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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 08:43

 

 Mar-Adentro-2.jpg

 

 

 

Il y a quelque temps, j'ai vu à la télévision Mar Adentro du réalisateur espagnol, Alejandro Amenabar. C'est l'histoire vraie de Ramon Sampedro, resté tétraplégique après un plongeon dans la mer. Demeuré plus de vingt-cinq ans immobile, soutenu par la présence constante et affectueuse de sa famille, il souhaita mourir. L'Etat lui ayant refusé cette liberté, il réalisa cependant son désir avec l'aide de onze de ses amis.

Selon moi, ce film ne se veut pas un plaidoyer pour l'euthanasie, tant il est animé par toutes les forces de la Vie : celle du courage et du libre-arbitre de Ramon Sampedro lui-même, celle de sa famille opposée à son choix, celle de ses amis à l'amitié sans faille, celle du rêve qui l'a aidé à vivre.

Pour preuve, ce poème intitulé « Mar adentro »,  écrit par Ramon Sampedro, et dont la traduction littérale en français est malaisée : peut-être "Au loin, au plus profond" ou encore « Mer intérieure » ou « Grand large »…


Au loin, au plus profond
et dans l'apesanteur du fond
où se réalisent les rêves,
s'unissent deux volontés
pour accomplir un désir. 

Un baiser embrase la vie,
en un éclair, un coup de tonnerre,
et par une métamorphose,
mon corps n'est déjà plus mon corps ;
c'est comme pénétrer au centre de l'univers. 

L'étreinte la plus puérile,
et le plus pur des baisers,
jusqu'à nous voir réduits
en un unique désir. 

Ton regard et mon regard
comme un écho qui se répète, sans aucune parole :
encore plus loin, au plus profond
jusqu'à l'au-delà absolu
par le sang et par les os. 

Mais toujours je me réveille
et toujours, je veux être mort
pour continuer avec ma bouche
emmêlée dans tes cheveux.

 

 


 

 

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Published by Catheau - dans Dits de poètes
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commentaires

Suzâme 03/06/2012 10:35

Bonjour Catheau,

Je garde un souvenir constant de ce film sur lequel j'ai pensé m'exprimer. J'ai découpé une critique pour fixer mon désir. Mais je ne suis pas très à l'aise avec cette écriture-là. Et je suis si
heureuse de vous retrouver sur cette histoire vraie jouée magistralement par Javier Bardem. J'ai écouté l'âme de Ramon survivant trop longtemps selon lui à son épreuve et espérant sa mort, la
demandant comme un acte d'amour ultime. J'ai été troublée par cet homme allité, invalide mais non diminué, passionnée par ses dialogues mouvementés avec l'évêque qui ne comprenait pas qu'on veuille
mourir à ce point, avec obstination et puis attendrie sur mon canapé en suivant Rosa, la jeune qui l'aimait mais aussi cette intrigante journaliste Julia qui avait choisi pour ses entretiens, en
sachant qu'elle était elle aussi "condamnée" par une maladie... Ce commentaire du dimanche ne devait pas être si long. Votre article et ce poème traduit que je recherchais vainement, m'ont fait
succomber... Bon dimanche ! Suzâme

Catheau 04/06/2012 07:42



Merci, Suzâme, pour ce long commentaire. Ce film pose des questions essentielles auxquelles chacun tente de répondre selon ses convictions. Bon début de semaine.



valdy 30/05/2012 18:29

Ce poème est véritablement sublime et la dernière strophe bouleversante,
La question éthique que soulève ce film ne peut être abordée par un commentaire, aussi, je resterai sur l'impression que m'aura laissé ce poème profond.
Merci Catheau, pour ce témoignage,
Valdy

Catheau 01/06/2012 09:40



C'est pour cela que je n'ai pas développé l'analyse du film et me suis contentée d'en proposer seulement ce poème, tellement évocateur. Très amicalement.



Jeanne Fadosi 28/05/2012 19:31

C'est un très beau film et je partage ce point de vue. Chacun, dans ces circonstances, devrait avoir le choix, mais aussi celui de vivre vraiment alors. C'est une question vraiment difficile.

Catheau 29/05/2012 08:50



Une question hautement complexe, que ce film me semble traiter sans aucun manichéisme. C'est, me semble-t-il, ce qui fait sa force et sa justesse. Amitiés à vous.



Carole 28/05/2012 19:02

C'est un très beau poème et je te remercie de nous l'avoir traduit. Il est frappant, en effet, de constater à quel point ce désir de mort est aussi un désir de vie.

Catheau 29/05/2012 08:42



Je n'ai pas traduit moi-même ce poème : je l'ai trouvé sur le site de Allo-Ciné. Dans ce texte (et dans le film), comme vous le dites, ce qui m'a frappée, c'est bien cette alliance entre
vie, mort et amour. Et la surprise, c'est bien cette formidable leçon de vie.



duriez 28/05/2012 14:38

Une très belle histoire mais triste , merci Cathy et te souhaite une bonne fin de journée qui est ensoleillée chez nous ! . Je vous embrasse ,

Catheau 29/05/2012 08:33



Une leçon de vie et de courage. A bientôt au téléphone.



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