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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 21:29

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Le château de Saumur vu du quai du Marronnier

(Photo ex-libris.over-blog.com, jeudi 7 août 2014)

 

 

Jeudi 7 août 2014, c’était les Grandes Tablées à Saumur mais j’avais préféré des nourritures plus spirituelles en me rendant à l’invitation d'amis, un sculpteur et une pianiste, qui nous recevaient pour un concert privé, quai du Marronnier. Dans leur haute maison de brique et de tuffeau, face à la Loire et au château, nous avons eu la chance d’écouter trois artistes de très grand talent : le guitariste français Jean-François Reille, et deux Autrichiens, la pianiste Johanna Horny-Neumann et le corniste Roland Horvath, qui composent le Duo Wiener. Ces trois musiciens aiment ainsi à se retrouver chez des particuliers, pour jouer en privé dans une atmosphère conviviale qui leur permet de rencontrer leur public de manière plus intime et plus personnalisée.

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Jean-François Reille (Photo Saumur Kiosque)

C’est Jean-François Reille le Marseillais, désormais Saumurois d’adoption, qui a entamé ce récital. Cet « enfant de la musique » ainsi qu’il se définit (son grand-père était chef d’orchestre, son père violoniste et sa mère pianiste), dont Andrès Segovia détermina la vocation, nous a d’abord expliqué que l’ancêtre de la guitare, c’est l’arc, devenu cithare puis guitare. En guise d’entrée en matière, il nous a proposé avec un brin de malice un morceau de musique contemporaine. Son goût personnel le porte vers cette musique mais il n’en joue guère en public car cette « salade mal assaisonnée » est souvent peu - ou mal - appréciée. Toujours est-il que le morceau choisi m’a semblé très accessible et que mes oreilles n’en ont point été heurtées.

Ensuite, entrecoupant son récital d’anecdotes choisies et de remarques techniques, le guitariste nous a donné à entendre  une « musique romantique », ainsi qu’il qualifie celle qu’il compose et aime à interpréter. Appréciant particulièrement  les morceaux qui ont « un sens mélodique », Jean-François Reille nous a offert un aperçu de la richesse des œuvres des compositeurs d’Amérique du Sud. Antonio Lauro (1917-1986) le Vénézuélien était ainsi présent avec Trois valses. Celui qui fut emprisonné sous la junte du général Jiménez ne disait-il pas que, dans une vie de Vénézuélien, il y a toujours un passage obligé par la prison ?

Le guitariste nous a aussi proposé l’Eloge de la danse du cubain Leo Brouwer. Né en 1939 à La Havane, c’est un compositeur majeur pour la guitare classique, mais aussi pour le cinéma et de nombreuses formations musicales. Puis Jean-François Reille a joué Mes Ennuis du compositeur espagnol Fernando Sor (1778-1839). Cette œuvre fut inspirée au musicien à l’occasion de ses prises de position pro-napoléoniennes lors de la guerre d’Espagne. Il quitta en effet son pays et s’exila à Paris.

Au cours de cette balade harmonieuse au pays de la guitare classique, Jean-François Reille a ainsi interprété de nombreux airs dont je n’ai, hélas, pas retenu tous les titres. J’ai aimé la concentration extrême avec laquelle il joue et la sensibilité qui émane de son doigté. J’ai apprécié la simplicité avec laquelle il nous a donné quelques clés pour approcher la guitare, cet instrument dont il dit qu’il requiert exigence et ténacité.

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Johanna Horny-Neumann au piano et Roland Horvath au cor

Le soleil éclairant de ses derniers rayons le salon où nous nous tenions, Jean-François Reille s’est effacé pour laisser la place au Duo Wiener. Après un court entracte qui a permis au corniste Roland Horvath de préparer ses lèvres, une de leurs amies, altiste à l’Orchestre National de France, les a présentés. Elle a remercié nos hôtes pour leur accueil et pour les « bonnes ondes » émanant de leur maison en bord de Loire.  Johanna Horny-Neumann, la pianiste, est une soliste internationale qui joue dans de très nombreux pays et a reçu des prix prestigieux. Professeur de piano, elle enseigne à des enfants surdoués. Roland Horvath, le corniste, joint l’enseignement des mathématiques à celui de la musique et a été membre de l’Orchestre Philarmonique de Vienne. Ils ont créé le Wiener Duo en 2008. Pratiquant notre langue avec aisance, Roland Horvath a présenté leur programme d’une manière très détaillée et très vivante, non dénuée d’humour.

Cette seconde partie a débuté de façon magistrale avec la Sérénade  « Ständchen » de Schubert, extraite du Schwanengesang. La pianiste nous a donné des frissons avec cette partition au merveilleux lyrisme élégiaque. Puis, nous avons pu apprécier son jeu puissant et sûr lorsqu’elle a interprété un air de Liszt, ce musicien à la belle stature, dont les grandes mains et les très longs doigts ont influencé les choix techniques. Amoureuse de l’Egypte où elle aime aller jouer, Johanna Horny-Neumann nous a aussi offert une composition toute empreinte de mélancolie, Der Alleinreisende, œuvre d’un compositeur de ce pays, Abed El Whab. Ce moment a été véritablement une invitation au voyage et l’écouter jouer en solo a été un instant privilégié.

Ensemble, et parmi d'autres oeuvres, elle et Roland Horvath nous ont proposé un extrait de  Aïda de Verdi. On sait que l’opéra fut commandé  à ce dernier par Ismaïl Pacha, pour l’inauguration du canal de Suez. La France, étant alors en guerre, la première n’eut lieu que le 24 décembre 1871. Les deux musiciens avaient choisi l’air « Devant les portes de Thèbes », qui se situe, me semble-t-il, à l’acte II. Le corniste nous a montré l’étendue de son talent à jouer de cet instrument réputé difficile et qui requiert des lèvres et des poumons puissants. Avec élégance il a souligné combien la force du jeu de sa partenaire remplaçait ici tout l’orchestre.

Ces deux artistes autrichiens ne pouvaient certes pas manquer de faire la part belle à Johann Strauss. Ils nous ont ainsi donné à entendre deux valses parmi les plus célèbres : « Wein, Weib und Gesang », op. 333 et, bien sûr, « An der schönen  blauen Donau », op. 314. Roland Horvath, toujours disert, nous a expliqué les circonstances de la composition de cette valse par Johann Strauss fils. Elle fut au départ mal perçue, les paroles en ayant été jugées ridicules. C’est en 1867, à l’occasion de l’Exposition Universelle, qu’invité à l’ambassade d’Autriche, il lui sera demandé d’ajouter une valse à son programme. Il choisit alors « An der schönen blauen Donau » qu’il réarrange pour orchestre seul et qui obtiendra un succès qui ne s’est jamais démenti. La valse la plus célèbre du monde n’est-elle pas considérée comme l’hymne national autrichien ?

La pianiste et le corniste ont achevé de manière impériale ce concert privé avec la marche « La Favorite », créée à l’intention de Marie-Thérèse d’Autriche. La Favorite était le nom d’une des résidences des Habsbourg qui fut transformée en académie impériale sous le règne de Marie-Thérèse ; le Theresianum devint ainsi l’école de l’élite.

Pour clôturer ce beau concert, Roland Horvath a remercié le public et la qualité de son écoute. Il a dit combien, en ce beau soir d'été, le terme de Hausmusik ou Kammerspiel prenait ici tout son sens : n'est-ce point une musique d’agrément avec des auditeurs disponibles, dans une atmosphère intime et amicale, pour un concert domestique et quasi-familial ?

 

                                  La Sérénade "Ständchen" de Schubert
 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Spectacles
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commentaires

Martine 09/08/2014 07:11

Que cela devait être agréable. Merci pour ce superbe partage
;)

Catheau 09/08/2014 11:14



Ce type de concert est très agréable et permet un vrai partage. Bonne exposition estivale, Martine.



Carole 09/08/2014 01:02

Merci pour ce concert privé un instant partagé.

Catheau 09/08/2014 11:13



Un très beau moment estival que je n'oublierai pas. Amitiés, chère Carole.



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