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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 13:48

 

michèle Anne-De-Mey neige

 

 

Alors que l’été tarde à arriver, vendredi 18 juin 2010, Le Bateau feu à Dunkerque nous immergeait de nouveau dans l’hiver. Le ballet de Charleroi/Danses présentait la chorégraphie de Michèle-Anne de Mey intitulé Neige, sur des musiques de Beethoven (7ème Symphonie, II mouvement/ Allegretto), Robert Schumann (Beethoven Etudes) et Jonathan Harvey (Mortous Plango).

Depuis le 1er juillet 2005, la chorégraphe belge est la principale directrice artistique de Charleroi/Danses. Celle qui a fait partie de l’école de Maurice Béjart, Mudra, de 1976 à 1979, et a participé à plusieurs créations d’Anne Teresa De Keersmaecker, explique ainsi son œuvre, « pendant lunaire » de sa Sinfonia Eroica (1990). Ce ballet est né de plusieurs désirs ou fantasmes : il s’est agi pour elle de travailler sur une création météorologique, en l’occurrence la neige, et de trouver des mouvements traduisant les tempêtes de neige. Sa rencontre avec la décoratrice Sylvie Olive et l’éclairagiste Nicolas Olivier a été ainsi déterminante : « Nous nous sommes mis à rêver de la façon dont on parviendrait à faire se déchaîner des éléments naturels dans le cadre clos et artificiel de la scène. » 

 

Michèle Anne de Mey

Michèle Anne de Mey

 

Il faut reconnaître que le dispositif scénique est impressionnant. Derrière le quatrième mur du théâtre matérialisé par une fine cloison transparente en plexiglas, le spectacle s’ouvre sur une fumée qui envahit la scène. Le deuxième tableau, par le biais d’un jeu de projection ingénieux, fait naître les personnages sous la forme d’ombres évoluant sur des flots concentriques, préludes au ballet qui va se dérouler sous une neige tombant de manière ininterrompue et qui ira jusqu’à ensevelir les danseurs. Une prouesse technique qui fait se déverser chaque soir sur les danseurs 500 kgs de papier de soie ! Nicolas Olivier souligne la difficulté du travail sur la lumière afin de donner aux corps le maximum de contrastes.

Au sein de cette neige enveloppante, incessante, aveuglante, trois femmes (Michèle Anne de Mey, Gala Moody, Kyung Hee Woo) et quatre hommes (Grégory Grosjean, François Brice, Leif Federico Firnhaber, Adrien le Quinquis), vêtus de noir, blanc et gris, évoluent sur le fin tapis blanc dans la semi-obscurité ou les trouées de lumière. Une mention spéciale pour Kyung Hee Woo au corps souple et musclé, au visage de sphinx, et à Gala Moody, au corps blanc des femmes de Leonor Fini.

 

Neige

 

Nés dans l’immobilité puis la lenteur, leurs mouvements prennent forme sur un fond musical lancinant et obsédant, la 7ème Symphonie de Beethoven étant déclinée à l’envi (pour quatuor à cordes, un piano, deux pianos etc) au fil des tableaux de la chorégraphie. « Plus qu’un conte, c’est une invitation au voyage car il n’y a pas vraiment d’histoire, de trame narrative », précise Michèle Anne de Mey.

Les corps se prennent et se déprennent, s’aiment et se désaiment, s’attirent et se repoussent, en double ou renvoyés à leur solitude. Sous une neige qui tombe à l’infini, se déploie une chorégraphie lente, démultipliée comme dans un cauchemar qui ne veut pas finir. La neige est doux manteau mais elle est aussi piège. C’est la Nature et la Mort qui auront le dernier mot, alors même que l’on songe par instants aux vers d’Apollinaire :
 « Ah ! tombe la neige

Tombe et que n’ai-je

Ma bien-aimée entre mes bras »

On peut entrer dans la fascination de ce spectacle à l’onirisme inquiétant ou  demeurer complètement étranger à cette mise en scène d'une lente blancheur. On regrettera cependant que le dispositif scénique ait ici pris le pas sur la matière même du spectacle, à savoir la danse.

 

 

neige 3

 

 

 

 

Mardi 22 juin 2010

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Published by Catheau - dans Danse
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commentaires

Catheau 23/07/2010 21:18


Merci d'avoir lu cet article. J'ai subi une sorte d'envoûtement à l'occasion de ce spectacle ; c'est ainsi qu'il me semble que mon attention a parfois été détournée des mouvements chorégraphiques.


anacla 09/07/2010 19:14


Je rebondis sur la fin de votre article car nous avons vu la même représentation de Neige à Dunkerque... Personnellement je ne trouve pas du tout que la danse soit absente du spectacle, mais tout
dépend de ce qu'on entend par danse... danse contemporaine notamment... Si tout geste peut devenir mouvement chorégraphique -j'ai tendance à le penser- alors la chorégraphie de Michele Anne De Mey
est de la danse, vraiment. J'ai été très touchée par la fragilité de ces mouvements, l'hésitation, l'immensémment petit qui fait toute la force de la condition humaine prise dans la tempête ou pas.
Je vous remercie de votre attention. Cordialement


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