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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:05

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Cercles de sable : le début du spectacle

Mardi 28 février 2012, l’on parlait français et viêt-namien sur la scène du théâtre Beaurepaire à Saumur. L’on y jouait en effet Cercles de sable, un conte philosophique sur le thème du pouvoir, résultat de la collaboration créative entre des artistes du théâtre National Tuong de Hanoi et du Théâtre du Monte-Charge de Pau.

Initié par Alain Destandau, qui l’a écrit et qui en joue un des rôles, ce spectacle a pour ambition de « démontrer que l’on peut être ensemble, garder chacun sa culture, sa langue et communiquer ». « Etre différents mais ensemble », telle est donc la gageure réussie de cette pièce de théâtre où l’Occident et l’Orient se rencontrent.

Cette œuvre théâtrale originale au plus haut point a été créée au Festival In de Hué en juin 2006. Elle a ensuite été représentée à l’Opéra de Hanoi, à l’Opéra d’Ho Chi Minh Ville, au Festival International de Théâtre Expérimental de Hanoi, à Lao Cai et Sa Pa. Elle a ensuite tourné en France et au Festival d’Avignon.

L’intrigue raconte l’histoire de Rang (Alain Destandau), un prince au visage monstrueux, à qui sa mère, Xan Tin (Maider Cazaurang), a fait porter par amour un masque depuis l’enfance. Par respect pour son peuple, il se refuse à débuter son règne par un mensonge en lui cachant son visage. Lorsqu’il le dévoile à celle qui a été élevée avec lui, la belle Ti Lao, elle en est horrifiée. Il se résout donc à abandonner le pouvoir, encouragé en cela par son oncle Fong Tran (Yen Nguyen Viet) et sa tante Fong Tsi (Betina Schneeberger) qui s’emparent du trône et font régner la terreur. Quant à sa mère, elle pleure sur le sort malheureux de son fils. Au plus profond de la forêt où il s’est réfugié, le prince destitué rencontrera un bon Génie (Nguyen Van Tho). Celui-ci, par le biais d’un théâtre de marionnettes, l’enjoindra à reconquérir le pouvoir et à chasser les deux usurpateurs.

cercles de sable 4

Fong Tran (Yen Nguyen Viet) et Fong Tsi (Bétina Schneeberger)

(Photo Sud-Ouest.fr)

Toute la pièce se veut être le commentaire d’une phrase prononcée à plusieurs reprises par les protagonistes : « Nous osons ce que le pouvoir nous permet. » Et lorsque l’on découvre dans les boîtes rouges, typiques des cadeaux au Viêt-Nam, la tête coupée des mandarins, on comprend les excès auxquels cet exercice peut mener !

La mise en scène de ce spectacle plein de charme nous transporte dans un Viêt-Nam de contes de fées. Devant deux grands panneaux éclairés, l’un par un lumière rouge à jardin, l’autre par une lumière mordorée à cour, sont disposées deux hautes tables en laque rouge, sur lesquelles des bâtons d’encens se consument dans des vases en porcelaine.

Sur le fond de scène, au milieu, en costume viêt-namien traditionnel, dans des tonalités de brun, sont assis deux musiciens Ngyuen Van Quy (percussions) et Nguyen Xuan Mai (monocorde). Leur musique rythmera les péripéties du récit, accompagnant au début le chant très pur de Li Tao ou plus tard la complainte maternelle de Xan Tin ;  jouant du crescendo lors d’événements dramatiques ou modulant le glissando pendant les passages plus méditatifs.

Le conte s’ouvre et se clôt sur la déambulation mystérieuse de personnages voilés et vêtus de sombre, qui font couler du sable de leurs doigts sur le sol, délimitant l’espace du récit ou le mandala magique. Sable qui symbolise aussi la fuite du temps et la vanité du pouvoir, ainsi que le dit à un moment l’usurpatrice Fong Tsi.

Cercles de sable 1

Fong Tran et Fong Tsi encadrant Xan Tin (Maider Cazaurang)

(Photo Adima Productions)

On remarquera la fluidité qui se crée entre le jeu des trois comédiens viêt-namiens et celui des trois français. Les premiers (Ti Lao, le Génie, Fong Tran) sont dépourvus de masques mais les hommes portent le maquillage traditionnel de leur rôle ; les seconds (Fong Tsi, Rang, Xan Tin) ont le visage masqué jusqu’à la bouche. Ces masques très expressifs ont été créés par Erhard Stiefel, Maître d’Art dans la catégorie Arts et Spectacles.

Les costumes, imaginés par Minh Hanh, une créatrice de Haute Couture reconnue au Viêt-Nam, sont de toute beauté. Tissus brillants, chamarrés, rehaussés de broderies et de fils d’or, soies chatoyantes, plumes et tulles pleins de légèreté, longues manches virevoltantes, pantalons bouffants, chaussures à bouts recourbés, c’est tout un Extrême-Orient légendaire qui va naître du magnifique manteau du roi, que Li Tao déploie au début du spectacle.

On admirera encore les déplacements des personnages et leur gestuelles, précisément chorégraphiés dans la lenteur ou la vélocité : grâce de Li Tao, démarche féline de Fong Tran le méchant oncle, souplesse et agilité remarquables du Génie lors du combat dans la forêt. On retrouve ici cette technique subtile des arts martiaux asiatiques et la beauté flamboyante du maniement des trois drapeaux, notamment dans l’épilogue.

Cercles de sable 2

Le Génie (ici Le Hai Van) et le prince Rang (Alain Destandau)

Mais ce qu’on retiendra surtout de ce spectacle, c’est la rencontre de deux civilisations grâce à l’emploi du français et du viêt-namien, tant il est vrai que « la base de la culture, c’est la langue ». Ici, jamais l’emploi des deux langues n’est un obstacle à la compréhension du spectateur et le français vient harmonieusement en écho au viêt-namien monosyllabique. Les dialogues sont conçus de telle sorte que ce choix n’est jamais un obstacle mais confère au spectacle un charme exotique supplémentaire.

Alain Destandau est très attaché à ce thème de la rencontre des cultures et il a en projet d’autres collaborations, notamment avec des artistes marocains pour évoquer Al Andalus et la présence multiséculaire de la présence musulmane en Espagne.

Lors des saluts, l’auteur, metteur en scène et comédien, a tenu à remercier Silvio Pacitto, le directeur culturel de Saumur, qui avait repéré le travail de sa troupe à Avignon. Il a émis le souhait que cette aventure d’ouverture culturelle d’une langue à l’autre puisse perdurer. On aimerait que son souhait se réalise.

Cercles de sable 5 et

Li Tao (Nguyen Thi Loc Huyen) et Xan Tin (Maider Cazaurang)

(Photo DR)

 

Sources :

Programme du théâtre de Saumur : Cercles de sable, Théâtre/ France-Vietnam

Dossier pédagogique : Cercles de sable


 

 

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Published by Catheau - dans Théâtre
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commentaires

valdy 02/03/2012 20:54

A notre tour, en cercle invisible sur la toile, nous nous laissons emporter comme le sable par la conteuse,
Bonne soirée,
Valdy

Catheau 05/03/2012 09:03



Une très belle idée de mise en scène que ce sable égrené par des ombres pour nous faire entrer dans l'histoire. Merci, Valdy.



Monelle 02/03/2012 09:16

Une fois encore je me suis laissé emportée dans ce spectacle grâce à vos mots. Ce voyage de l'enfance à la vieillesse et surtout le fait qu'il soit suivi par des acteurs de langues différentes
prouvent qu'il est possible de s'entendre ! bien d'autres exemples le montrent !
Bonne journée
Monelle

Catheau 05/03/2012 08:58



Une gageure réussie, toute pleine de charme. J'ai beaucoup aimé ce spectacle.



Suzâme 01/03/2012 20:52

Un bel article critique sur une présentation dont nait un tel partage que le conte favorise. J'aime cet univers de l'enfance à la vieillesse où nous sommes captivés, émerveillés par les
personnages, l'histoire et...le message.
J'espère que vous transmettez vos écrits à la ville de Saumur, pour ses pages culturels! A bientôt. Suzâme

Catheau 01/03/2012 23:08



Merci, Suzâme, pour votre suggestion. Quant au spectacle, il restera longtemps dans ma mémoire. A bientôt sur votre blog.



domsaum 01/03/2012 08:39

Merci, Catherine, pour ton texte. Un spectacle vraiment exceptionnel: émouvant et très beau.

Catheau 01/03/2012 23:03



Un spectacle qui m'a touchée particulièrement et tu sais pourquoi, Dominique.



libre necessite 01/03/2012 07:32

Comme tout un chacun , je prépare discrètement mon gouvernement. Vous feriez une magnifique ministre de la culture ...Bises Dan

Catheau 01/03/2012 23:03



Quel joli compliment, Dan ! Mais je n'ai pas l'âme politique !



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