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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 19:05

Night Circus (Photo The Budapest Times)

 

Vendredi 5 février 2016, c’est à rêver au mythique Icare que la Compagnie hongroise Recirquel a invité le public du Théâtre de Saumur, Le Dôme. Dans une mise en scène de Bence Vági, son directeur-chorégraphe, la troupe composée de neuf acrobates hongrois (sept hommes et deux femmes), de la chanteuse et narratrice Judit Czigány et du pianiste Péter Sárik, a proposé Night Circus, un spectacle de cirque original, d’une grande élégance, à l’onirisme envoûtant.

Dans une atmosphère de cabaret d’entre-deux-guerres, sous la baguette d’une longiligne meneuse de revue, coiffée d’un chapeau-claque, et vêtue d’un long gilet de satin rouge sur un pantalon noir, les jeunes artistes ont déployé l’étendue de leurs talents sportifs et chorégraphiques. Passés maîtres dans les disciplines circaciennes que sont la voltige, le trapèze, la contorsion, la corde lisse, le mât chinois, la roue cyr et le funambulisme, ils ont offert à des spectateurs épatés et éblouis une prestation de haute volée.

Ce dernier terme semble particulièrement approprié à ce spectacle qui évoque l’audacieuse envolée d’Icare et sa retombée dans la mer qui porte désormais son nom. Défiant les lois de la pesanteur et de l’équilibre, avec maîtrise et puissance, seuls ou en duo, aspirés par les cintres du plateau, s’enroulant et se déroulant autour de cordes, sangles ou rubans, ils ont multiplié les exercices les plus audacieux, poussé par ce désir irrépressible de l’homme de s’élever vers l’azur. Quelle fascination devant ces corps masculins, jeunes et radieux, en équilibre sur une corde souple, escaladant vivement un mât ou encore prisonniers d’une roue véloce ! Quelle admiration devant ces figures magnifiques requérant précision, force, adresse, souplesse, goût du risque et confiance absolue dans le partenaire !

Je ne saurais dire ce que j’ai préféré parmi toutes ces performances dans lesquelles chaque acrobate, homme ou femme, donne le meilleur de lui-même. Accompagnés par le pianiste Péter Sarik, formé au jazz et aux musiques du monde, ou par la musique puissante de Friedrich Hollaender, qui vient rythmer tel un cœur battant leurs prouesses techniques, les gymnastes-danseurs se succèdent dans un mouvement passionné qui ne faiblit pas.

Photo Eszter Gordon

La mise en scène allie aussi à cette technique irréprochable un sens particulier du burlesque et certains numéros évoquent Charlot ou Buster Keaton. Je pense notamment au duo que forment le funambule à fine moustache et la danseuse rondelette à perruque blanche, tutu et hauts escarpins rouges. L’agilité insensée du jeune homme qui fait du fil sa demeure - il s’y contorsionne, s’y enroule, s’y allonge, y roule en monocycle – cherche à séduire ainsi la demoiselle énamourée. On les retrouvera dans un autre moment, autour d’une cuisine ambulante dans laquelle se cache la jeune femme. S’ensuivra une saynète pleine de fantaisie ludique avec un jeu de jambes féminines des plus réussi.

Photo Xpat Loop

L’élégance de la mise en scène sert particulièrement bien tous les artistes. Ils évoluent en effet dans une économie de couleur – noir, gris, quelques teintes pastel – parfois dans un décor stylisé de hautes maisons étroites, parfois sur un fond de scène blanc ou bleu. Par ailleurs, on notera ici que les artistes, gardant un masque concentré et impénétrable, ne sourient jamais. Cela confère à l’ensemble une tonalité très particulière, teintée de mélancolie.

Deux grandes ailes noires d’oiseau, portées au début par l’un des artistes, seront à la fin déposées sur le devant de la scène, signifiant l’échec du vol d’Icare, tandis que la chanteuse persiste à affirmer l’irrépressible désir de l’homme vers les lointains. Celui-ci s’exprime encore, me semble-t-il, au début et à la fin de ce spectacle éminemment poétique, lorsque de grands rayons et d’innombrables confettis de lumière envahissent l’espace. Une des dernières très belles images du spectacle, c’est l’ombre de l’acrobate dans la poursuite, tel un soleil jamais atteint.

Né de la rencontre entre un chorégraphe plein de talent, formé par le Liverpool Institute of Performing Arts, et une troupe inventive, issue de l’Institut hongrois du cirque Baross, Night Circus m’a enchantée. Son thème mythique et la manière poétique dont il est ici traité m’ont fait penser ce soir-là au poème de Théodore de Banville, « Le saut du tremplin ou le clown » :

 

[…] Il s’élevait à des hauteurs

Telles que les autres sauteurs

Se consumaient en luttes vaines.

Ils le trouvaient décourageant,

Et murmuraient : « Quel vif-argent

Ce démon a-t-il dans les veines ? »

[…]

« Plus haut encor, jusqu’au ciel pur !

Jusqu’à ce lapis dont l’azur

Couvre notre prison mouvante !

Jusqu’à ces rouges Orients

Où marchent des Dieux flamboyants,

Fous de colère et d’épouvante.

[…]

Plus haut ! plus loin ! de l’air ! du bleu !

Des ailes ! des ailes ! des ailes !

[…]

 

Photo Mupa Budapest

 

 

« Le saut du tremplin ou le clown » dit par Gérard Philipe :

https://www.youtube.com/watch?v=wRrFQQcbMyE&list=PLF27F323209ECE779

« Il rêvait de l’éther », un poème que j’ai écrit sur Icare :

http://ex-libris.over-blog.com/article-il-revait-de-l-ether-45335505.html

 

 

 

 

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Published by Catheau - dans Spectacles
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commentaires

François 24/02/2016 14:58

Merci pour cet article, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au mot de Flaubert en en lisant le titre cependant :

Oiseau : Désirer en être un, et dire en soupirant : « Des ailes ! Des ailes ! », marque une âme poétique.
(Dictionnaire des idées reçues).

Catheau 04/03/2016 12:14

François, une mine de pensées ironiques que ce Dictionnaire des Idées reçues, maniées avec sarcasme par l'ermite de Croisset.

escapade40. 17/02/2016 21:20

Oui un spectacle qui me plairait bien et bel athlète ! . Bonne semaine à toi Cathy ,

Catheau 04/03/2016 12:04

Merci de ta visite. A bientôt au fil.

Martine 11/02/2016 06:31

Grandiose! Cela avait l'air grandiose! Merci pour ce partage éblouissant Catheau
Que c'est beau un corps d'athlète!
Bonne journée à vous
;)

Catheau 13/02/2016 22:23

Une réussite sportive et esthétique : les deux ne sont pas toujours compatibles !

Carole 09/02/2016 01:23

Un spectacle qui semble en effet fascinant. La première photo est vraiment impressionnante.

Catheau 13/02/2016 22:22

Elle reflète bien, me semble-t-il, la beauté de ce spectacle. Mais la taille de la photo révèle toujours ma difficulté à insérer les photos dans un format adapté !

Picard 07/02/2016 18:29

Merci de cet enthousiaste article, le spectacle était en effet magnifique... et de la note littéraire que tu rajoutes par le poème... je ne suis pas allée lire le tien, à bientôt

Catheau 13/02/2016 22:19

Un vrai partage amical et esthétique que nos rendez-vous théâtraux !

mansfield 07/02/2016 18:11

Un spectacle exposant le vrai sens de la création, s'élever au plus près des rêves, de l'imaginaire et de la féerie, merci Catheau!

Catheau 13/02/2016 22:17

Avec ce spectacle, de l'élévation, dans tous les sens du terme en effet.

Alice 07/02/2016 16:16

Un très beau spectacle certainement et puis cela rappelle ton poème sur Icare, des souvenirs communs d'écriture !

Catheau 13/02/2016 22:16

Je crois en effet que c'est toi qui m'avais invitée à écrire sur ce thème.

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