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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 07:00

 

orchidee 3 

 

En ce mardi 31 mai, le thème de la communauté de Hauteclaire, Entre Ombre et Lumière, est consacré à l'orchidée. Aussi publié-je de nouveau un texte que j'avais écrit en mai 2009.

 

A qui me demande d'où me vient ma passion pour les orchidées, j'aime à dire ce conte que me raconta un vieux moine bouddhiste au cours de mon premier voyage en Indochine.

C'était dans les temps immémoriaux, quand les dieux avaient commencé à descendre du Ciel et à devenir des hommes. La boîte de Pandore avait été ouverte et la cupidité, le mensonge, le meurtre et la violence brute s'étaient répandues dans les cœurs et les corps de ces demi-dieux. La Pangée commençait à se disloquer et les combats étaient acharnés entre les Princes qui se disputaient les continents à la dérive.

Dans un pays lointain, là où le Soleil se lève, vivaient deux Princes, du nom de Anh Dung et Anh Hào. Frères et jumeaux, aux yeux amandins, aux cheveux noirs comme l'encre des calligraphes, au teint de sable et de limon, ils aimaient en silence, d'un amour ardent et depuis toujours, la Princesse d'un royaume voisin. Longue et mince comme la liane du banian, Kiêu Diêm, c'était son nom, contemplait amoureusement de ses yeux verts aux couleurs de rizière les deux frères qui, pour elle, ne formaient qu'un seul amant.

Son père, le Roi Chân Ly, ordonna un combat singulier pour départager les frères rivaux. Si leur amour fraternel était profond, il n'avait cependant pas de commune mesure avec l'abîme de folie et de passion qu'ils éprouvaient pour Kiêu Diêm. En Princes de sang qu'ils étaient, ils acceptèrent le duel qui eut lieu auprès du Lac de l'Epée restituée.

Sous les yeux d'une noblesse avide de violence, sous le regard d'oiseau perdu de Kiêu Diêm qui jamais ne distingua les deux frères qu'elle chérissait d'un amour unique, la lutte fut sans merci.

Anh Dung et Anh Hào pratiquaient avec maestria l'art du . Ils cognèrent avec violence leurs bâtons longs, entrechoquèrent rageusement la lame brillante de leurs sabres, esquivèrent avec agilité la pointe effilée de leurs épées, s'arrondirent comme des serpents sous leurs fléaux et affrontèrent leurs lances pointues comme des dagues. L'issue du combat ne se dessinait pas quand, soudain, d'un geste imprévisible, Anh Hào sortit vivement d'une de ses bottes cuissardes ses Song Dao ou couteaux-papillons. D'un ample mouvement, il les lança sur les testicules de son frère jumeau qui furent tranchés net. Anh Dung s'évanouit dans la fontaine de son sang viril.

Epouvanté par l'horreur de son geste, sans un regard pour la femme qu'il aimait et à qui il renonçait sans retour, le vainqueur enfourcha son cheval Ngua Noi et disparut dans les forêts d'acajou et de teck. Jamais on ne le revit.

Quand Anh Dung le vaincu revint de son évanouissement, il ne reconnut pas le lieu où il reposait. Il se trouvait allongé au milieu d'un champ de fleurs multicolores qu'il n'avait jamais vues. Longilignes et racées, groupées en épis ou en grappes, exhalant un parfum subtil, elles dressaient avec élégance leurs pétales aux infinies couleurs, posés comme des oiseaux à l'extrémité de leurs longues tiges. Au-dessus de celui qui avait perdu son alter ego, se penchait le visage apaisé de Kiêu Diêm qui lui souriait comme sourit le Bouddha.

- Suis-je dans le Paradis de Jade ? demanda-t-il en caressant la main de son amie.

- Non, répondit la jeune fille, en lui offrant le Plateau des Cinq Fruits ; tu es dans le Jardin des Orchidées, les «fleurs de l'homme supérieur». De tes parties viriles, tombées en terre fertile, a surgi ce champ de fleurs innombrables qui vont ensemencer l'univers. Et chaque jour qui passera, j'en ferai des bouquets pour toi.


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Published by Catheau - dans Nouvelles
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commentaires

Christiane Art 05/06/2011 21:18


Bonsoir Catherine et merci pour ta belle photo ! . Nous avons la même orchidée depuis peu . Je t'embrasse ,


Catheau 06/06/2011 14:35



Me voici de retour après une semaine loin de la Toile ! A bientôt, chère artiste.



Kri 05/06/2011 19:33


Un très joli conte ... merci pour ce partage


Catheau 06/06/2011 14:34



Merci, Kri, de l'avoir aimé. Amitiés.



Martine 03/06/2011 10:26


Bonjour Catheau,

J'adore écouter les histoires. Celle-ci est magnifique. Tout y est: l'amour, la passion, la finesse, l'élégance, la violence, le romantisme... la fragilité d'une fleur.
Merci pour ce beau partage.

Belle journée à toi Catheau :)
Martine


Catheau 06/06/2011 14:33



Autant d'éléments que vous suggérez et qui créent la fascination pour cette fleur unique. Merci, Martine, de votre venue ici.



Thès 01/06/2011 20:15


Merci pour ce partage. Bonne soirée. Thès.


Catheau 06/06/2011 14:31



Merci, Thès, de votre visite amicale.



Hauteclaire 01/06/2011 16:32


Bonjour Catheau
Une photo fine comme une esquisse, dans une lumière laiteuse. Quant à cette légende, elle est parfaite comme peuvent l'être les légendes d'Asie, en beauté et sagesse. Belles orchidées, très loin de
la réputation sulfureuse que l'on peut leur faire par ici.
Bises en vous remerciant pour ce moment de grâce.


Catheau 06/06/2011 14:31



Le Viêt-Nam, une civilisation dont la délicatesse et le raffinement m'ont inspirée. Amitiés.



Alain 01/06/2011 12:34


C'est une bien belle légende qui va si bien à cette fleur hors du commun. Merci pour ce partage. Bonne journée à toi.


Catheau 06/06/2011 14:28



Une légende qui m'a été inspirée par l'étymologie du mot. Merci, Alain, de votre commentaire.



Dominique 31/05/2011 15:40


Un bien beau conte
Mais comment se fait il que je suis incapable d'en faire refleurir une ?


Catheau 06/06/2011 14:22



Effectivement, c'est tout un art que mon héros possède ! Amitiés.



Elo 31/05/2011 10:15


C'est une belle histoire... Merci de l'avoir aprtagée ! bises


Catheau 06/06/2011 14:17



J'ai aimé écrire cette histoire car le Viêt-Nam fait désormais partie de ma famille. Amicalement.



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