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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 16:56

  lIVRE ET VIN 6

  Etablissements Bouvet-Ladubay, Le hall d'été (Auteurs et vignerons)

 

Dimanche 1er mai 2011, 130 écrivains étaient rassemblés en Saumurois, à Saint-Hilaire-Saint-Florent, dans les locaux de Bouvet-Ladubay, pour la 16 ème édition des Journées Nationales du Livre et du Vin. Un rendez-vous des plus éclectiques, qui fait se côtoyer amoureux des livres et amateurs de vin.

On pouvait y rencontrer des romanciers, des poètes, des philosophes, des politiques, des critiques, des cinéastes, des comédiens. Il y avait les habitués comme Irène Frain, Macha Méril, Nadine Satiat, Régine Desforges, Jean-Pierre Mocky, Claude Brasseur ou Denis Tillinac. Bernard Weber  rivalisait dans les dédicaces avec les frères Bogdanov ou Christophe Lambert pour son premier roman. La philosophie était présente avec Raphaël Enthoven et Malek Chebel, la télévision et la radio avec Alain Duault, Philippe Lefait, Jean-Yves Clément et Claude Villers. Françoise Chandernagor y présentait Les enfants d’Alexandrie (Grand Prix Palatine du Roman historique 2011). Jean-Louis Debré (Il paraît que Fontevraud était le nom de résistant de son père) était venu présenter en avant-première son livre à venir, illustré par Philippe Lorin, sur les 23 présidents de la République française. Le grand écrivain américain, Jim Fergus, auteur du succès  Mille femmes blanches, s’était lui aussi déplacé sur les bords du Thouet pour promouvoir son dernier opus, Marie Blanche. Les écrivains du cru étaient représentés par le poète Yves Leclair, l’historien Jacques Sigot, Nicolas Jolivot, Gino Blandin.

Placés sous le signe de l’ivresse fantastique, les jurés de l’édition 2011 ont décerné les prix suivants : le prix Jean-Claude Brialy, Esprit Bacchus à Charles Dantzig (Pourquoi lire ?) ; le Prix du Conseil général de Maine-et-Loire à Françoise Cruz (Eaux lentes sur Venise) ; le Prix Jean Carmet des vignerons de Bourgueil à Jean-Pierre Gauffre (Petit dictionnaire absurde et impertinent de la vigne et du vin) ; le Prix Epicure à Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoît  (Des fourchettes dans les étoiles, Brève histoire de la gastronomie) ; le Prix Infiniti à Ollivier Pourriol (Eloge du mauvais geste) ; le Prix Calude-Chabrol à Christophe Lambert (La fille porte-bonheur), avec mention spéciale à Olivia Elkaïm pour Les oiseaux noirs de Massada ; le Prix Omar Khayyam à Zéno Bianu (Le désespoir n’existe pas).

On pouvait déambuler d’un endroit à l’autre, au sein de chez Bouvet-Ladubay. Les cafés littéraires et l’exposition Chabrol, Merci Monsieur Chabrol, avaient lieu dans le très bel espace avec verrière début du siècle, qui est devenu Centre d’art contemporain. Les interludes musicaux, dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Liszt, avec Louis Lancien au piano, ainsi que  certaines tables rondes, se tenaient dans le ravissant petit théâtre XIX° siècle, créé par les fondateurs de la maison de vins.

 

Livre et vin

Igor Bogdanov (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Dans la première salle de signatures déjà chauffée à blanc, je renoue bien vite avec mes vieux souvenirs de Temps X, quand mes fils s’enthousiasmaient pour les jumeaux en combinaison d’astronaute. Grischka et Igor Bogdanov s’y prêtent en effet avec bonne grâce aux photos et aux dédicaces. Puis, je rencontre Françoise Chandernagor, installée quasiment en face d’eux, et vue récemment à La Grande Librairie pour Les enfants d’Alexandrie. Dans ce récit, elle fait revivre un des trois enfants d’Antoine et Cléopâtre, Séléné, « petite reine oubliée par la « grande Histoire » », ainsi qu’elle le mentionne dans la dédicace qu’elle m’a écrite. L’occasion pour l’écrivain de me dire qu’elle considère François Busnel, comme le digne représentant de Bernard Pivot. De préciser aussi que certains écrivains, auteurs de « romans historiques », prennent des libertés coupables avec la vérité, quand ils ne « s’inspirent » pas très largement de textes déjà publiés…

 

LIVRE ET VIN 4

Françoise Chandernagor (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Le temps de dévaler un escalier parmi la verdure jusqu’au niveau inférieur et je retrouve Yves Leclair, mon ancien collègue de lycée, venu avec son dernier opus, Orient intime, que suivra bientôt sa traduction-adaptation de Jaufré Rudel, Chansons pour un amour lointain, aux éditions Fédérop. Une belle occasion pour redécouvrir les mots du troubadour de Blaye à travers la voix d’un poète contemporain. Après le roman de Françoise Chandernagor, je continue à remplir mon cabas avec un ouvrage du poète angevin que je ne possédais pas, un petit exemplaire numéroté de la Suite du voyageur sans titre. J’y ai retrouvé ce regard aigu et tendre sur l’instant précieux qui ne reviendra plus, cette qualité d’émerveillement sur les humbles qui n’appartient qu’à lui et dont témoigne ce poème, intitulé « Arabesque » :

 

tombant sur la fête foraine

j’entre dans la cour des miracles

elle aurait bien pu être reine

d’Egypte la fille qui racle

la crêpe parmi la friture

les chichis la barbe à papa

dans son collant tout blanc si pur

avec perles et falbalas

- tombée du paradis d’Allah

 

Je poursuis mon tour des tables et m’arrête auprès d’Alain Duault, qui est présent avec ses biographies de Schumann et de Chopin chez Actes Sud. C’est pourtant avec le troisième tome de sa trilogie que je repartirai, Ce qui reste après l’oubli, Une hache pour la mer gelée, III (Gallimard). A travers des textes disposés en carrés réguliers, par le biais d’un prose poétique et musicale, le poète musicologue se propose de répondre à Kafka, qui invite à briser cette « mer gelée qui est en nous ». Les « Entrées » de la table des matières sont de belles promesses qui m’incitent à lever le voile sur « la part de l’inquiétude », « cet obscur comme une étreinte », où je pourrai rêver « à la beauté violente ». Et je sais déjà que j’aimerai cette langue ardente et violente. Nous parlons un peu d’opéra ; je lui dis que je me constitue ma culture opératique en assistant aux retransmissions du Met, que j’ai aimé les scènes de chœur conçues par Eric Génovèse dans Anna Bolena de Donizetti, retransmis sur Arte. Il me fait remarquer que le défaut majeur des mises en scènes actuelles, c’est cette demi obscurité, qu’il regrette. Lui qui fut comme moi professeur de Lettres dans une autre vie m’écrit une dédicace pour ces poèmes « tissés à [ses] passions dont la musique n’est pas la moindre ».

 

lIVRE ET VIN 5

Raphaël Enthoven (Photo ex-libris.over-blog.com)

 

C’est avec Raphaël Enthoven que j’achèverai ma balade parmi les livres. A propos de son émission du dimanche sur Arte, Philosophie, dans laquelle il pratique la déambulation (« Les bonnes idées viennent en marchant » écrivait Nietzsche), je lui dis que je la trouve très pédagogique. Il me répond que c’est une gageure pour lui de rendre simple et accessible un domaine de pensée aussi complexe. J’évoque aussi le petit groupe de philosophie que nous avons créé à quatre amies, ce qui me vaudra une autre dédicace sur mon « bel enthousiasme philosophique qui réchauffe le cœur de ses intercesseurs ». Mon cabas est désormais plein puisqu’il vient encore d’accueillir L’endroit du décor et Le philosophe de service et autres textes. Il me faut être raisonnable !

 

livre et vin 2

  Table ronde : L'ivresse fantastique dans la littérature

(Photo ex-libris.over-blog.com)

 

Sous la belle verrière du Centre d’Art contemporain, j’assisterai encore à une dernière table ronde sur L’ivresse fantastique dans la littérature avec Bernard Werber, Henri Loevenbrück, Catherine Dufour et Laurent Genefort, et animée par Philippe Lefait (Petit lexique intranquille de la télévision). Attention, parfois, quand on écrit des choses qui paraissent invraisemblables, elles surviennent, met en garde Bernard Werber.

Et je clôturerai cet après-midi parmi les livres avec la très riche exposition Chabrol, consacrée à la carrière de cet entomologiste aigu de notre société. Explorant toutes les facettes du grand metteur en scène, cette rétrospective très complète nous a présenté les nombreuse sources littéraires de ses films, sa prédilection pour les fous et les folles, les personnages hors-normes. Elle a particulièrement mis en valeur ses actrices fétiches, de Bernadette Laffont à Isabelle Huppert en passant par Stéphane Audran. Elle nous a dit encore son amour de la famille, totalement intégrée à la fabrication de ses films. Elle nous a rappelé enfin le caractère bon vivant, amateur de bonne chère et de bon vin, de celui qui avait acheté une maison sur les bords de la Loire.

 

Livre et vin 3

  Isabelle Huppert et Claude Chabrol (Photo de l'exposition)

 

En ce beau dimanche 1er mai, il fallait choisir entre boire ou lire. Et, malgré le verre de vin offert à l’entrée, j’avais définitivement choisi de lire !

 

                       

 

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Published by Catheau - dans Rencontres
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commentaires

Anne Le Sonneur 22/05/2011 12:26


Pour Yves Leclair, très certainement. Euh, je n'enfermais pas "l'esprit" dans la chapelle... elles étaient plutôt comme des petits ilôts... Promis, la prochaine fois je choisirai mieux mes
images... Très beau week-end, Catheau. Bien amicalement. Anne


Catheau 23/05/2011 08:38



Loin de moi l'idée que vous n'ayez pas bien choisi vos mots ! J'ai simplement rebondi sur le terme de "chapelle" ! Très amicalement.



Lenaïg Boudig 21/05/2011 23:41


Merci beaucoup, Catheau, pour ce compte-rendu bien intéressant, comme si on y était. Amitié.


Catheau 22/05/2011 09:51



Merci, Lénaïg. Quelques effluves de vin et de papier neuf !



Dominique 21/05/2011 18:21


Terrible je repars d'ici avec une petite liste d'idées de lectures, Enthoven j'aime modérément ses livres mais c'est un excellent animateur et je podcast fidèlement ses chemins de la
connaissance
Françoise Chandernagor est un écrivain attachant, et j'apprends avec bonheur que Yves Leclair est au travail je me ferai un plaisir de guetter l'édition de ce livre
merci pour cette balade et je trinque avec vous avec plaisir


Catheau 22/05/2011 09:47



Merci, Dominique, de votre passage. Le dernier livre d'Yves Leclair vient de sortir. Tchin !



Anne Le Sonneur 21/05/2011 15:09


Comme un pèlerinage de mots, une marche de chapelle en chapelle et cette halte auprès de votre ami poète. Merci pour ce beau partage, Catheau


Catheau 22/05/2011 09:42



A Saint-Guénolé, d'autres chapelles encore à faire découvrir... Mais, ici, chez Yves, aucun esprit de chapelle, je le crois. Amitiés.



Alice 21/05/2011 09:37


Des rencontres attachantes et chaleureuses dans cette fête du livre et du vin à Saumur. Merci de cette promenade parmi les tables d'écrivains qui font revivre la Journée. Amitiés


Catheau 22/05/2011 09:30



Merci, Alice. J'ai trouvé que, cette année, cette journée était particulièrement conviviale. A bientôt.



Christiane Art 20/05/2011 22:19


Article bien fait et trés complet , merci Catherine . Je vais quitter "Blogzoom" mais pas maintenant car trops de problémes sur ce blog . Bon week end à toi ,


Catheau 22/05/2011 09:26



Merci, Christiane, de ta visite du soir. A bientôt sur ton blog.



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