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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 17:49

 

Pour la quatrième fois, le groupe de poésie auquel j’appartiens a participé au Printemps des Poètes, consacré pour cette année 2017 aux Afriques. On invitait particulièrement à mettre l’accent sur Senghor (dont nous avions sélectionné six poèmes) et U Tamsi (deux poèmes). A cette occasion, nous nous sommes retrouvés deux fois : samedi 4 mars à 18h 30 à la MJC de Saumur et dimanche 5 mars à 16h à la Maison des Associations à Rou-Marson. Nous les remercions de nous avoir accueillis.

Les neuf diseurs que nous sommes (six femmes et trois hommes) avaient composé un programme de lecture à voix haute, comprenant une soixantaine de poèmes qui nous ont permis de découvrir la grande variété de ces voix africaines. Avec les choix personnels de chacun, nous avons tenté de couvrir l’immensité du continent africain, sans négliger les poètes de la diaspora. La majorité des textes retenus étaient d’expression française, avec quelques textes traduits de l’arabe pour la Lybie et l’Egypte. Nous avons élargi encore notre regard avec la poétesse sud-africaine Antje Krog (qui écrit en anglais) et Nadine Fidji, originaire de la Réunion.

Pour cette lecture, nous avons eu la chance d’être accompagnés par une jeune violoniste de quinze ans qui a joué avec beaucoup d’âme. Au début et à la fin, elle a interprété deux morceaux d’un compositeur d'origine roumaine, Stan Golestan, qui a composé dans la première moitié du XX° siècle. Elle nous a  proposé de très belles virgules musicales qui ont apporté profondeur et émotion aux textes. Nous la remercions très vivement de sa participation.

 

La lecture s’est organisée en trois grandes parties : Afrique du Nord, Afrique sub-saharienne et diaspora africaine. Pour introduire le continent africain, Véronique a dit un poème, « Lumières de Tanger », que j’avais écrit en 2011, alors que j’étais à Tarifa et que je voyais au-delà de la mer les « clartés de l’Afrique lanternons minuscules » de « la ville arabe aux colonnes d’Hercule ». La diaspora africaine était annoncée avec « Brise marine » de Hérédia. Le poète, dont la famille était originaire de Saint-Domingue, y évoque « ce souffle étrangement parfumé », « venu des Antilles bleues ».

Pour dire l’Afrique, leurs Afriques, les poètes convoquent tout l’art poétique français qu’ils nourrissent de leur imaginaire et de leurs mythes. Tradition des griots, parole libérée, rythmes nouveaux, puissance des symboles, cette poésie naît de la tension entre l’esthétique poétique française et l’oralité africaine. Comme le dit Léon Laleau un poète haïtien, il s’agit d’ « apprivoiser avec des mots de France un cœur qui vient d’Afrique ».

Entre humour et désespoir, entre nostalgie et révolte, les poèmes choisis ont couvert de nombreux thèmes que je voudrais évoquer ici. Je pense d’abord au thème de l’enfant qui revient plusieurs fois, dans des textes empreints de compassion. « L’enfant anonyme » de Tahar Ben Jelloun (Maroc) dit les espoirs d’un enfant pauvre qui se révolte et en meurt, « rêve abrégé/ rendu au regard lumineux / d’un enfant anonyme/ vite enterré ». « Il est des jeunes bras » de Kateb Yacine (Algérie) célèbre les « petits héros qui crient », « les pauvres d’un pays de soleil […]/ Ceux qui sont morts pour les autres, / ET POUR RIEN ! » « Sur la rive » de Mahmoud Kirhalla (Egypte) saisit la solitude d’un enfant pauvre « Ce petit garçon/ Qui ne se cache plus le visage/ Quand il mange dans la poubelle / Comme il le faisait / Avant le début de la guerre ». Et « Rétroviseur de l’enfance » de James Noël (Haïti) fait le portrait d’un petit garçon qui confectionne bateaux et avions « avec [ses] cahiers d’écolier ». « il faut jamais faire ça de tes cahiers/ plus jamais », lui dit sa mère en larmes.

Nous avions sélectionné de nombreux textes célébrant la femme africaine. Avec « La femme assise », Tahar Ben Jelloun décrit avec réalisme la femme marocaine éternelle qui attend, saisie dans son quotidien le plus prosaïque, avec « entre ses doigts un chapelet de prière/ dans un panier d’osier/ une galette et des dattes/ sur son menton/ un poisson aveugle tatoué ». « L’ange blasphémateur de la nuit et du sexe », la poétesse égyptienne Joyce Mansour, crie son dégoût des hommes et son aspiration à l’émancipation la plus folle : « redevenir astre » ou dérober « l’oiseau jaune/ Qui vit dans le sexe du diable ». Diego Souéloum (Mali) propose dans « Femme assise » le magnifique portrait de la femme du désert qui reprend vie la nuit et retrouve la sérénité à la clarté de la lune : « la peur se dissout et le cœur reprend son rythme tout doux/ la femme assise attend le pilon/ que brise l’aurore du matin/ et se dit que la vie ne tient qu’à un fil,/ quand le cœur s’ouvre, il comprend tout. » Pour rendre hommage plus particulièrement à Senghor, Pierre avait choisi « Femme noire », chant sublime à la beauté de la femme d’Afrique : « Femme nue, femme noire/ Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel/ Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie. » La Femme toujours magnifiée par la danse dans « Les Djerbiennes », que le poète sénégalais célèbre « au rythme des tam-tams et tabalas » tandis que « montent les hosannahs dans la nuit étoilée ». La louange à la femme se poursuivait encore avec l’ « Eve congolaise » de Jean-Baptiste Tati-Loutard (Congo-Brazzaville) qui voit en la femme noire l’Eve originelle. Dieu « prit de la terre non battue de quelque pied/ Et la coula – vierge comme au jour premier – Dans un long rayon de lune […] » Et Nadine Fidji (La Réunion), dans « Femmes d’Afrique », d’exalter encore leur beauté et leur puissance, et de les inciter à être ferments d’espoir : « Fermez vos poings durs/ Ouvrez vos yeux collés / Que la terre puisse se teindre/ de vos lumières dorées ».

La femme était déclinée aussi sous la figure de la mère. Ainsi Alain Mabanckou (Congo) évoque la sienne à travers un éloge de la terre natale. Songeant à l’arbre qui borde sa tombe et « donna naissance à [s]es premiers poèmes », il souligne que « c’est là qu’ [il] habite depuis longtemps ». Dans le « Poème de ma mère », Marie-Cécile Agnant (Haïti) fait le portrait d’une mère à la limite de la folie, « Eurydice fuyant la mort », accompagnée seulement par « le sanglot splendide/ du palais de vent qui s’écroule/ et l’accompagne jusqu’à la fin de tout… »

Deux poèmes célébraient l’amour. Celui de Senghor (Sénégal), « Spleen », propose à l’amoureux triste un blues en forme de consolation : « C’est un blues mélancolique/ Un blues nostalgique/ Un blues indolent/ Et lent. » Quant à Francis Bebey (Cameroun), exaltant un amour né « de la terre avec le soleil », il fait de sa vie « une chanson » : « Toute ma vie est une chanson/ Que je fredonne auprès de toi. »

Par-delà la couleur de la peau, nombreux sont aussi les poètes qui reconnaissent en l’autre un semblable et un frère. Ben Jelloun affirme l’unicité de « chaque visage » : « Chaque visage est un miracle car il est unique », Mais « vivre ensemble est une aventure » qui enrichit chacun au sein de la différence. Dans « Cher frère blanc », Senghor (Sénégal) interroge avec humour l’Occidental dont la peau varie en fonction de ses sentiments ou du soleil : « Alors, de nous deux,/ Qui est l’homme de couleur ? » Et son compatriote Malick Fall, dans la même tonalité, avoue avoir d’étranges amis, par-delà les frontières : « Un Juif, un Berbère, un Hottentot,/ Un Arabe, un Indien, un Zoulou,/ Un métis de je ne sais qui… » Avec « L’homme qui te ressemble », René Philombé (Cameroun) invite expressément chacun à une ouverture à l’autre : « Je ne suis pas un noir je ne suis pas un rouge je ne suis pas un jaune je ne suis pas un blanc/ mais je ne suis qu’un homme. Ouvre-moi mon frère ».

Nombre de poèmes retenus faisaient la part belle à la richesse de l'imaginaire africain. Je pense notamment au magnifique poème « Le souffle des ancêtres » de Birago Diop (Sénégal). Il exhorte le lecteur à se mettre à l’écoute des quatre éléments dans lesquels vit le souffle des ancêtres. Il y dit leur persistance, leur présence, leur éternité, au sein même de la vie : « Ecoute plus souvent/ Les choses que les êtres… » Pour sa part, Senghor invoque aussi les ancêtres, sous la forme des masques : « Masque Ô Masques/ Masques noirs masques rouges vous masques blanc et noir/ Masques aux quatre points d’où souffle l’Esprit […] Il leur demande leur aide, à eux qui symbolisent l’Afrique, afin que « les hommes de la danse […] reprennent vigueur en frappant le sol dur ». Edouard Glissant (Martinique) décrit avec puissance et angoisse les monstres de son imaginaire. Sur une terre « sans ventre », avec leur « face de juge », hermétiques à tout, ils n’aspirent qu’à se repaître du sang du poète. : « Ils s’abattront sur moi,/ Ils me dissoudront dans l’humus/ Où depuis toujours/ Je sens mon odeur. » Le poème « Un tel » poursuit dans cette voie : « Il s’est dit:/ Voilà !/ Je suis de la proie/ Qui calme les bêtes. / Il s’est dit surtout:/ Je suis cet engrais/ Qu’il faut pour après. »

Dans les poèmes sélectionnés, il était beaucoup question de la langue, des racines, de la terre natale. Dans « L’exilé », Assia Djebar (Algérie), qui fut membre de l’Académie française, exprime une déchirure : celle du poète écartelé entre son amour de la culture classique et du « français troubadour » et sa nostalgie d’une langue arabe perdue : « Les mots anciens de mes ancêtres/ En arabesques sont leur lettre/ Sans voix où palpite mon sang ». Dans « La longue marche », Malek Hadad (Algérie) évoque en patriote une Algérie de légende, habitée par les figures du berger, du fellah et de son grand-père qui « pos[ait] son chapelet pour voir passer les aigles ». Toussaint Kafarhire Murhula (Congo), avec « Déchéance Afrique », cherche obstinément, « avec [s]on sacerdoce de larmes/ Et [s]es tatouages cachés » à retrouver une Afrique disparue : « Ô Afrique de mes ancêtres/ Ô Afrique d’éternelle vie », conclut-il. La Sud-Africaine Antje Krog, quant à elle, célèbre son « beau pays ». Elle imagine une terre « where black and white hand in hand/ can bring peace and love/ to [her] beautiful land ». Et Gary Klang (Haïti), dans « Ex-île », se souvient avec émotion des senteurs et des bruits de son île, « Avec/ L’odeur pour [lui] unique/ D’ilang-ilang ». Hélas, tout est au passé : « Il y avait des soirs et des matins de rêve/ Il y avait il y avait il y avait/ Mais il n’y a plus/ Que le souvenir ».

Les poètes africains expriment bien sûr avec violence leur colère, leur indignation, leur révolte contre le mal du monde, la culture des Blancs, la colonisation et la traite négrière. Dans « Ma joie, ma colère, mon indignation », le Malien Daouda Keita fait le catalogue de tout ce qui l’indigne et le révolte : « Je suis fou d’indignation/ Fou contre les ventes d’enfants en promotion/ Fou contre l’équilibre mondial en destruction/ Fou contre le déséquilibre climatique de notre terre en perdition/ Fou contre ma coupable inaction ». Abdulaye Mamani (Niger) s’oppose avec humour et dérision à cette civilisation qui lui impose de porter « la jaquette de laine », de « transpirer dans une chemise nylon », alors qu’il voudrait « courir pieds nus », « roter et péter bruyamment ». « Oh mon Dieu/ j’en ai marre/ de leur civilisation/ qui lentement me consume ». Le Camerounais François Sengat-Kuo, décrit en une brièveté frappante la venue des Blancs, porteurs de mort : « ils sont venus/ civilisation/ bibles sous le bras/ fusils en mains/ les morts se sont entassés/ l’on a pleuré ». Dans « Natte à tisser », Tchikaya U Tamsi (Congo-Brazzaville) fustige le racisme (« il avait l’âme mûre/ quand quelqu’un lui cria/ sale tête de nègre ») et s’interroge sur la cruauté de celui-ci qui métamorphose les habitants de son pays en « fauves ». Dans « Contre-destin », il fait le constat de l’agonie de l’Afrique à qui ne demeurent plus que « les peines poilues des bras pauvres/ les transes mimées ». Il avoue son impuissance : « j’aurais pu être sicaire/ au service de la reine ngalifourou/ je n’ai même pas eu cet alibi… » Aimé Césaire (Martinique), le chantre de la négritude, rappelle l’esclavage et la déportation pour la dépasser et créer une nouvelle humanité : « avec des lassos lacérés/ avec des mailles forcées de cadène/ avec des ossements de murènes/ avec des fouets arrachés [...] te bâtir ». « Nocturne d’une nostalgie » se souvient du premier comptoir commercial de Côte d’Ivoire où l’on faisait commerce des noirs : « ainsi toute nuit toute nuit/ des côtes d’Assinie des côtes d’Assinie/ le couteau ramène sommaire/ toujours/ et très violent. » Le Guadeloupéen Guy Tirolien s’insurge aussi contre la civilisation des Blancs en composant la « Prière d’un petit enfant nègre ». L’enfant demande au Seigneur de ne « plus aller à leur école » car il ne veut pas « devenir, comme ils disent,/ Un monsieur de la ville/ Un monsieur comme il faut ». Il préfère « flâner le long des sucreries » et « écouter ce que dit dans la nuit/ La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant/ Les histoires de Zamba et de compère Lapin ». Dans la même intention, « Hoquet » de Léon Gontran-Damas (que nous avons dit alternativement et ensemble), décrit le « désastre » d’une enfance toute remplie des contraintes de la civilisation. Sa mère voulait absolument faire de lui un bon petit Français : « Vous ai-je ou non dit qu’il vous fallait parler français/ le français de France/ le français du Français/ le français français ». Frankétienne (Haïti) chante la « diaspora sans retour » dans une Haïti devenue « cette femme inconnue/ […] damnée et condamnée/ […] amputée de sa langue », et dont il fait son « infernal amour ». James Noël (Haïti), à travers la métaphore du cyclone, exprime l’agonie lente de son île natale. Il y est question de « chant du cygne », de « fin du monde » : « tous les vents mauvais/ en boucle se défilent/ la mort en bouche sur notre terre ». Enfin, André Fouad (Haïti) pleure une humanité « dénudée, éclatée ». Déplorant la perte des coutumes ancestrales, il se résout au silence : « silence/ silence/ mon cœur se brise dans l’inconfort des îles caribéennes ». Toute cette thématique est synthétisée dans le superbe poème de René Depestre (Haïti), « Minerai noir ». Ce texte éloquent, à la tonalité épique, est tout à la fois leçon d’histoire, expression de fraternité et de pitié, en même temps qu’il se veut colère et révolte devant la monstrueuse réification du peuple noir. La fin en est magnifique : « Peuple défriché pour l’enrichissement/ Des grandes foires du monde/ Mûris ton grisou dans le secret de ta nuit corporelle/ Nul n’osera plus couler des canons et des pièces d’or/ Dans le noir métal de ta colère en crues. »

Nous ne pouvions pas ne pas évoquer encore les tirailleurs sénégalais à travers les deux poèmes du Guyanais Léon Gontran-Damas (« Et cætera ») et du Sénégalais Senghor (« Ode aux tirailleurs sénégalais). Dans le premier texte, dont la publication suscita quelques remous, Léon G. Damas dénonce le massacre des troupes coloniales, et en particulier de ceux qu'on désignait indistinctement du nom de « tirailleurs sénégalais », placés par l'Europe aux avant-postes d'une guerre qui ne les concernait pas. Senghor lui répondra après la Seconde Guerre mondiale et lui dédiera le poème liminaire d'Hosties noires. Tout en se défendant de tout ressentiment à l'égard du monde blanc, le poète entend répondre à la barbarie et à l'inhumanité de l'Occident par une invitation à la fraternité, ce « festin catholique » qui rassemblera peut-être un jour des hommes de toutes races et de toutes conditions.

Dans nos choix était très présente la figure du poète. Tahar Ben Jelloun (Maroc) fait le portrait de « cet homme [qui] vend du sable et des mots ». « Sa vie est une nuit qui a une histoire/ Elle est dans un livre/ Un livre immense qui dort dans le silence du cœur ». Le Marocain Abdellatif Laâbi fouille son intériorité en un appel à une vie plus belle : « Ô jardinier de l’âme/ as-tu prévu pour la nouvelle année / un carré de terre humaine/ où planter encore quelques rêves ? » Roudchy Chafai (Algérie) fait de la tortue, vivant dans la lenteur et le secret, la métaphore du poète : « Toi ma semblable/ la rocailleuse/ la caverneuse/ la recluse/ toi tortue totem de mon chant ». Dans « Anachorète », l’Algérienne Habiba Djahnine fait l’éloge d’un poète ermite qui « enfile ses poèmes un à un pour conter le désert ». Elle le rend dépositaire de l’Histoire et des « plus belles histoires ». Avec « Misère aux millions de bouches », la Lybienne Fatima Mahmoud part en quête d’un « jeune ange,/ dont on ne retrouve aucune trace ». Peut-être le symbole de l’inspiration poétique ? Amina Saïd (Tunisie) présente le visage et le rôle éternel du poète à travers les siècles : « un jour je suis entré dans la maison de la langue […]/ j’ai traversé le miroir du poème et il m’a traversée ». L’Egyptien Amjed Ryan, dans « Le moine » présente l’émotion permanente de celui qui est à l’écoute du monde : « Et j’ai croisé mes mains/ Sur ma poitrine/ Et me suis mis à écouter le grondement/ Qui provient du bout du monde. » Gary Klang (Haïti) affirme que le poète écrit avec ses « hontes » et ses « suppurations », en tendant la main vers l’autre : « Là est notre manière/ Poètes/ De guérir nos blessures », conclut-il. James Noël (Haïti) s’interroge sur lui-même, sur son identité. Il devient comme un écho de lui-même et des autres : « Je me suis dit des mots croisés/ Mille autres voix prennent le relais/ Je crois parler à des fantômes / Pourtant c’est moi qui change de voix ». Dans le portrait du poète je n’aurais garde d’oublier l’humour, notamment celui de Julius Chingono (Zimbabwe) avec « Ma vieille godasse ». Grâce à celle-ci qui se prend « pour un jeune caïman », il vagabonde « par les rues ensoleillées ».

Les poèmes d’Edouard Glissant (« Versets », de Césaire (« Tam-tam I » et « Tam-Tam II », « Blanc à remplir sur la carte voyageuse du poème », « Soleil et eau »), ceux de Clément Magloire Saint-Aude (Haïti), tels « Larme « et « Sans titre », ont exprimé la puissance du verbe poétique africain. Glissant fait se lever pour nous « les gommiers rêves du vent de voiles vives », les « pollens/ Arbres neigeant, neigeuses semailles. Césaire, « à même le fleuve de sang de terre », invite « hérons et faucons » à monter et à brûler, chante « à grands pas de trouée de paroles dans un gosier de bègues », endure le défi d’un « blanc à remplir sur la carte voyageuse du pollen » et professe : « Mon eau n’écoute pas/ mon eau chante comme un secret ». Magloire Saint-Aude nous offre une parole parfois hermétique mais d’une grande intensité. Mystère de ces « cendres de peau aveugle en éternité », beauté du chant poétique : « Dans la tente de l’aède/ Dort l’or de ma lampe ».

C’est avec le poème « Nous les gueux » de Léon Gontran-Damas, dit alternativement et ensemble, que nous avons achevé cette lecture. Comme Césaire le rappelle, celui que l’on a pris « pour un rêveur, pour un radoteur, pour un rhétoriqueur, pour un saltimbanque », livre ici un texte incantatoire dont la force demeure incomparable : « Nous les gueux/ nous les peu/ nous les rien/ nous les chiens/ nous les maigres/ nous les nègres… »

 

Site du Printemps des Poètes : http://www.printempsdespoetes.com/

 

 

 

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Published by Catheau - dans Dits de poètes
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commentaires

mansfield 14/03/2017 14:35

J'aurais adoré assister à ces moments de partage étant antillaise née au Maroc, tout ce dont vous parlez trouve un écho chez moi. Tahar Ben Jelloun est un auteur que j'aime beaucoup et même si Glissant et Senghor me sont parfois hermétiques, leurs mots me touchent bien souvent. Merci Catheau

Catheau 14/03/2017 18:46

Tant mieux, Mansfield, si ces richesses poétiques ont trouvé un écho en vous qui avez plusieurs "patries". Merci pour votre commentaire amical.

Nounedeb 12/03/2017 20:37

Comme vous le montrez, les voix d' "Afriques" ont résonné un peu partout Chez moi, nous avons, à deux, animé un petit "café poésie", alors que des promenades poétiques ont été perturbées par la pluie.

Catheau 14/03/2017 18:43

Une chance en effet pour ces voix des Afriques que l'on entend si peu ! Un "café-poésie", quelle bonne idée !

Angeline 10/03/2017 20:40

très beau blog sur la littérature. un plaisir de me promener ici.

Catheau 11/03/2017 18:05

Merci, Angeline, de votre commentaire amical. A bientôt.

suzâme 10/03/2017 15:36

Quel bel article en témoignage de ces deux soirées de poésie! Quitte à me redire, d'une année sur l'autre, j'aurais aimé me fondre silencieusement dans votre public saumurois. Le livret des poèmes choisis par les membres de votre association s'ouvre sur les poètes autant que leur pays et offre à l'attention toute la profondeur de leur sensibilité. J'ai, non loin de mon bureau, une anthologie d'Hamidou Dia "Poèmes d'Afrique et des Antilles" que je vous recommande. A bientôt.

Catheau 11/03/2017 18:04

Je crois, en effet, que le public a eu plaisir à découvrir ces voix si lointaines et si proches. Merci pour le conseil de lecture. A bientôt.

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