Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 15:13

 

Portrait-Darwin-2-grand.jpg 

Le mardi 08 décembre 2009, la 5 proposait un documentaire-fiction intitulé Darwin (R)évolution, afin de célébrer le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (12 février 1809-19 avril 1882) et les 150 ans de sa célèbre théorie. Le savant, interprété par Jean-Pierre Marielle, y était mis en scène dans une interview avec un journaliste où il se remémorait les étapes de l’élaboration de  sa théorie. Le paléontologue Pascal Picq, le naturaliste Pierre-Henri Gouyon et le philosophe Thierry Hocquet intervenaient pour apporter les précisions nécessaires.

On y a appris que l’ouvrage-clé de Charles Darwin, De l’origine des espèces, fut le fruit du long cheminement intellectuel d’un homme guidé par son intuition.

Jusqu’au XVIII° siècle, l’on avait une vision fixiste des espèces et les croyances étaient des plus fantaisistes. Par exemple, ne croyait-on pas que le coton venait des moutons ? Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) avait pourtant déjà proposé une théorie sur l’évolution : les individus s’adaptent pendant leur vie, notamment en utilisant plus ou moins certaines fonctions organiques, qui se développent ou s’atténuent en rapport avec l’usage ou le non-usage des organes. Inventeur du terme « biologie », il avait aussi affirmé, dans Philosophie zoologique, que les organismes évoluent, une théorie qui avait reçu le soutien des milieux érudits. Déjà, à cette époque, le grand-père de Charles Darwin, Erasmus Darwin, soumettait aussi l’idée que les êtres vivants aient pu évoluer.

Le 04 octobre 1836, Charles Darwin revient à Shrewberry (Shropshire) après un tour du monde de cinq ans, de l’hiver 1831 à l’hiver 1836, dans l’hémisphère sud, en Amérique du sud, en Australie et dans les îles Galapagos. Il retrouve ses sœurs et son père. Ce dernier comprend que son fils est devenu un grand savant et rassemble des fonds pour que son fils puisse travailler sans soucis financiers. En effet, au cours de ce long périple, et à la faveur de la découverte de différents fossiles, Charles Darwin a pris conscience de la diversité des espèces dans le temps et dans l’espace. La beauté et la luxuriance des milieux tropicaux n’ont pas occulté sa compréhension de la lutte des êtres vivants pour la vie.

Son séjour dans les Galapagos va lui permettre de mettre en place les prémisses de sa théorie. Il y a observé que les pinsons (14 espèces qui seront appelées « pinsons de Darwin ») sont différents selon les îlots, certains ayant des corps plus gros ou des becs plus fins. Il est persuadé qu’ils sont issus d’une même population et qu’ils ont subi des modifications et des divergences.

Or, au retour du HMS Beagle,  en février 1837, il fait une découverte capitale en observant des têtes de pinsons sur une même planche. Il se dit alors que chaque pinson appartient à une espèce différente. Ses observations sur les tortues vont dans le même sens. Selon lui, « de tels faits sapent la stabilité des espèces ».

Il se pose la question de savoir pourquoi sur ces îlots vides, à 600 miles des côtes, les espèces sont si différentes ? Il émet l’hypothèse que la population initiale s’est dispersée et a divergé selon l’environnement, créant sélection et diversité. Il est convaincu que les animaux une fois arrivés dans les îles se sont en quelque sorte modifiés pour former sur les différentes îles des espèces nouvelles. Les faits observés peuvent être expliqués par la modification de l’aspect. Selon lui, l’isolement et l’insularité ont joué un rôle majeur dans ce processus.

En juillet 1837, ce sont donc les premières assertions d’une réflexion qui va durer vingt ans. Mais il reste à Darwin à comprendre l’essentiel : comment les espèces s’adaptent-elles à l’environnement ? A partir d’un même ancêtre, comment la différenciation s’est-elle opérée ? C’est pourtant déjà en 1837, dans First Notebook on Transmutation of Species, qu’il  fait la première esquisse d’un petit arbre montrant son idée de l’évolution. Dessin célèbre, qui présente dans le coin gauche le fameux verbe : « I think ». C’est ce « buisson » qui deviendra le symbole de sa théorie.

En septembre 1837, il fait une pause dans ses recherches car il souffre de palpitations cardiaques. Soigné par sa cousine Emma Wegwood, il n’a cependant de cesse de revenir à ses recherches et se prend de passion pour l’étude des lombrics, dont il se demande s’ils sont sensibles aux vibrations musicales. Il en apportera la preuve en les plaçant sut les cordes d’un piano et montrera le rôle des vers de terre dans la nature, et notamment dans la formation des sols.

Son meilleur observatoire devient le jardin de l’agriculteur et il se met à interroger ceux qui ont une expérience pratique. Il se rend compte alors que l’homme sélectionne les variétés qui lui sont utiles.

Observant dans le même temps l’impressionnante variété des formes que proposent les pigeons, il se rend compte qu’elles sont dérivées à partir de la sélection de variations intéressantes. Mais qu’en est-il dans la nature ? Qui est l’éleveur dans la nature ? Si les éleveurs sélectionnent, pourquoi la Nature ne sélectionnerait-elle pas ?

A cette époque, il est de nouveau obligé de s’aliter à cause de troubles divers, sans doute les séquelles d’une piqûre de punaise en Amérique du Sud. A sa cousine Emma, qu’il souhaite épouser, il expose ses idées sur la transformation des espèces. Elle en est troublée et n’est pas loin de le considérer comme un hérétique. Il a alors l’impression d’avoir tout gâché !

A cette époque, Darwin fréquente le cercle Whig qui promeut les idées de Thomas Malthus (1766-1834). L’Essai sur le principe de population de ce dernier tend à démontrer que les populations ont tendance à croître plus rapidement que les ressources alimentaires, engendrant ainsi pauvreté et guerre. Il faut donc décourager les pauvres de se reproduire : c’est ce qu’on appelle le malthusianisme.

Cette théorie va servir de base à Darwin pour poursuivre ses recherches. Si les populations croissent de façon exponentielle, si les ressources augmentent de manière linéaire, il est avéré que certains mourront de faim. Les laisser mourir permet ainsi la régulation de l’espèce. Darwin adaptera donc cette théorie à l’évolution des espèces. Sachant que les éléphants peuvent vivre jusqu’à 150 ans, si un certain nombre ne mourrait pas, il y aurait un millier d’éléphants, beaucoup plus que la terre ne peut en supporter. Cette surpopulation aberrante n’ayant jamais été observée, il faut en conclure que s’opère une sélection naturelle.

La théorie de Darwin se précise : s’il existe des facteurs environnementaux essentiels, si certains membres de l’espèce ne se reproduisent pas, si des caractères avantageux sont transmis à la génération suivante, il faut donc parler de descendance plus aguerrie et non d’évolution. Le terme n’apparaîtra qu’en 1870 ; Darwin ne parlera jamais que de transformation des espèces.

Le 29 janvier 1839, Charles Darwin épouse sa cousine Emma Wegwood. Ils auront dix enfants dont deux mourront en bas âge. Il étudiera les comportements de son premier fils William Erasmus et en tirera même des analogies avec le comportement des singes, notamment à partir de réflexions déduites d’images observées dans le miroir. Il englobe désormais le genre humain dans ses spéculations initiales.

En 1842, Charles Darwin rédige une première ébauche de sa théorie, comportant 35 pages. Dans un groupe donné, les individus qui bénéficient de conditions favorables se multiplient davantage. Quant aux autres, ils disparaissent.

Supportant de moins en moins la vie à Londres, la famille Darwin part s’installer dans le Kent, dans le domaine de Down House, qui devient un lieu de rencontres et d’échanges intellectuels. En juillet 1847, il étoffe sa première « esquisse » dans un document de 230 pages. C’est à ce moment que paraît une publication anonyme, Vestiges de l’Histoire naturelle de la Création, qui suscite un grand intérêt en même temps qu’il soulève une vive polémique dans les milieux religieux.

Parallèlement, Darwin, aidé de ses propres enfants, entame une série d’expériences sur les semences, cherchant à savoir comment les plantes colonisent les îles situées loin de la terre ferme. Il se rend compte que les graines ne meurent pas, même après un séjour dans l’eau salée. Après cinq mois, même des grains de poivre résistent. Il comprend que les oiseaux sont les vecteurs de ces graines, qui peuvent voyager, collées à leurs plumes, ou dans leur estomac où elles résistent aux sucs gastriques. Les troncs emportés par les courants servent aussi à la colonisation des îles Galapagos, où l’on trouve des reptiles et non des batraciens.

Alors que Joseph Dalton Hooker le botaniste (1817-1911) réfute la théorie prônée par Darwin, paraît l’article d’un jeune naturaliste, venu de Malaisie, du nom de Alfred Russel Wallace. Travaillant depuis vingt ans à une théorie identique à celle de Darwin, il tend à prouver la tendance des variétés à s’écarter du type originel. Nous sommes en mars 1858 et les deux tiers de l’ouvrage de Darwin sont terminés. En dépit de l’aggravation de son état de fatigue et de la mort de son dernier-né trisomique, Darwin se sent pris de vitesse par ce jeune aventurier qui risque de lui voler la paternité de sa théorie et à qui il a écrit : « Je vais beaucoup plus loin que vous. »

En novembre 1858, il fait alors une publication commune avec Joseph Hooker devant la Société linéenne.  Cela ne suscite guère de réactions ; on leur rétorque que tout ce que contient ce travail est faux et que tout ce qui y est vrai est déjà connu.

Le 24 novembre 1859, sort en librairie Sur l’Origine des Espèces au moyen de la sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie. 1250 exemplaires sont vendus en une journée. La théorie de Charles Darwin y est exposée dans l’introduction : « Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s’ensuit que tout être, s’il varie, même légèrement, d’une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et parfois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d’une façon naturelle. En raison du principe dominant de l’hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée. »

Trois grands principes régissent donc sa théorie : le principe de variation, qui explique que les individus diffèrent les uns des autres ; le principe d’adaptation (les individus les plus adaptés au milieu survivent et se reproduisent davantage) ; le principe d’hérédité, enfin, qui pose que les caractéristiques avantageuses dans une espèce doivent être héréditaires.

L’ouvrage, tout en suscitant un grand intérêt, fait scandale. L’argument essentiel, « La sélection naturelle a joué le rôle principal dans l’évolution des espèces », s’oppose notamment aux créationnistes, qui ne se font pas faute de caricaturer le savant sous la forme d’un singe barbu. Ils n’acceptent pas ce « coup de boutoir » qui jette l’Homme à bas de son piédestal. Copernic, Kepler et Galilée avaient apporté la première grande désillusion en prouvant que le monde n’est pas géocentré mais héliocentré. Et voilà qu’un barbu arrive et dit que l’Homme n’est pas non plus au centre de la création, que le Moi n’est pas au centre de Soi-même !Caricature-darwin.jpg

Le diagramme de Darwin, un des schémas les plus commentés de la biologie,  montre que les formes produisent des variations. La primauté accordée au hasard choque  ceux qui croient à une Providence divine et constructrice. Comment accepter que le monde ne soit que contingence, accident, et qu’il pourrait être autre qu’il n’est ? Comment concevoir que certains se reproduisent et pas d’autres ? Comment imaginer une Nature amorale et que l’homme serait le seul être conscient dans une Histoire qui ne l’est pas ?

Le fameux débat public d’Oxford apporte la controverse à la théorie de Darwin (l’espèce humaine fait partie intégrante de la longue lignée animale) sur le devant de la scène. John William Draper et Joseph Hooker se prononcent en faveur de Darwin et du progrès social. L’évêque d’Oxford, Samuel Wilberforce et Thomas Huxley se montrent virulents et se gaussent de Darwin. Huxley reste cependant célèbre par sa défense de la théorie de l’évolution. A Wilberforce qui lui demande  s’il descend du singe par son grand-père ou sa grand-mère, il rétorque qu’il préférerait « descendre d’un singe plutôt que d’un homme instruit qui utiliserait sa culture et son éloquence au service du préjugé et du mensonge. »

Toujours est-il que la théorie darwinienne apparaît à beaucoup comme le meurtre de la métaphysique.

En 1871, Darwin publie La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe. Dans ce dernier volume, le savant propose sa conception de la sélection sexuelle pour expliquer l’évolution de la culture humaine, les différences entre les sexes chez l’homme et la différenciation  des races humaines, aussi bien que la beauté du plumage chez les oiseaux. S’interrogeant sur le handicap que représente l’énorme queue du paon, il prouve qu’elle est nécessaire à la sélection sexuelle car, si on coupe la queue à un paon, la femelle n’en veut plus. Ainsi les chants, les parures, les armures des animaux leur servent bien à se reproduire plus facilement. Cette sélection liée au sexe fait ainsi partie intégrante du processus darwinien.

Quant à son dernier ouvrage, La Capacité des plantes à se mouvoir, qui porte sur les vers de terre, Darwin y explique que depuis la dernière glaciation, ce sont eux qui, en provoquant des variations minimes des sols sur de longues durées, ont participé à la constitution de l’humus, favorisant à terme la naissance de l’agriculture.

Persuadé que les espèces ne sont pas immuables, Darwin a toujours cru en la justesse de ses intuitions. Bien qu’il ait dit un jour qu’en proposant sa théorie il avait l’impression de commettre un meurtre, il savait que l’avenir viendrait vérifier ses découvertes.

En effet, au début du XX° siècle, la découverte des lois de Mendel et de la génétique, puis en 1959, la découverte de l’ADN et du codage génétique viendront compléter les réflexions de Darwin et sa théorie s’imposera définitivement dans le monde scientifique. Au XXI° siècle, elle constitue la base de la théorie moderne de l’évolution.

L’héritage de celui qui a bousculé notre vision du monde et notre rapport au cosmos et à Dieu est donc immense. Lors de ses funérailles officielles à Westminster, nombreux furent ceux qui eurent conscience de mettre en terre « le Newton de la biologie ».

 Vendredi 18 décembre 2009

le-buisson-darwin.jpg

                                                                                  " I think " ou le buisson de Darwin.

Partager cet article

Repost 0
Published by Catheau - dans Télévision
commenter cet article

commentaires

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 19/12/2010 14:39


Bonjour,


Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page:BEAGLE DE DARWIN !

LE THÉORÈME DU BEAGLE, C'EST QUOI ?

Cordialement

Clovis Simard


domsaum 21/12/2009 18:38


passionnant!


Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche