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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 23:15

 Chagall-1.JPG

 

Avec l’exposition Chagall, L’Epaisseur des rêves, c’est tout un siècle de création artistique à travers une vie de peintre que nous propose le musée de La Piscine à Roubaix. Cette merveilleuse déambulation à travers la diversité et la richesse des œuvres de l’artiste russe nous donne à découvrir sa curiosité pour les genres et les techniques les plus variés. Plus de deux cents œuvres, créées entre 1907 et 1980, ont été collationnées, qui révèlent le préoccupation de la forme chez un artiste protéiforme.

Cédric Guertus, le scénographe de l’exposition, s’est attaché à mettre en relief un cheminement qui prend sa source dans la ville natale de Vitebsk, se prolonge dans l’exil en France, aux Etats-Unis et en Provence, sans toutefois négliger les tragédies du siècle et les drames intimes de l’artiste. Dans son autobiographie, Chagall écrit : « L’essentiel, c’est l’art, la peinture, une peinture différente de celle que tout le monde fait. Mais laquelle ? Dieu, ou je ne sais plus qui, me donnera-t-il la force de pouvoir souffler dans mes toiles mon soupir, soupir de prière et de tristesse, la prière du salut, de la renaissance ? »


Chagall

Double portrait au verre de vin

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 1, Construire avec la couleur, est dominée par l’impressionnant Double portrait au verre de vin (1917-1918), colonne colorée d’un trio familial, l’ange au sommet du tableau représentant sans doute Ida, la fille de Marc Chagall et de Bella, née en 1916. J’en aimé le mauve qui reprend la teinte de la jambe, sous la robe blanche du personnage féminin. Dans cette salle, on admire aussi les différents traitement du thème de La chute de l’ange, en noir et en couleurs.


Chagall-esquisse-pour-la-chute-de-l-ange.JPG

Esquisse pour La Chute de l'ange

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 2 est dévolue au Théâtre d’art juif. Le chef de troupe Alexeï Granovski avait confié à l’artiste le décor du Théâtre de chambre national juif, travail dont rendent compte de nombreuses études. A cette occasion, Chagall a permis un renouveau des arts de la scène en intégrant dans les motifs et les accessoires des costumes certaines figures de la société juive. Plus tard, réfugié à New-York, il se verra confier le décor et les costumes du ballet Aleko, auquel est dédiée la salle 3. Il s’agit d’une chorégraphie en quatre tableaux, inspirée par Les Tziganes de Pouchkine, sur un Trio en la mineur de Tchaïkovski, orchestré par Erno Rapee. Dans la lignée des Ballets russes, Aleko ressuscite la Russie de Chagall, installé à Mexico avec sa femme Bella à l’été 1942. Confiés pour la réalisation à des artistes mexicains, ces costumes associent des motifs préhispaniques et des personnages fabuleux aux couleurs ensoleillées du Mexique. Habillant des mannequins, disposés en arc de cercle sur des gradins blancs, ils offrent l’image immobile de ce qui dut être un spectacle merveilleux, dont un film d’époque vient raviver le souvenir.


Chagall-costumes-Aleko.JPGCostumes pour le ballet Aleko

 (Photo ex-libris.over-blog.com)


Dans la salle 4, on voit comment, avec le décor et les costumes de la nouvelle production de L’Oiseau de Feu de Stravinski (pour le Ballet Theâtre de New-York), Chagall poursuit sa contribution aux arts de la scène. Le 24 octobre 1945, au Metropolitan Opera House, sa réalisation connaît un succès tel qu’il sera associé à la chorégraphie de Balanchine en 1949 et en 1970. Pour ce ballet, l’artiste composa trois décors, un rideau de scène et plus de quatre-vingts costumes, en collaboration avec sa fille Ida. Si la Russie est au cœur de cette œuvre si typiquement russe, les origines amérindiennes du Mexique ne laissent pas de transparaître, notamment dans le costume du Monstre vert à rayures noires ou encore dans celui de la Femme monstre. J’ai aussi particulièrement aimé les pastels réalisés pour la Princesse verte et la Princesse rouge aux couleurs éclatantes.


chagall-costume-pour-la-princessse-rouge.JPG

Costume pour la Princesse rouge de L'Oiseau de feu

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 5, intitulée L’épaisseur des rêves, présente la production céramique de Chagall, qui découvre Vence en 1950 avec Virginia Mc Neil. Associant des motifs divers, il y crée des récipients surprenants, superbement émaillés, décorés d’oxyde, gravés au couteau. Des visages féminins y voisinent avec des animaux, des couples s’y enlacent, le Christ y apparaît crucifié. Le passage incessant d’une technique à l’autre se révèle à travers la récurrence des motifs semblables. Le douloureux Christ ceint du taleb est présent dans l’Autoportrait à la pendule comme il l’est sur le grand vase brun intitulé Crucifixion. Les amoureux célestes sont visibles dans Le Nuage nu ou sur le Vase à la main ou encore le Vase sculpté. Signes révélateurs d’un artiste en proie à ses obsessions : l’amour, la mort, la ressemblance entre monde humain et monde animal.


Chaglla-ceramiques.JPGEn haut à gauche, Crucifixion

(Photo ex-libris.over-blog.com)


De la céramique au modelage, il n’y a qu’un pas qui permet à Chagall de « donner forme à la merveille ». Ce que nous donne à admirer la salle 6 qui présente les sculptures de l’artiste. Pour Chagall, issu du peuple russe, la référence obligée est celle de la stèle tombale, telle qu’il la représente dans la toile dénommée Le Cimetière (1917). Nombre de ces œuvres, nées dans le marbre ou la pierre de Bornes, sont des illustrations de l’Ancien et du Nouveau testament ; elles m’ont fait penser à certains chapiteaux romans. On y retrouve aussi tout le bestiaire cher à l’artiste, les amoureux, autant de thèmes que Chagall ne cessera d’explorer, « de la toile au bas-relief, du papier à la ronde bosse ».


Chagall-sculptures.JPGDeux bas-reliefs

(Photo ex-libris.over-blog.com)


La salle 7 célèbre La couleur monumentale et notamment le plafond de l’opéra Garnier, dont elle expose de très nombreuses études.  On sait que, en 1963, Malraux commanda à Chagall cette composition destinée à recouvrir le plafond circulaire de Jules Eugène Lepneuveu. Avec ses lieux parisiens emblématiques, ses motifs renvoyant au monde du spectacle, ses clochers russes, ses coqs, ses musiciens, ce plafond extraordinaire offre la ronde d’un syncrétisme artistique unique. Le peintre n'écrivait-il pas : "Mon art [...] est peut-être un art insensé, un mercure flamboyant, une âme bleue jaillissant sur mes toiles."


chagall-opera.JPGEtude pour le plafond de l'opéra Garnier

(Photo ex-libris.over-blog.com)


En parallèle, Chagall aura aussi travaillé le noir et le blanc, ce que nous montre la salle 8, Au-delà de la couleur. Dès les années 1920, c’est à la plume et à l’encre noire qu’il illustre son autobiographie, Ma Vie. Plus tard, après la guerre de 1940, il réalisera de gigantesques dessins en noir et blanc, sur des papiers précieux ; toutes les tonalités du noir y seront explorées.

L’exposition s’achève avec la salle 9, Forme et couleur. On y découvre un Chagall passionné par les collages, utilisés aussi bien dans ses esquisses que dans ses études. Hérités du cubisme et du surréalisme, ils rappellent encore les bois gravés populaires russes, les louboki. Réalisées alors qu’il est déjà très âgé, ces œuvres témoignent de l’inlassable inventivité de l’artiste.

Au terme de cette exposition, on ne peut qu’admirer encore et toujours la capacité incessamment renouvelée d’un artiste qui chercha toute sa vie à « donner forme à la merveille ».

 chagall-couple-jaune.JPG

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

 

 

 

Sources :

Roubaix, Musée d'art et d'industrie André Diligent, La Piscine, Petit Guide des expositions du 13 octobre 2012 au 13 janvier 2013

Marc Chagall, Le peintre-poète, Ingo F. Walther/ Rainer Metzger, Taschen

 

 


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Published by Catheau - dans Expositions
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commentaires

valdy 15/12/2012 10:03

Chagall possédait les couleurs de la poésie. Sa peinture onirique, marquée d'amour, d'âme russe et juive à la fois m'éblouit depuis l'enfance. Merci pour ce cadeau du matin :-)

Catheau 14/01/2013 11:54


Une peinture dans laquelle bêtes et hommes et anges cohabitent en toute simplicité. A bientôt.


Dan 12/12/2012 23:14

Le musée Chagall sur les hauteurs de nice colline de cimiez ... quel bonheur. Bises Dan

Catheau 14/01/2013 11:36


Peut-être aurais-je l'occasion d'y aller. Amicalement.


Mansfield 12/12/2012 19:42

Un superbe reportage dont je retiens l'incroyable étendue du domaine artistique de Chagall, un homme de son temps évoluant jusqu'au bout en toute modernité. Votre texte me fait penser curieusement
à celui de Carole Chollet qui elle, évoque aujourd'hui les choses qui passent et sont oubliées..

Catheau 12/01/2013 05:00


De la Russie à l'universalité : un parcours exceptionnel.


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