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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 14:42


Antoine Arnauld 

                                                               Antoine Arnauld, dit Le Grand Arnauld (1612-1694).

Jeudi 05 novembre 2009, François Busnel recevait entre autres à La Grande Librairie Christian Bobin, l'ermite du Creusot. Celui-ci a fait poétiquement l'éloge de Claude Lévi-Strauss : "C'est un immeuble qui s'effondre en laissant une poussière d'images", a-t-il dit. Dans le grand anthropologue il a décelé des racines intuitives et poétiques et un goût affirmé pour la musique. Dans la structure de l'humble fleur du pissenlit, "petit soleil à portée de main", l'auteur de Tristes Tropiques eût reconnu la structure de l'univers.
Christian Bobin était l'invité de François Busnel pour sa dernière œuvre, Les ruines du ciel, suite d’aphorismes, de pensées, de rêveries et de phrases lapidaires, au service d’une réflexion sur les contradictions du Grand siècle. Si l’on se plonge dans la lecture de celui qui sait parler aux anges, aux pâquerettes et aux animaux, on rencontrera Racine, Philippe de Champaigne, Pascal, Le Grand Arnauld, en même temps
que André Dhôtel, Jean Grosjean et Jean Genet.

De son bureau ouvert sur un jardin, entre les œuvres de La Fontaine et le Nouveau Testament, Christian Bobin écrit une œuvre à mi- chemin du mysticisme et du minimalisme, un éloge du rien, qui a ses afficionados passionnés. Celui qui a vécu « prisonnier dans le cloître des lectures » dit avoir voyagé dans le Grand siècle afin de comprendre son propre siècle, être allé très loin pour voir très près.

Dans cet ouvrage inclassable, il évoque l’affrontement entre cette « centrale d’or » et de courtisans que fut Versailles et la petite poignée d’hommes et de femmes de Port-Royal-des-Champs, désintéressés des honneurs, dans une volonté de résistance contre « cette royauté qui avalait la France ». Ce faisant il fustige ce monarque invisible qu’est l’argent et en cela ce livre nous parle aujourd’hui. Versailles.jpg

Le mélange d’anecdotes choisies, de considérations sur l’écriture, Bach ou le pissenlit, peut sembler déroutant. Pour Christian Bobin, c’est comme une tapisserie où tout est mêlé, le passé et le présent, les vivants et les morts. « Je lis Pascal et je fais mes courses au Creusot », ajoute-t-il.

A Busnel  qui lui demande comment il concilie sa nostalgie profonde de l’enfance et sa gaieté foncière, l’écrivain-poète répond qu’il est joyeux et amoureux. La vie, c’est du courage et ce courage est gai. On ne sait rien, on ne comprend rien, mais on a besoin de quelques étincelles. Il éprouve « la joie éternelle de se sentir mortel ».

Selon lui, il n’y a aucune différence entre croire et vivre. Même celui qui s’en va se pendre recherche un bien. La vie, c’est l’espérance mais une espérance qui n’est captive d’aucun dogme. « Les cristaux de l’air froid me giflent le visage et je sais que Dieu existe. » Le froid l’oblige à être vivant. Et quand Busnel lui dit qu’il est un mystique, il affirme avec modestie qu’on le couvre d’un manteau d’hermine !

Ecrivain à part entière, il affirme que « ce n’est pas compliqué d’écrire, il suffit d’y donner chaque seconde de sa vie ». Il souffre de la maladie joyeuse d’écrire et de lire, et dans l’échec même sait demeurer joyeux.

Pour lui, une seule chose est grave, c’est le tort qu’on fait aux faibles, à ceux qui n’ont pas de mots. Comme le peintre Hokusai dans sa vieillesse, il faut s’efforcer d’accéder à une liberté totale, s’affranchir du « grand embarras de soi », car « on s’alourdit d’être en compagnie de soi-même ».

A l’écart du monde, Christian Bobin nous convie avec ce livre à une méditation sur l’aspiration à l’exigence.

 

Port-Royal.jpg

Bibliographie de Christian Bobin
Les ruines du ciel, éditions Gallimard, 2009
La Dame blanche, éditions Gallimard, 2007
Une bibliothèque de nuages, éditions Lettres Vives, 2006
Prisonnier au berceau, éditions Mercure de France, 2005
Louise Amour, éditions Gallimard, 2004
Mozart et la pluie, suivi de Un désordre de pétales rouges, éditions Lettres Vives, 2002
Le Christ aux coquelicots, éditions Lettres Vives, 2002
Paroles pour un adieu, éditions Albin Michel, 2001
L’enchantement simple et autres textes, éditions Gallimard, 2001
La Lumière du monde, éditions Gallimard, 2001
Ressusciter, éditions Gallimard, 2001
Tout le monde est occupé, éditions Mercure de France, 1999
La présence pure, éditions Le temps qu’il fait, 1999, Gallimard 2008
L’équilibriste, éditions Le temps qu’il fait, 1998
Geai, éditions Gallimard, 1998
Autoportrait au radiateur, éditions Gallimard, 1997
La plus que vive, éditions Gallimard, 1996
Donne-moi quelque chose qui ne meure pas, éditions Gallimard, 1996
Le jour où Franklin mangea le soleil, éditions Le temps qu’il fait, 1996
L’homme qui marche, éditions Le temps qu’il fait, 1995
La folle allure, éditions Gallimard, 1995
L’inespérée, éditions Gallimard, 1994
Le Très-Bas, éditions Gallimard, 1992
Une petite robe de fête, éditions Gallimard, 1991
Éloge du rien, éditions Fata Morgana, 1990
La part manquante, éditions Gallimard, 1989


Mercredi 11 novembre 2009.
espacetransp
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