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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 09:25

vent

 

 

Dimanche, 20 mars 2011, en lien avec l’association Plein Ecran, et dans le cadre du Printemps du Cinéma, le cinéma le Palace à Saumur diffusait deux films du cinéaste iranien Abbas Kiarostami : à 11h, Et le vent nous emportera (Bad ma ra khahad bord), de 1999, et à 20h Ten. L’après-midi, François Bégaudeau, parrain de Plein Ecran, proposait une analyse filmique du long métrage du matin.

Le vent nous emportera tire son titre d’un poème, emprunté à Forough Farrokhzad, une poétesse iranienne (1937-1967), et dont quelques vers sont prononcés par le personnage principal du film, interprété par  Behzad Dourani.

Le film raconte la venue d’un cinéaste (sans doute le double de Kiarostami), qui se dit ingénieur en télécommunication, dans un village isolé du Kurdistan, éclatant de soleil et pourtant appelé « la vallée noire ». On y découvre progressivement qu’il est là avec son équipe pour filmer un rite funéraire, et  notamment des pleureuses qui se griffent le visage. Il attend donc la mort d’une centenaire, qui ne se résigne pas à mourir. Au terme d’un lent parcours initiatique, guidé par un jeune garçon à l’étonnante maturité, Behzad, va peu à peu perdre sa superbe de citadin, secourir un blessé, s’ouvrir aux autres et à la beauté du monde. En dépit de la mort de la vieille femme, il repartira sans avoir filmé le rituel mortuaire.

La belle affiche du film, représentant l’immensité des blés blonds sous le soleil, est révélatrice de l’œuvre. Elle correspond au moment où Behrad tisse soudain des liens nouveaux avec le monde qui l’entoure, où il écoute le vieux médecin qui le transporte sur sa mobylette réciter des vers d’Omar Khayyam, où le vent souffle sur la mer des blés.

Pour clore ce Printemps des Poètes 2011, consacré à D’Infinis Paysages, voici ce poème que Behrad récite dans l’obscurité d’une cave à une jeune femme occupée à traire une vache. Si elle demeure invisible, (la technique du hors champ étant une des techniques favorites de Kiarostami), on entend ces vers magnifiques, emblématiques d’un film à la beauté irradiante et secrète.


Dans ma nuit, si brève, hélas 
Le vent a rendez-vous avec les feuilles. 
Ma nuit si brève est remplie de l'angoisse dévastatrice 
Écoute ! Entends-tu le souffle des ténèbres ? 
De ce bonheur, je me sens étranger. 
Au désespoir je suis accoutumée. 
Écoute ! Entends-tu le souffle des ténèbres ? 
Là, dans la nuit, quelque chose se passe 
La lune est rouge et angoissée. 
Et accrochée à ce toit 
Qui risque de s'effondrer à tout moment, 
Les nuages, comme une foule de pleureuses, 
Attendent l'accouchement de la pluie, 
Un instant, et puis rien. 
Derrière cette fenêtre, 
C'est la nuit qui tremble 
Et c'est la terre qui s'arrête de tourner. 
Derrière cette fenêtre, un inconnu s'inquiète pour moi et toi. 
Toi, toute verdoyante, 
Pose tes mains, ces souvenirs ardents, 
Sur mes mains amoureuses 
Et confie tes lèvres, repues de la chaleur de la vie, 
Aux caresses de mes lèvres amoureuses 
Le vent nous emportera ! 
Le vent nous emportera ! 

 

 

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Published by Catheau - dans Dits de poètes
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commentaires

Alice 21/03/2011 16:35


Kiarostami nous montre un village iranien dans sa belle lumière,ses activités quotidiennes. Une très belle oeuvre pleine de symbôles sur la vie et les coutumes.


Catheau 22/03/2011 08:50



Une méditation picturale et poétique, une invitation à aimer la vie.



duriezalbum 21/03/2011 11:23


Merci pour ton article . Un mot pour te dire que je vais quitter "over " : trops peu de visites et surtout pas en forme ! . Donc "Blogzoom" est largement assez .Bon Lundi ..


Catheau 22/03/2011 08:24



Merci de ton passage. Pourquoi en effet te "disperser" sur plusieurs blogs ?



jill-bill.over-blog.com 21/03/2011 11:18


Un coucou en passant sur terres et ses choix de filmograhie... Je ne connais ni l'un ni l'autre, merci d'y voir pour nous et que ce poème est prenant... Bon lundi à toi JB


Catheau 22/03/2011 08:23



Dans la cave obscure, la femme donne le lait à l'homme qui lui donne ces mots. Une vraie scène d'amour, selon Thierry Jousse (Cahiers du Cinéma, n°541). Ce film magnifique existe
aussi en DVD, dans un coffret consacré à Kiarostami. A voir absolument.



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