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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:01

OTHELLO.jpg

Cornelia Dörr et Franck Edmond Yaho, dans Othello, who's that 

 

Dimanche 13 janvier 2013, nous avons assisté au spectacle Othello, who's that (Othello, c'est qui), joué dans la programmation du Sydney Festival. L'endroit est un lieu très branché de Sydney, une ancienne usine réamenagée, Carriageworks in Everleigh. On y trouve différentes salles de spectacle, des lieux d'exposition, un grand hall qui fait office de foyer où tout le monde se retrouve.

La pièce se présente comme une réflexion sur Othello ou le Maure de Venise et sur la manière de jouer ce personnage de nos jours, à travers la danse et le mouvement. Ce sont Monica Gintersdorfer, la directrice de la compagnie, et Klassen le scénographe, qui ont conçu ce spectacle, récompensé en 2009 au Theater Festival Impulse.

Deux comédiens se donnent la replique, l'un étant noir (il pourrait d'ailleurs être arabe, le sens du terme "Maure" le permettant), l'autre blanche. Le premier est Franck Edmond Yaho, comédien et danseur, originaire de Côte d'Ivoire. Il a été choisi pour jouer le rôle. Cornelia Dörr quant à elle est allemande et elle est là pour l'aider à trouver sa propre interprétation d'Othello. Existerait-il autre chose derrière l'archétype de l'homme jaloux et celui de la femme innocente ?

Yaho s'étonnera d'abord que l'on joue encore la pièce de Shakespeare de la même manière qu'il y a plus de quatre cents ans et que le texte soit demeuré inchangé. Il se demandera aussi pourquoi les Africains ignorent tout de ce personnage, joué essentiellement par les Occidentaux.

Après un rappel de la comédienne sur ses débuts au theâtre, l'acteur africain entre dans le vif du sujet avec une évocation du célèbre mouchoir, à l'origine de la mort de Desdémone. On se rappelle que cet objet du délit fut subtilisé par Camilia, suivante de Desdémone et femme de Iago, dans l'intention de faire naître la jalousie dans le coeur d'Othello. En effet, le mouchoir se retrouvera entre les mains de Cassio, accusé par Iago d'être l'amant de Desdémone.

L'essentiel de la pièce tourne autour des caractères propres aux Occidentaux et aux Noirs. Ainsi, le comédien noir rit de la façon dont dansent les Occidentaux. C'est pour lui l'occasion de caricaturer la manière dont danse Cornelia et de faire une époustouflante démonstration de son savoir-faire en ce domaine. (Yaho est un danseur renommé qui a recu de nombreuses récompenses en France). A ce propos, la comédienne insiste sur l'aspect fortement sexualisé de cette danse, ce que nie farouchement le comédien.

Puis Yaho en vient a la manière d'interpréter la jalousie, selon que l'on est un Noir ou un Occidental. Il insiste sur le sens du respect de la famille, sur le fait que le déshonneur rejaillisse sur celle-ci et que c'est insupportable. A la comédienne qui s'étonne que l'on puisse aller jusqu'à tuer pour être fidèle à l'honneur, il répond par une exaspération grandissante, qui dut être celle d'Othello quand il tua Desdemone, à l'acmé de la violence.

C'est ainsi que s'achève cette pièce à deux personnages, à la mise en scène sobre mais subtilement intelligente, qui montre bien que le jeu du comédien passe par le corps. Cette confrontation théâtrale de deux civilisations débouche sur une réflexion particulièrement aiguë sur les thèmes du colonialisme, de l'immigration, de la religion, de la politique. Elle apparaît comme une exploration très libre des frontières et des clichés culturels.

Cependant, il me semble que l'on aurait pu aller beaucoup plus loin dans l'approche psychologique de ce personnage shakespearien emblématique et que la question "Othello, c'est qui ?" demeure ouverte. La négritude n'explique pas tout.

Je voudrais mentionner que la compréhension du texte s'est trouvée grandement facilitée grâce au fait que Yaho s'exprime en francais, ses propos étant traduits en anglais par la comédienne allemande, qui utilise aussi parfois sa propre langue.

Certes, il faisait extrêmement chaud dans cette petite salle et l'on s'y éventait avec son programme. Cependant l'humour de certains passages en a fait rire plus d'un et je me suis dit que le public australien, en dignes sujets de Sa Gracieuse Majesté, est toujours fidèle à Shakespeare.

 

Sources :

Le livret d'information du Sydney Festival 2013 (05 -27 janvier), p. 41


 othello-2.jpg

 

 


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commentaires

flipperine 01/02/2013 11:42

tjs intéressant de voir un spectacle

Catheau 08/02/2013 23:31


C'était ici la manière d'aborder le thème Qui m'a intéressée. Amitiés.


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