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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 11:11

henriette-browne-nuns-hosto.jpg

 Religieuses à l'hôpital, Henriette Brown (1829-1901)

 

Depuis des siècles,

Dans les ermitages, les abbayes,

Les hôtels-Dieu, les hostelleries,

Les quarantaines, les maladreries,

Sous leur cornette raidie de blanc,

Sous leur noir voile de vierge,

Dans leur robe de serge,

Leur tunique de bure,

Et parfois dessous le cilice,

De leurs fines mains blanches,

De leurs vieux doigts déformés par l'arthrite

Elles ont fait de la charpie,

Elles ont vidé les bassins de cuivre et de porcelaine,

Elles ont posé les sangsues grasses et noires,

Elles ont manié la lancette effilée,

Elles ont pansé les plaies sanguinolentes,

Elles ont essuyé les sanies, les excréments, les vomissures,

Elles ont caressé les fronts mouillés de sueur morbide,

Elles ont désaltéré les lèvres fendillées par la soif,

Elles ont fermé les yeux révulsés des morts,

Elles ont enveloppé de draps rêches leur pauvre corps raidi.

De leurs oreilles oublieuses

Elles ont entendu la litanie farouche

Celle des  cris, des sanglots, des murmures,

Celle des appels, des aveux, des plaintes,

Celle des jurons, des invectives, des insultes,

Celle des blasphèmes, des pardons et des reniements.

Sur leurs pieds nus et fatigués, emprisonnés dans des sandales,

Avec la patience des anges, elles ont soigné

Les lépreux aux membres rongés,

Les pestiférés aux monstrueux bubons,

Les cholériques écumants au ventre bleu,

Les folles et les fous de village,

Les orphelins et les enfants sans mère,

Elles, les invisibles, les secrètes, les discrètes,

Elles, les reléguées, les isolées, les méprisées,

 

Mais tout le corps donné

Depuis des siècles 

A une humanité

En croix.

 

 

Pour Mil et Une, Ecriture en ligne, Semaine 36, 

sur un tableau de Henriette Brown

 

 

 

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commentaires

Carole 04/09/2013 12:25

Nous leur devons le peu de douceur qui a pu survivre dans ce monde. Des infirmières sans cornettes poursuivent aujourd'hui ces tâches, et sont aussi peu récompensées que leurs "mères" en
dévouement.

Catheau 07/09/2013 18:58



L'ombre de mère Teresa plane sans doute sur ce texte. A bientôt pour lire vos derniers textes.



M'amzelle Jeanne 03/09/2013 10:46

Vous avez rendu un superbe hommage à ces femmes de l'ombre, dévouées à l'être humain lorsqu'il était seul, abandonné et misérable de souffrances.. Elles agissaient par amour au nom de Dieu sur
terre à qui elles s'étaient données jusqu'à la mort.
Très beau texte.. Merci

Catheau 07/09/2013 18:57



Merci, Jeanne, de vos visites. Des vies données à Dieu et aux autres : il faut vraiment être appelé pour vivre cela.



flipperine 01/09/2013 17:58

on peut rendre hommage à ces femmes même si parfois elles sont dures surtout celles qui enseignaient par contre celles qui soignaient ont eu bien du mérite et ont fait les tâches les plus ingrates

Catheau 07/09/2013 18:54



Peut-être avez-vous de mauvais souvenirs scolaires. Pour ma part, j'ai eu une religieuse au lycée qui enseignait le français de manière remarquable. Je ne l'ai pas oubliée.



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