Il y a quelque temps, j'ai vu à la télévision Mar Adentro du réalisateur espagnol, Alejandro Amenabar. C'est l'histoire vraie de Ramon Sampedro, resté tétraplégique après un plongeon dans la mer. Demeuré plus de vingt-cinq ans immobile, soutenu par la présence constante et affectueuse de sa famille, il souhaita mourir. L'Etat lui ayant refusé cette liberté, il réalisa cependant son désir avec l'aide de onze de ses amis.
Selon moi, ce film ne se veut pas un plaidoyer pour l'euthanasie, tant il est animé par toutes les forces de la Vie : celle du courage et du libre-arbitre de Ramon Sampedro lui-même, celle de sa famille opposée à son choix, celle de ses amis à l'amitié sans faille, celle du rêve qui l'a aidé à vivre.
Pour preuve, ce poème intitulé « Mar adentro », écrit par Ramon Sampedro, et dont la traduction littérale en français est malaisée : peut-être "Au loin, au plus profond" ou encore « Mer intérieure » ou « Grand large »…
Au loin, au plus profond
et dans l'apesanteur du fond
où se réalisent les rêves,
s'unissent deux volontés
pour accomplir un désir.
Un baiser embrase la vie,
en un éclair, un coup de tonnerre,
et par une métamorphose,
mon corps n'est déjà plus mon corps ;
c'est comme pénétrer au centre de l'univers.
L'étreinte la plus puérile,
et le plus pur des baisers,
jusqu'à nous voir réduits
en un unique désir.
Ton regard et mon regard
comme un écho qui se répète, sans aucune parole :
encore plus loin, au plus profond
jusqu'à l'au-delà absolu
par le sang et par les os.
Mais toujours je me réveille
et toujours, je veux être mort
pour continuer avec ma bouche
emmêlée dans tes cheveux.
Pigeon s'envolant dans le jardin
(Photo ex-libris.over-blog.com, Effet HDR)
06 juin 2011
Fraîcheur et profondeur
Lavée
Matinée de six heures
Peinture à la Dürer
Viriditas de l’arbre
Châssis de la fenêtre
Blanc clair des rideaux
Appel bissé
Coucou des bois
Roucoulade triplée
Tourterelle enivrée
Trilles jamais lassés
Oiseaux guetteurs du jour
Coassement tremblé
Grenouilles de l’étang
Pas vif sur le chemin
Tout l’air habité
Tout l’air inspiré
Cœur très matinal
Echo lointain
Vierge colombe
Esprit-Saint ?
Le 28 mai 2012, lundi de Pentecôte,
6 h du matin
Le Cyclope, Odilon Redon, vers 1914
Tout au-dessus de moi le ciel bleu se balance
Nuages à la renverse
Tel un grand Gulliver dans les fils de la Vierge
Je suis enchevêtrée
J’entends forer la taupe aux profonds souterrains
De son museau pointu
Grignoter l’écureuil dans le cèdre bleuté
De ses petites dents
Les verts palmiers en pots vibrant dessous le vent
Font un bruit de baguettes
En canons infinis les oiseaux se répondent
Chanteurs invisibles
Potentat des pierrailles étincelle grisée
Un lézard se faufile
Tout à l’aplomb du toit un ramier me surveille
En libre geôlier
Indiscrète et véloce une fourmi titille
Les ailes de mon nez
Je respire la terre et sa senteur d’humus
Parfum d’éternité
Le soleil immobile emprisonne de flamme
Tout mon corps engourdi
Le pic-vert a tapé sur le bois de mon cœur
Qui sursaute étonné
Les grenouilles coassent en se gaussant de moi
Quoi Quoi Quoi
Le nez dans la verdure et le bel aujourd’hui
Je te parle d’amour
Et l’herbe tend l’oreille
Dans le jardin,
Dimanche 27 mai 2012
Pour Papier Libre de Juliette,
Thème : « Aujourd’hui, quand je parle d’amour, l’herbe tend l’oreille » (Herta Muller)

Michelle (Gwyneth Paltrow), et Leonard (Joaquin Phoenix) sur le toit de l'immeuble
(Photo Allo-Ciné)
Jeudi 24 mai 2012, j’ai revu Two Lovers de James Gray, qui était en lice à Cannes en 2008. C’est un film qui me fait venir à chaque fois les larmes aux yeux. C’est peu de dire que le réalisateur y renouvelle le film d’amour : il le sublime et le transcende dans le réalisme le plus banal. Et il nous prouve ainsi que sa palette est des plus étendues, lui qui s’était illustré avec brio dans le thriller noir (The Yards en 2000 et La nuit nous appartient en 2007).
L’histoire est celle de Leonard Kraditor (Joaquin Phoenix), jeune trentenaire juif new-yorkais, qui ne se remet pas de la rupture de ses fiançailles due à des raisons médicales (Sa fiancée et lui étaient tous deux porteurs d’une maladie génétique). Entre calmants et passe-temps photographique, le jeune homme, revenu dans l’appartement de ses parents (Ruth Kraditor : Isabella Rossellini, et Moni Moshonov : Reuben Kraditor), a sombré dans une dépression, ponctuée de tentatives de suicide.
C’est alors qu’il fait fortuitement la connaissance d’une nouvelle locataire de son immeuble, Michelle, interprétée par Gwyneth Paltrow (oscarisée pour Shakespeare’s in love). C’est une jeune femme blonde un peu fêlée, maîtresse malheureuse d’un homme marié, avocat dans le cabinet où elle travaille. Entre ces deux êtres souffrants naît immédiatement une complicité forte, faite de rires et de confidences. Séparés par la cour de l’immeuble (Hommage appuyé à Fenêtre sur cour), ils communiquent d’une fenêtre à l’autre, se donnant des rendez-vous pour une sortie en boîte ou une rencontre sur le toit de l’immeuble.
Michelle, inconsciente (ou consciente) du mal qu’elle fait à Leonard, lui confie ses douleurs d’amour ; le confident, éperdument amoureux d’elle, souffre en secret. Parallèlement, et contraint par la pression familiale, il a engagé une relation avec Sandra, la fille du repreneur de la teinturerie de ses parents, qui comprend la complexité de son caractère. Ainsi Sandra aime Leonard, qui aime Michelle, qui aime Ronald… On n’est pas loin du triangle racinien.

La silhouette parfois un peu pataude, parfois élégante, de Joaquin Phoenix, exprime à merveille ce mal être dont il sort par instants en faisant le clown ou en dansant comme un fou sur la piste d’une boîte de nuit. Subtil Joaquin Phoenix, dont le visage, marqué par la discrète et émouvant cicatrice d’un bec-de-lièvre, sait dire tant de choses avec un minimum d’effets. En l’évoquant, James Gray parle de lui comme son alter ego et il explique que le rôle fut écrit spécifiquement pour lui. « Joaquin a une perception très aiguë du comportement humain », explique-t-il. Et on regrettera que, paraît-il, cet acteur rare ait décidé d’arrêter le cinéma pour s’adonner à son autre passion, la musique.
La scène d’amour fiévreuse et intense sur le toit de l’immeuble saisi par le froid est, selon moi, une des plus belles scènes d’amour du cinéma. Et il n’est pas indifférent de savoir que le film fut inspiré à James Gray par une nouvelle de Dostoïevski, Nuits blanches, dans laquelle un homme développe une obsession pour une femme rencontrée dans la rue. Le texte et le film sont tous les deux le récit d’un trouble psychologique mais aussi et surtout l’étude du rapport à l’amour. Ici, les deux femmes, Michelle et Sandra, incarnent les deux postulations : la première, la passion destructrice, l’autre, une forme d’amour conformiste mais rassurante.

Leonard au bord de l'eau, après l'abandon de Michelle
Structuré entre deux séquences exprimant la tentation du suicide, ce film à la mise en scène épurée, à la lumière crépusculaire, dit sans doute le passage définitif à l’âge adulte et le renoncement aux passions adolescentes. La brisure de l’abandon de Michelle, dont l’amant renonce à sa famille pour elle, sonne le glas de tous les espoirs fous de Leonard. Sans doute ne souhaite-t-il plus traîner son cœur comme il traînait derrière lui le vêtement nettoyé au début du film. Au bord de la mer, en ramassant le gant que lui a offert Sandra, il semble prêt à relever le défi d’un amour plus sage. Il remonte lentement l’escalier pour aller offrir à Sandra le brillant qu’il destinait à Michelle et il pleure. Scène ultime et complexe d’un film tout en frisons, épidermique et profond.
Sources :
Allo-Ciné : Secrets de tournage
Sous les arcades de la plaza de la Corredera à Cordoue
(Photo ex-libris.over-blog.com, lundi 16 avril 2012)
Sous les arcades fines
De la plaza mayor
De la Corredera
Tracée au nombre d'or
Ce soir-là nous vîmes
Les livres s'évader
Des noirs autodafés
Place de la Corredera,
vers le soir, lundi 16 mai 2012
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