antjie Krog considère qu’ils parlent de leur pays d’une manière qu’elle-même ne pourra jamais pratiquer.

Un autre auditeur, ayant été séduit par sa manière de dire ses textes en lien avec son corps, demande alors à l’écrivain si c’est chez elle quelque chose de spontané ou si cela résulte d’un travail. Elle avoue que, lorsqu’elle était jeune, elle refusait de lire à haute voix. A la faveur de la campagne de libération de Mandela, elle a été appelée à parler en public et elle en était terrifiée. Elle a beaucoup réfléchi à la manière d’y parvenir, à la façon de s’habiller. Elle a compris que le respect de l’auditoire est capital et qu’elle se doit de lui proposer une lecture qui soit bien supérieure à ce que chacun peut faire chez soi. C’est ainsi que son écriture a changé, modifiée par cette idée d’un  respect de l’oralité et des sons. La page est venue plus tard, ajoute-t-elle.

Elle raconte qu’au cours d’un festival de littérature au Sénégal, elle a compris que c’est l’émotion qu’on y met qui fait un bon poète. Elle a retenu la leçon de deux poète qui s’y produisaient : « Je suis la mémoire de mon peuple. Quatre-vingt-dix pour cent de ce que je joue, c’est la mémoire de mon peuple », lui a dit le premier. Et l’autre, un Berbère, a renchéri en ajoutant qu’il lui fallait se souvenir des « trous à eau », pour ne pas mourir de soif. S’il existe nombre de façons de devenir un poète, peut-être que la quête des oasis est la plus importante.

Pour finir, Antjie Krog a remercié son traducteur et son interprète. S’il y a onze langues en Afrique du Sud, on ne les traduit jamais. Elle a remercié tous les participants pour ce partage : « Je viens d’un pays où l’on ne partage pas », a-t-elle conclu avec regret et clairvoyance.

Dans cette rencontre, j’ai apprécié la lucidité et l’engagement d’Antjie Krog, celui de toute une vie ; j’ai été saisie par la manière admirative dont elle évoque Mandela et Desmond Tutu, celui qui parle « au nom de tous – et en même temps [exprime]  le chagrin le plus secret de chacun ». Mais c’est surtout l’entendre dire son long combat à travers les poèmes en afrikaans - la langue des victimes et des bourreaux - qui m’a le plus émue.

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 Georges-Marie Lory et Antjie Krog

(Photo ex-libris.over-blog.com, mercredi 16 octobre 2013)

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Rencontres
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commentaires

flipperine 26/10/2013 00:38

tous ces gens ont beaucoup de culture et ils savent la partager

Catheau 27/10/2013 18:29



Un partage enrichissant en effet. Amitiés.



Alice 24/10/2013 11:22

Avec ton article, on approche cet écrivain qui vient partager les sujets qui la hantent, ainsi peut-elle transmettre toutes les difficultés de vivre en Afrique du Sud, témoignage rare.
Merci pour tous les points abordés avec ta grande acuité.

Catheau 27/10/2013 17:48



Malgré la barrière de la langue, c'était passionnant. Amitiés.



Suzâme 23/10/2013 07:43

Bonjour Catheau,
Je pensais revenir vers vous et ce matin me voici entraînée dans votre magnifique article si développé qu'il initie à des êtres comme moi, incultes sur la poésie et les poètes d'Afrique du Sud mais
tout autant de Chine! j'ai été saisie par la seconde partie qui relate pensées et témoignages des auteurs et des invités sur l'actualité des relations entre "Noirs" et "Blancs" quand l'Histoire les
traverse et perdure la mémoire d'une violence qui aura toujours un nom: APPARTHEID.
Une manifestation qui marquera longtemps son public dont j'aurais aimé faire partie. La Maison des Littératures m'attire tellement qu'un jour, j'irai à votre rencontre, chez vous... En attendant et
pour longtemps, L A P O E S I E... Suzâme

Catheau 27/10/2013 17:44



Une rencontre intéressante et émouvante. Antjie Krog est par ailleurs assez pessimiste sur le rôle de la poésie dans son pays. A bientôt.



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