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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 19:46

20081203-Opera_Comique-Dido_and_Aeneas.jpg

 

Lundi 01 février 2010, ARTE diffusait Didon et Enée d’Henry Purcell, enregistré à l’Opéra-Comique en décembre 2008. La mise en scène de Deborah Warner, la direction de William Christie, l’interprétation des chanteurs, particulièrement celle de Malena Ernman (Didon) et de Hilary Summers (la reine des sorcières), ont rendu accessible cet opéra, considéré comme le véritable premier opéra anglais et un des sommets du répertoire baroque.

C’est un opéra en trois actes d’Henry Purcell, compositeur anglais, qui suscite encore beaucoup de questions à propos de son origine. Si tous sont d’accord pour reconnaître en Nahum Tate, dramaturge et poète irlandais, le librettiste, qui s’est inspiré du Livre IV de l’Enéide de Virgile, certains affirment que cette œuvre trouve sa source dans Vénus et Adonis, un masque pour le divertissement du roi, composé en 1683 par le maître de Purcell, John Blow. Il nécessite en effet  le même nombre de chanteurs que pour Vénus et Adonis et un nombre identique de solistes. On pense que, probablement, les chanteurs endossèrent des costumes similaires à ceux qui avaient été portés par la troupe de John Blow. L’opéra aurait été créé vers 1683-1684 au Whitehall de Charles II ou dans les appartements de Windsor. A l’appui de cette thèse, l’absence de musique dans les copies de partition retrouvées, de plusieurs parties du livret imprimé (par exemple il manque la musique d’un important prologue allégorique). Avant décembre 1689, c’est une adaptation de Didon et Enée qui aurait été adaptée et présentée par la Boarding School for Young Ladies et Gentlewomen of Josias Priest.
D’autres pensent que l’œuvre naquit au printemps 1689. Nahum Tate, qui devint plus tard poet laureate, aurait alors adapté pour le livret sa première pièce, Brutus d’Albe ou les Amoureux enchantés, représentée en 1678. La reine de Syracuse et Brutus seraient redevenus les personnages de Didon et Enée, que Tate avait créés au départ. L’opéra aurait été représenté pour la première fois en 1689 à la Boarding School, à Chelsea. Le livret d’opéra débutait par un long prologue, mettant en scène Phoebus et Vénus. En fait le manuscrit de Purcell a disparu ; une copie de la partition du milieu du XVIII° siècle est incomplète, le livret avec son Prologue étant plus long que la musique et ne mentionnant pas l’orchestration. Quant à la version de 1785, elle fut découverte en 1961. Notons que Didon et Enée est un opéra très court (65 minutes) : certains passages en ont été perdus et il était certainement représenté avec d’autres pièces théâtrales et musicales.


Didon-samacchini.jpg

                                  Mercure ordonne à Enée d'abandonner Didon, Samacchini Orazio. 

Si le livret de Nahum Tate n’est pas d’une grande qualité littéraire, c’est cependant la musique de Purcell qui en fait un chef-d’œuvre. La partition est écrite pour quatuor à cordes (violon I, violon II,  2 altos). Pour le continuo, on trouve un violoncelle, une viole de gambe, un théorbe et un clavecin. L’accent est mis sur les parties vocales, doublées le plus souvent par les instruments. Les morceaux des sorcières sont remarquables. Chantés de façon nasalisée, ils confèrent à la partition une originalité et un aspect comique, surprenant pour un opéra baroque classique. La spontanéité de l’inspiration mélodique, la concision et l’équilibre de l’œuvre, la grande variété des moyens dramatiques sont bien les éléments qui permettent à l’expression
d’atteindre à une vérité intense, notamment dans les arias.

La distribution est la suivante :

Didon, Reine de Carthage : soprano ou mezzo.

Enée, Prince troyen : ténor ou baryton léger.

Belinda, confidente de Didon : soprano.

Seconde suivante : soprano.

Magicienne, reine des sorcières : soprano.

Première sorcière : Soprano.

Seconde sorcière : soprano.

Un esprit (sous les traits de Mercure) : contre-ténor ou contralto.

Un marin : ténor.

Chœur de courtisans et de marins.

Chœur de sorcières.

On connaît l’argument. L’action de l’acte I se situe à Carthage au palais de la reine Didon. La reine aime en secret Enée, le roi troyen, mais craint de décevoir son peuple en en faisant l’aveu (C’est l’aria : « Ah Belinda, I am prest with torment »). Belinda, sa confidente, l’invite dans un aria (« Shake the cloud off your brow ») à retrouver le sourire en lui suggérant d’épouser Enée. Le fils d’Anchise et Didon succombent à l’amour.

Dans l’acte II, à la scène 1, l’action a pour décor une caverne. La reine des sorcières, qui hait la reine de Carthage, ourdit un plan pour qu’Enée l’abandonne. Un de ses « lutins » doit prendre la forme de Mercure et l’enjoindre à retourner en Italie, selon les vœux de Jupiter. Les sorcières se réjouissent de ce complot dans un duo (« But’ere we this perform. »). La scène 2 se déroule dans une forêt où Didon et Enée jouissent des plaisirs de la chasse. Un orage éclate, créé par les sorcières, et la compagnie se presse de rentrer à la ville. Enée resté seul entend l’Esprit, qui a pris la forme de Mercure, lui dire qu’il doit se rendre « sur les rivages de l’Hespérie  et rebâtir Troie détruite », c’est-à-dire y fonder l’empire de Rome.

L’acte III, dans le port de Carthage, voit les marins préparer le départ (« Come away fellow sailors !). Enée annonce à Didon qu’il doit la quitter sur les ordres de Jupiter. Devant cet abandon, elle le rejette tandis qu’il affirme sa volonté de braver les dieux en demeurant auprès d’elle. Elle le repousse définitivement et il s’en va. Elle se donne la mort et, dans le célèbre lamento (When I am laid in earth »), prie Belinda de se souvenir d’elle mais d’oublier son destin.

didon-rubens.jpgLa mort de Didon, Pierre-Paul Rubens. 


La mise en scène est de Deborah Warner, familière du théâtre shakespearien, qui travailla en résidence à la Royal Shakespeare Company et fut associée au Royal National Theater de Londres. Elle est soutenue par le chœur des Arts Florissants et un orchestre bien étoffés, que William Christie oriente vers une interprétation généreuse.

La musique du Prologue a disparu mais le texte de Nahum Tate, trois poèmes sur le thème d’Echo et Narcisse, subsiste. L’actrice Fiona Shaw, vêtue d’un jean et d’un justaucorps de cuir, les déclame avec vitalité et enjouement.

Le décor tend à l’épure. Il est constitué d’un plateau carré en surélévation, avec, au fond, des éléments qui peuvent se superposer dans un éclairage subtil (vergues de bateau, façade classique, feuillage tombant des cintres en cascade, rideau formé de chaînettes d’argent). Dans la scène 2, celle des sorcières, un groupe de trois jeunes gens descend des cintres ; deus ex machina, image des esprits des airs peut-être ou de l’orage ?

Deborah Warner a associé robes à vertugadin, bottes et culotte XVII° pour les solistes et costumes sombres simplissimes pour le chœur. Les trois sorcières portent des culottes longues sous leurs robes noires. On s’étonnera peut-être de découvrir les envolées, les danses, les pirouette et les cris des petites collégiennes en uniforme, censées sans doute incarner les Demoiselles de Chelsea. Ce n’est pas forcément un choix des plus réussis !

Quant aux rôles-titres, si le visage de Malena Ernman est parfois un tantinet grimaçant, reconnaissons que, dans le lamento final, elle est absolument superbe de justesse et d’émotion. Christopher Maltman, à la voix puissante, plus en retrait, est cependant convaincant dans le rôle du prince troyen et le baiser échangé avec Didon à la fin de l’Acte I est des plus passionnés. Le timbre de Judith van Wanroij-Belinda est d’une grande clarté, juste contrepoint à la tonalité très basse de Didon. Quant à Hilary Summers, elle s’en donne à cœur joie dans le rôle de la reine des sorcières avec un abattage étonnant. Multipliant les grimaces, soulevant sa robe à la manière du French Cancan, fumant sans vergogne une cigarette, elle est un véritable personnage shakespearien dans l’outrance et la dérision.

Passés les premiers moments où ce mélange des genres, qu’on peut trouver facile, agace, on se laisse entraîner dans ce voyage à Carthage, qui nous rend plus proches les personnages mythiques. Et l’on se lamente avec Ausone, qui écrivait dans l'Epitaphe des Héros: « Pauvre Didon, nul époux ne t’a donné le bonheur. Celui-ci meurt, tu fuis ; celui-là fuit, tu meurs. »

Sources:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dido_and_C3%86neas
http;//www.lamediatheque.be/travers_sons/op_pur01.htm
 

Didon Guerin

                                                                               Enée et Didon, Esquisse, P-N Guérin.




Vendredi 05 février 2010

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Published by Catheau - dans Opéras
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