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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 16:34

Roméo et Juliette, 

(Photo Allo Ciné)

Le dimanche 8 mars 2015, le cinéma Le Palace à Saumur retransmettait le ballet Roméo et Juliette du Bolchoï à Moscou. Il avait été enregistré en direct le 12 mai 2013, dans une réalisation de Vincent Bataillon. Je crois que c’était aussi la première fois qu’un ballet du Bolchoï était retransmis dans les cinémas de Russie.

Ce ballet est dansé sur une musique de Serguei Prokofiev qui contribua au livret avec Sergueï Radlov et Adrian Piotrowski. Il est célèbre par son thème universel, ses belles mélodies, sa grande variété rythmique, ses nombreuses variations, le foisonnant thème de Juliette et son inquiétante « Danse des chevaliers » qui vient ponctuer l’histoire.

Ce ballet sur le thème de Roméo et Juliette est issu d’une longue tradition. Dès 1785, Giulietta e Romeo d’Eusebio Luzzi est dansé à Venise ; en 1811, Romeo og Giulietta, de Vincenzo Galeotti, l’est à Copenhague. En 1926, Bronislawa Nijinska crée de nouveau un ballet sur ce thème pour les Ballets Russes de Monte-Carlo. Constant Lambert en écrit la musique, Max Ernst et Joan Mirȯ en font la scénographie.

Le ballet de Prokofiev fut composé en trois actes en 1935, après le retour du compositeur en Union soviétique. Il l’avait quittée en 1918 quand la musique d’avant-garde n’avait pas bonne presse. La gestation de cette œuvre unique fut longue et malaisée. En 1934, le Kirov de Leningrad avait passé une commande à Prokofiev qui proposa le thème de Roméo et Juliette. Le Kirov ne fut pas convaincu et le compositeur signa alors un contrat avec le Bolchoï. La malchance continua puisque les danseurs trouvèrent la complexité rythmique du ballet trop difficile à danser. Prokofiev fut contraint de retravailler sa partition en 1936. En résultèrent deux suites pour orchestre symphonique en sept mouvements, une transcription pour piano, et une troisième suite en 1946.

La création du ballet eut finalement lieu en 1938, au théâtre de Brno en République tchèque (sur une chorégraphie d’Ivo Váňa Psota, danseur et chorégraphe tchèque). Elle fut suivie d’une première russe au Kirov en 1940 (dans une chorégraphie de Léonide Lavrovski) et au Bolchoï en 1946. Au Palais Garnier, en février 1978, fut dansée la chorégraphie de Youri Grigorovitch. Une version de Noureev fut créée pour le ballet de l’Opéra de Paris en 1984.

Si la chorégraphie de Lavrovski pour le Kirov, adoptée par le Bolchoï, est la plus célèbre, celle de Grigorovitch retient l’attention. Ce dernier souligne qu’il a souhaité surtout « mettre en évidence les thèmes de l’amour et de la haine qui [lui] paraissent fondamentaux. Et toutes les modifications mettent l’accent sur ces deux forces. « La haine a l’air de triompher mais, bien qu’il périsse, c’est l’amour qui est quand même vainqueur », précise-t-il. Le dernier pas de deux (où les amants se voient vivants avant de mourir), paradoxalement en forme de final heureux, illustre cet amour éternel qui donne sens à la vie ; il a inspiré ainsi de nombreux chorégraphes.

De plus, Grigorovitch cherche à montrer le conflit entre la nouvelle génération et les forces conservatrices. Tout comme Roméo (Alexander Volghkov) et Juliette (Anna Nikulina), Tybalt (Mikhail Lobukhin) et Mercutio (Andrei Bolotin) ont un rôle extrêmement important. Ce qui compte pour le chorégraphe, ce n’est pas tant le réalisme que la tragédie intérieure des héros.

Grigorovitch a par ailleurs réduit le ballet à deux actes de dix-huit tableaux. Les tableaux de mœurs sont écourtés, le personnage du Duc disparaît pour éviter la pantomime, et l’ensemble est placé sous le signe du carnaval, ce que permet notamment la tarentelle de Prokofiev, dansée par des personnages masqués.

Pour conférer de la vivacité au ballet, le décorateur Virsaladzé a conçu un décor des plus conventionnel mais favorisant des changements rapides. Marqué par le classicisme et la sobriété, derrière un fin voile, il présente dans un fond de scène en surplomb un monumental jeu de drapés de velours, qui s’écartent, se lèvent, se déplacent. Ceux-ci encadrent un balcon, des chandeliers, un lit, un crucifix, un tombeau, repères pour les changements de lieux. Le travail sur la lumière est intéressant : la rencontre sous le balcon, tout en légèreté et en exaltation, a lieu dans une aura bleuté ; la scène dans la cellule de frère Laurent, plus hiératique, baigne dans une lumière dorée.

Dans cette distribution, si j’ai admiré la vélocité et la légèreté d’Andrei Lobotin, le blanc Mercutio, j’ai surtout été impressionnée par Mikhail Lobukhin dans le rôle de Tybalt. Dès son entrée sur scène, associée à la sinistre « Danse des chevaliers », on admire la puissance virile de l’ennemi de Roméo, auquel le noir et rouge sied particulièrement bien. La scène de sa mort, en façon de corrida, apparaît aussi très audacieuse. Il devient le taureau que Roméo, qui agite un voile rouge, finira par tuer. Le tableau collectif qui clôt cette séquence en montrant Mercutio et Tybalt morts portés par leur clan respectif, épées brandies, est empreint d’une belle fougue épique.

J’ai été sensible à la beauté des déplacements des danseurs lors du bal, à la violence très expressive de Kristina Karasyova en lady Capulet et à l’interprétation de l’imposant Alexei Loparevich en frère Laurent.

Entre Roméo et Juliette, c’est surtout l’interprétation d’Anna Nikulina que je retiens. Revêtue de robes vaporeuses et transparentes de différentes couleurs selon la tonalité des scènes, cette danseuse, pleine de grâce et de naturel, exprime avec beaucoup de justesse et de passion l’évolution de son personnage.

Cette saison de retransmission du Bolchoï s’est donc achevée sur une chorégraphie, certes assez traditionnelle, mais pleine d’énergie et de théâtralité. Et j’attends avec impatience octobre et le début de la saison 2015-2016 pour admirer de nouveau les danseurs du Bolchoï, non pas « grands à cause de leur technique » mais « grands à cause de leur passion » ainsi que le disait la danseuse et chorégraphe Martha Graham.

 

 

 

Sources :

wikipédia.org

Dansomanie : Dossier Roméo et Juliette, de Psota à Grigorovitch

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Published by Catheau - dans Danse
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commentaires

uitstortgootsteen 07/05/2015 11:33

This is my first visit to your site. Today I have got a new site. I am really happy to be here. I am stay tuned here for your next blog...

Catheau 24/06/2015 08:39

Merci de votre première visite entre mes pages. J'espère qu'elles vous intéresseront. Amicalement.

Escapade40 23/03/2015 16:24

Coucou chére cathy , un grand spectacle pour ceux qui aiment la danse et merci pour tes nombreuses visites à l'instant ! . J'essai de te téléphoner mais ta ligne est occupée donc à tout à l' heure ou demain ! ..

Catheau 28/03/2015 09:12

Entre nos murs très épais, les ondes passent mal !!!!

mansfield 23/03/2015 10:34

De vos impressions, je retiens l'intérêt pour une adaptation moderne et fine d'un thème classique qui sait se renouveler par la mise en scène, les décors, l'interprétation sensible des artistes et leur professionnalisme. Un même thème, une même histoire évoluent avec le temps sans perdre de leur fraîcheur! Merci Catheau

Catheau 28/03/2015 09:09

On est rarement déçu avec le Bolchoï ! A bientôt, Mansfield !

Carole 22/03/2015 22:46

Un de mes opéras préférés ! Je ne savais pas que cette représentation avait été filmée. Merci Catheau de nous la faire ainsi connaître, et, d'avance, aimer !

Catheau 28/03/2015 09:08

Je ne connais pas l'opéra de Gounod ; il faudra que je le visionne quelque part. Quelle postérité artistique pour ces amants mythiques !

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