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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 13:45

  Les tambours de Tokyo Eizi Kitada

  Les Tambours de Tokyo (Photo Eizi Kitada)

 

 

 

Jeudi 17 novembre 2011, la nuit saumuroise a retenti des roulements des Tambours de Tokyo, en représentation à la salle Beaurepaire. Le cœur des spectateurs à vibré au propre et au figuré au son de ces tambours venus du Pays du Soleil levant.

Devant une salle comble, les six artistes du groupe O Edo Sukeroku Taïko ont démontré les  possibilités infinies de ces Taïko(s), tambours issus d’un Japon du fond des âges, et qui battent la marche du monde. On en trouverait en effet déjà des traces au VI° siècle dans les sépultures sous tumulus, les kofun(s), renfermant des figurines en terre cuite représentées un tambour à la main.

Les silhouettes fines et chorégraphiques des musiciens ont animé un décor, dont le fond est constitué de deux représentations en rouge, blanc et noir d’un personnage très populaire du théâtre kabuki, Sukeroku, samouraï au courage et au charme renommés. Le nom de ce dernier est d’ailleurs une des composantes du nom de cet ensemble, Edo étant quant à lui l’ancien nom de Tokyo.

En batteur confirmé de ces fêtes japonaises où le tambour a une place essentielle, Seïdo Kobayashi, créateur du groupe en 1959,  avait vite compris les potentialités de son instrument. C’est ainsi qu’il se met à exercer son art au-delà des fêtes de l’été. Il commence à composer très jeune et crée son groupe alors qu’il n’est encore qu’un adolescent. Très rapidement, il invente une nouvelle forme de percussions utilisant simultanément deux tambours qu’il frappe en évoluant sur les rythmes qu’il compose.

 

 

Kobayashi-Seido.jpgLe Maître Kobayashi Seïdo


Les spectateurs ont admiré les formes variées de ces Taïko(s), tambours au glacis brun rouge ou plus orangé, joués avec des baguettes courtes ou des mailloches et disposés sur des socles de bois noir ou rouge laqué.

Deux sortes de Taïko sont ici usités : le O Daïko, grand tambour ou tambour moyen (de 45 à 90 cm de diamètre). Il est composé de deux peaux de génisse ou de cheval, clouées sur un tronc en forme de tonneau. Les possibilités de l’instrument sont multiples du fait que l’on frappe aussi bien les membranes que les bordures de bois ou encore les chevilles de fixation des peaux avec deux bâtons de bois, dont la taille varie en fonction de la taille du tambour.

L’autre tambour est le Shime Daïko, dit aussi « tambour lié ». Cet instrument est en effet tenu serré par des cordes d’assemblages. Celles-ci tendent les peaux, renforcées à l’emplacement de la frappe par un rond en peau de daim. On l’utilise avec deux baguettes, courtes et fines. Dans le théâtre No, le Shime Daïko marque l’apparition des dieux, des héros ou des esprits.

Aux spectateurs qui se sont peu à peu accoutumés au roulement intense des instruments, les artistes, tels des elfes bondissant, ont offert un spectacle rare. Avec leur maître, l’extraordinaire Seïdo Kobayashi, créateur du groupe en 1959, quatre jeunes hommes et une jeune femme nous ont montré tout ce qu’il est possible de faire avec un tambour. Sur des compositions originales du maître, ils ont ainsi célébré le mouvement des vagues, l’orage, le passage des saisons, les cerisiers en fleur…

En duo, trio, quatuor ou tous ensemble, avec tous les tambours ou seulement quelques-uns, ils ont accompagné de leur corps, et souvent de leur voix, le rythme fascinant de l’instrument. Moulés dans un collant bleu-marine, chaussés de ballerines de gymnastique, changeant de couleur de veste au gré des compositions, une fine cordelette nouée autour de la tête, ils nous ont proposé une chorégraphie vive et colorée, tirée au cordeau, dans laquelle la concentration se conjugue à la vélocité et à la précision.

Souvent de profil et les jambes fendues devant leur instrument, dans un état de tension extrême, avec parfois un léger sourire aux lèvres, ils ont frappé de toute la force de leurs bras minces et musclés les membranes sonores. Passant avec aisance et souplesse d’un tambour à l’autre, ils ont manié avec une dextérité que pourrait leur envier la moindre majorette leurs baguettes de bois, ils ont fait des sauts périlleux, tout en modulant le rythme des battements, ménageant les temps d’attente, les reprises, les accélérations, pour atteindre à l’acmé du roulement, juste avant la chute dans le grand silence.

A la fin de la représentation, la jeune artiste s’est adressée au public debout qui applaudissait à tout rompre. Elle lui a demandé de communiquer son énergie aux victimes du récent tsunami par le rythme de ses applaudissements et la répétition de deux syllabes vocaliques. Une attention délicate qui a conféré à la prestation des six artistes une dimension émouvante.

A la lisière de la musique, de la danse, de la gymnastique, du chant et de l’art martial, parfait reflet de l’âme d’un pays, Les Tambours de Tokyo est un spectacle total, dont la vibration intense résonne en vous très longtemps.

 


 

Sources :

Dépliant du spectacle : Saumur présente O Edo Sukeroku Taïko, Les Tambours de Tokyo

 

 

 

 


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Published by Catheau - dans Spectacles
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commentaires

valdy 27/11/2011 12:34

Merci pour cette émotion partagée,
Valdy

Catheau 29/11/2011 14:01



Une émotion devant un spectacle, éloigné de tout ce que nous connaissons en Occident. Amitiés.



Dan 18/11/2011 16:49

J'imagine bien la résonance de ces tambours dans tous le corps, dont les vibrations continuent à circuler avant d'en sortir bien plus tard. Bises Dan

Catheau 18/11/2011 22:47



J'en tremble encore ! Amicalement.



Nounedeb 18/11/2011 16:38

Ah! les voilà! Bonne soirée Catheau.

Catheau 18/11/2011 22:44



J'ai de nombreux dysfonctionnements sur mon blog : il faut que j'y remédie. A bientôt.



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