Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 15:24
L'étang de pêche de Rou

L'étang de pêche de Rou

 

Jeudi 23 juin 2016, rompant avec  la pluie et les orages, l’été semblait s’être enfin annoncé. Ce soir-là, la Bibliothèque de Rou-Marson, dont je fais partie, et l’association Patrimoine Environnement Botanique organisaient une balade « le nez en l’air » au marais de Rou.

Une vingtaine de promeneurs s’étaient ainsi donné rendez-vous à l’étang de Presle, situé sur la gauche après le rond-point du même nom, sur la route de Rou-Marson. Emmenés par Renée Monnier, botaniste émérite et passionnée, et par les bénévoles de la Bibliothèque, ces visiteurs du soir ont cheminé par un sentier de verdure de l’étang de pêche jusqu’aux fontaines-lavoirs de Rou.

Sur les bords de cet étang, creusé en 1985 sur un ancien marais et alimenté par une source, ils ont d’abord écouté un texte de Henri Michaux, soulignant la fascination des hommes pour l’eau, « traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons ». http://www.wikipoemes.com/poemes/henri-michaux/le-lac.php

Après avoir longé une haie de mûriers et de sureaux, ils ont été attentifs à la vie du peuple de l’étang, ragondins, grenouilles et libellules. Auprès des roseaux, une petite histoire de martin-pêcheur et de raton-laveur, d’un certain Cris Wac, les a fait sourire. http://www.montmartre-secret.com/article-poeme-pour-les-enfants-martin-pecheur-et-raton-laveur-horaire-piscine-103816298.html 

Ils ont écouté « Le petit poisson et le pêcheur » de La Fontaine, mésaventure d’un carpillon prêcheur, http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/jean_de_la_fontaine/le_petit_poisson_et_le_pecheur.html

et « Le héron imprévoyant », une fable que j’ai écrite récemment. Elle m’a été inspirée par la présence d’un héron, perché sur un if en face de ma fenêtre. http://ex-libris.over-blog.com/2016/04/le-heron-imprevoyant.html 

La vie de l’étang s’est animée avec « L’étang » (Odes du paysage de Port-Royal) de Jean Racine qui dit les « richesses admirables » et « les attraits » de ce monde qui vole et qui nage. http://www.poetica.fr/poeme-1879/jean-racine-etang/« Pêcheur d’aube » d’un poète anonyme a dessiné le tableau délicat d’un pêcheur dont la ligne rapporte au jour « la rondeur dorée d’un soleil endormi ». http://www.lespoetes.net/plpoeme.php?id=3297

Un peu plus loin, le groupe a fait halte sous un grand et gros peuplier. A l’aide d’un mètre de couturière et de savants calculs, l’on a pu en déterminer l’âge canonique : aux alentours de 350 ans ! Le poème, « Mon portrait », du poitevin Maurice Fombeure a rappelé à chacun combien l’homme est proche de l’arbre et intimement lié à la nature :

« […] Je suis de bois, mes mains et mon visage.

De bois je suis, oui, de dur cœur de chêne,

Œuvre gauche d’un sculpteur malhabile

Mais les forêts frémissent dans mon cœur. » http://www.lesarbres.fr/texte-fombeure,Maurice+Fombeure,,.html

La proximité de l’étang a suscité l’évocation d’une atmosphère fantastique que le philosophe Gaston Bachelard décrit ainsi : « La nuit, au bord de l’étang, apporte une sorte de peur humide qui pénètre le rêveur et le fait frissonner. » (L’Eau et les Rêves). Et c’est à plusieurs voix que nous, les diseurs de la Bibliothèque, avons commencé à donner la parole au narrateur de la célèbre nouvelle de Maupassant, « Sur l’eau ». Les auditeurs auront cependant dû attendre la fin de la balade pour connaître la chute de cette histoire de nuit, de brume et d’eau.

A l’écoute du murmure du ruisseau coulant sous un petit pont, s’en est suivie une explication détaillée de l’hydrographie complexe des trois cours d’eau qui entourent l’étang (mais ne l’alimentent pas). Un bief achemine l’eau jusqu’à ce qui fut l’ancien moulin à eau de Presles situé au rond-point un peu plus haut, tandis que le Doué s’en va vers Les Ulmes et qu’un cours d’eau descend des fontaines-lavoirs de Rou.

A l’orée du petit chemin de verdure qui se dirige vers celles-ci, le groupe a découvert la prêle, une plante « quasiment préhistorique » selon notre guide botaniste. De son nom savant, Equisetum Arvense, à cause de sa ressemblance avec la queue du cheval, encore appelée Queue de rat ou Queue de renard, c’est elle qui a donné son nom au lieu-dit. Riche en silice, en potassium et en calcium, elle était utilisée autrefois dans la pharmacopée, et l’on s’en servait pour nettoyer les casseroles.

En file indienne les marcheurs ont alors suivi le sentier qui longe le petit cours d’eau. Ils ont pénétré dans un endroit luxuriant, ombragé et secret où l’on a l’impression d’être loin du monde et des hommes. Dans un « trou de verdure », une halte poétique y avait été prévue mais les nombreux moustiques ont fait aller le groupe plus avant, leur donnant alors l’occasion d’admirer un chevreuil tranquille, en arrêt sous la ramée.

C’est un peu après la peupleraie du village, en lisière d’un champ, que les marcheurs se sont assis sur le bord du chemin pour écouter six poèmes. La présence du petits cours d’eau des fontaines, caché sous les herbes, a été ravivée par « La rivière endormie » de Claude Roy, et son « chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes ».

http://www.wikipoemes.com/poemes/claude-roy/la-riviere-endormie.php« Le marais » de Théophile Gautier en a ressuscité les petits habitants : grenouilles « rauques », bécassine « noire et grise », pluviers, vanneaux, courlis, grues, canards sauvages, cigogne et héron.

http://www.poesie-francaise.fr/theophile-gautier/poeme-le-marais.php

Héron et colverts ont été évoqués à travers deux de mes poèmes, « Héron cendré » et « Envol », écrits au cours de balades en ce même endroit. http://ex-libris.over-blog.com/article-heron-cendre-71984724.htmlhttp://ex-libris.over-blog.com/article-envol-70345990.html

Claude Roy (« Arbre vent ») http://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/article-arbre-vent-74376237.htmet Henri de Régnier (« Chaque arbre a dans le vent… ») https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Sang_de_Marsyas  ont encore fait entendre la voix innombrable des arbres.

Le public a été ensuite invité à dire une douzaine de haïkus de Basho, Ginkô, Onitsura, Mahara et Issa. Le haïku est un bref poème d’origine japonaise de trois vers comportant dix-sept syllabes, célébrant la beauté fugace de la nature. Saisie d’un instant, en lien avec une saison, cette poésie des sens et non des idées, dit l’évanescence des choses. Un des plus célèbres haïkus est celui de Bashō :

« Ah ! le vieil étang

une grenouille y plonge –

le bruit de l’eau »

La dernière étape de ce parcours sylvestre et bucolique a mené les marcheurs jusqu’aux fontaines-lavoirs de Rou. Assis sur le petit muret de pierre, ils y ont écouté trois poèmes en l’honneur du peuplier, le familier des ripisylves. Le vendéen Pierre Menanteau voit cet « arbre si bien lié » (« Peuplier peuplier ») http://www.lesarbres.fr/texte-peuplier,Pierre+Menanteau,,.html menant « sa vie obscurément » (« Peuplier »).

http://eloge-de-l-arbre.over-blog.com/article-le-peuplier-116866891.html Quant à Rosemonde Gérard, l’épouse comédienne et poète d’Edmond Rostand, elle célèbre cet arbre élancé avec musicalité :

« Les grands peupliers longent le ruisseau ;

Et vont d’un air grave,

Reverdis à neuf par le renouveau

Qui fait l’air suave […] » http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/les-peupliers

L’auditoire attendait avec impatience la fin de la nouvelle de Maupassant. Elle a distillé la sourde et nocturne angoisse du pêcheur prisonnier de sa barque (dont l’ancre ne se relève pas) jusqu’à la chute finale, de celles que l’on n’oublie pas : « C’était le cadavre d’une vieille femme qui avait une grosse pierre au cou. »

http://athena.unige.ch/athena/selva/maupassant/textes/surleau2.html

Et pour clore cette balade sur une note plus ensoleillée, j’ai dit un bref poème de ma composition,  un éloge du pissenlit, « humble soleil des pauvres ».

http://ex-libris.over-blog.com/article-celebration-du-pissenlit-108636866.html

Un apéritif convivial, avec notamment deux génoises à la rose et au sureau, a ensuite rassemblé les marcheurs devant la Maison du Pressoir devenue Maison des Jeunes, un beau bâtiment de tuffeau rénové il y a quelques années. « Nature et poésie, nous en avons bien besoin ! » a déclaré une participante en manière de remerciement.

 

Photos : ex-libris.over-blog.com (jeudi 23 juin 2016)

 

 

La prêle

La prêle

Le petit cours d'eau sous l'aqueduc

Le petit cours d'eau sous l'aqueduc

Dans le sentier vers les fontaines

Dans le sentier vers les fontaines

Le gros peuplier

Le gros peuplier

Partager cet article

Repost 0
Published by Catheau - dans Dits de poètes
commenter cet article

commentaires

Martine 30/06/2016 04:15

Ce que ça devait être agréable. Une balade qui m'aurait enchantée, à tout point de vue
Merci pour ce bucolique riche de poésie Catheau
;)

Catheau 30/06/2016 16:38

Nous marions nature et poésie depuis deux ans et cela séduit les marcheurs. D'autant plus que nous sommes accompagnés par une botaniste émérite !

Présentation

  • : Ex-libris
  • Ex-libris
  • : Un blog pour lire, pour écrire, pour découvrir et s'étonner. "La Vie a plus de talent que nous" disait Nabokov.
  • Contact

ex-libris

 ex-libris

 

Voie lactée ô soeur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses

Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses

 

La chanson du Mal-Aimé, Apollinaire

Recherche