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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 11:16

 

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Vendredi 23 octobre, la 5 diffusait un beau portrait du journaliste et écrivain Philippe Labro, dans la série Empreintes. Du « petit garçon » à celui qui « tombe sept fois et se relève huit », en passant par « l’étudiant étranger », cette émission a été l’occasion de suivre « la traversée » d’un homme passionné qui reconnaît avec humilité ses faiblesses.

Le téléspectateur est retourné avec lui dans la maison à l’architecture basque de son enfance, située près de Montauban. C’est là qu’il a évoqué son père, qui hébergeait des juifs pendant la guerre, alors même que la maison familiale était réquisitionnée par la Kommandantur. Sans nul doute, déjà, une grande leçon de courage pour ce fils, dont le père a son nom inscrit sur le monument aux Justes de Yad Vashem.

Nous l’avons suivi ensuite dans ses débuts littéraires encouragés par Pierre Macaigne, quand il faisait des reportages dans Paris et des piges pour Le Figaro littéraire. Puis on l’a retrouvé sur les pas de sa jeunesse enthousiaste, découvrant les Etats-Unis en 1954, à l’université de Lexington en Virginie. Il se remémore ce que disait le père de d’Artagnan à son fils dans Les Trois Mousquetaires : « Ne manquez pas les occasions et recherchez les aventures. » Ce sera le début de l’âge adulte pour le Frenchie, que l’on surnomme Lucky Pierre et qui « apprend pour ensuite se déployer ».

C’est en Amérique qu’il dit avoir appris son métier et il se souvient avec émotion du « Forest service », accompli à Norwood dans le Colorado. Aux côtés des ouvriers forestiers temporaires, il met en pratique les mots du poète Thoreau : « Comment attraper le plus de vies possibles. » Il cherche à « voir, écouter, apprendre, comprendre, pour durer, pour écrire, ni trop avant ni trop longtemps après », ainsi que le conseillait Hemingway, un de ses maîtres.

De retour en France, sa rencontre avec le grand Pierre Lazareff lui permet d’entrer à France-Soir. Il écrit Un Américain peu tranquille en 1960, tout en étant aussi reporter à Europe 1.

Sa mobilisation en Algérie, qu’il avait longtemps reportée, laisse en lui une empreinte durable et douloureuse, avec Des feux mal éteints, publié en 1967. Il souffre de ce « grand non-dit » pour la génération des Max : « Nos vingt ans, nos vingt ans sont restés là ! » Il en fera un film, Salut les Max

Après, c’est la grande aventure de Cinq colonnes à la une, à laquelle il collabore activement et de nombreux voyages aux Etats-Unis. A la faveur de l’un d’entre eux, il couvre l’assassinat de Kennedy. Pour celui que l’on surnomme l’Américain, ce pays devient vraiment « le laboratoire de la modernité ».

A la tête de RTL pendant quinze ans, il se fait aussi parolier de chansons : Jésus-Christ est un hippie, pour Jonnhy ; Baby song, pour Gainsbourg. Son éclectisme et sa curiosité l’amènent au cinéma. Il réalise Tout peut arriver, donnant ainsi son premier rôle à Fabrice Lucchini. Il noue une relation intime et privilégiée avec le réalisateur Jean-Pierre Melville qui le conseille pour Sans mobile apparent. Entre les deux hommes, c’est le relais du cinéma qui se transmet et d’autres films suivront : L’Héritier, L’Alpagueur, Rive droite, rive gauche.

Tout semble lui réussir mais tout bascule au début des années 90. Il traverse « une nuit du corps et de l’âme ». En 1994, il est victime d’une paralysie totale des poumons et on le met dans un coma artificiel. Sorti de sa léthargie, il retrouve l’envie de vivre quand sa femme lui met entre les mains un carnet de moleskine noir et il se remet à écrire. Il se métamorphose en quelqu’un de « plus averti, plus ouvert à tout et aux autres ».

A la fin de cette décennie noire, il éprouve de nouveau la perte du désir, le refus de soi-même, le doute. L’amour de son entourage familial, la main que lui tend Vincent Bolloré, l’aident à se relever et c’est ainsi  qu’en 2003, il écrit Tomber sept fois, se relever huit. De belles rencontres suivront sur France 3 où il crée une nouvelle émission : celle de Nagui, et du violoniste Renaud Capuçon.

A la fin de l'émission, Philippe Labro reconnaît que cela ne l’intéresse plus d’être seul. Désormais, il a envie de « forer en eau profonde », de vivre avec ses enfants, en un mot de « boire au lait de la tendresse humaine » selon la belle formule de François Mauriac.

 

 

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Published by Catheau - dans Télévision
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commentaires

Monelle 03/10/2011 16:04


Je n'ai pas vu l'émision et le regrette car j'aime beaucoup cet écrivain et l'homme qu'il est !
Monelle


Catheau 04/10/2011 15:50



Le parcours intéressant d'un homme qui va désormais à l'essentiel. Amicalement.



Dan 03/10/2011 09:08


Un beau personnage. Irritant par tant d'assurance, agaçant par tant de talent. Bises Dan


Catheau 03/10/2011 11:33



Un soupçon de jalousie masculine ? Ce ne serait donc pas le propre des femmes ? Amicalement.



Alice 01/10/2011 15:30


Une biographie révélatrice des ressources profondes de l'être humain, même abattu par la maladie, l'homme retrouve goût à la vie et reprend espoir vers un autre sens de la vie. Chacun ignore ses
ressources-là qui se dévoilent dans le changement du cours d'une vie.


Catheau 02/10/2011 09:42



J'ai aimé la manière toute simple dont Labro nous a dit tout cela. Amitiés.



Veronica 01/10/2011 13:01


si belle la formule de Mauriac oui ... en avons tant besoin ...


Catheau 02/10/2011 09:40



Ils sont tellement nombreux ceux qui n'en sont pas désaltéré. Merci, Veronica.



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